Hommage à Abdelkader Alloula | El Watan
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Représentation d’El Ajouad au Théâtre régional d’Oran

Hommage à Abdelkader Alloula

12 mars 2019 à 10 h 00 min

La troupe théâtrale de la fondation Abdelkader Alloula (Istidjmam) a présenté, samedi au TRO, la pièce El Adjouad, une belle manière de rendre hommage au dramaturge algérien victime d’un attentat terroriste en mars 1994. El Adjouad est la pièce emblématique de Abdelkader Alloula, la deuxième de sa célèbre trilogie (avec El Goual et Elitham), qui représente aujourd’hui l’un des référents les plus importants du théâtre algérien.

Les comédiens de la troupe ont le mérite de faire revivre ce patrimoine inestimable et l’effort est louable à plus d’un titre. Une certaine confusion temporelle caractérise cependant ce travail mis en scène par Djamil Benhamamouche. D’entrée de jeu, le décor est planté pour signifier qu’on se situe bien dans la période actuelle avec des postures, des costumes, des manières d’interpréter le thème musical et des effets scéniques qui ne renvoient pas aux choix opérés à l’époque par l’auteur.

En contrepartie, mis à part quelques très rares rajouts, le texte est respecté à la lettre et toute la problématique est là. A défaut de restituer la pièce dans le contexte de la période où elle a été produite, le spectateur peut parfois être dérouté par certains passages et c’est, à titre illustratif, le cas de la référence aux «films égyptiens», une référence qui a son sens à l’époque des années 70/80 (avec une chaîne de télévision unique et des séries télé autant adorées que moquées), mais pas aujourd’hui.

La description d’un personnage portant encore dans son habit une poche secrète où durant la guerre de Libération il cachait son arme peut paraître invraisemblable aujourd’hui, mais pas dans les années 80, où nombre de citoyens, qui avaient participé au combat pour la libération du pays, étaient encore dans la vie active, que ce soit dans le milieu ouvrier ou ailleurs. Une manière de leur rendre hommage.

La référence à la guerre de Libération est bien mise en évidence dans le deuxième tableau, mais le statut de gardien d’école de Lamnaouar, toujours actif, parlant de son ami Akli, cuisinier, est à la limite du vraisemblable temporellement parlant, et compte tenu de la posture de la maîtresse d’école, rôle ici interprété par Rihab Alloula, qui correspond bien d’une certaine façon à la femme d’aujourd’hui.

Abdelkader Alloula accordait une importance particulière à la culture, en général, et à la culture nationale, en particulier, celle qui se manifeste autant dans le langage que dans les comportements et les manières d’être caractéristiques, englobant l’héritage traditionnel. Son travail était aussi inscrit dans les préoccupations de son temps, et c’est cette jonction, conjuguée à un idéal de justice sociale et de liberté, qui représente l’essence de sa modernité.

La modernité n’est pas dans les apparences, mais dans les fondements de son théâtre, qui raconte aussi des épopées de gens humbles pris dans le tourbillon de leur quotidien et les soubresauts de l’histoire. Le décor original et impressionnant de la pièce était par ailleurs en soi une véritable œuvre d’art. Ce n’est pas le cas dans la nouvelle version proposée par la troupe de la fondation qui, sans doute pour des raisons liées au manque de moyens, a opté pour une scénographie minimaliste, malgré l’usage de quelques effets, dont les projections d’ombres, notamment dans le premier tableau, sans doute le plus difficile à mettre en scène avec ses allégories.

Le rôle de Djelloul Lafhaimi, dans le troisième tableau, reste collé à la peau de Sirat Boumediène et il est difficile de s’en défaire, mais il faut néanmoins saluer l’effort. Pris dans sa globalité, le travail proposé n’est ni une reprise, comme on le ferait pour une pièce classique, donc avec le respect de sa temporalité, ni une adaptation, non pas pour le rendre conforme aux attentes du public d’aujourd’hui, mais pour lui éviter les anachronismes.

Quelques retouches auraient sans doute suffi, car beaucoup de termes utilisés n’ont plus la même résonance, et c’est le cas de la notion d’«impérialisme» qui ne veut pas dire la même chose aujourd’hui avec la généralisation des concepts de «mondialisation», de «globalisation», etc. Le jeu des acteurs est à saluer, mais dans l’ensemble, il manque cette magie qui a fait le succès populaire de la pièce dans les années 1980 et peut-être bien après.

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