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Hakim Hamadouche : Chaâbi, free jazz et improvisation

27 juillet 2018 à 7 h 14 min

De Saoula à la Musique

Hakim est un enfant de Saoula. Il naît dans cette petite commune de la banlieue sud d’Alger et grandit dans une famille de huit frères et sœurs dans une maison de type colonial au centre de Saoula. Presque comme par hasard, Hakim se retrouve avec une guitare entre les mains.

«Un concours de circonstances» tient à rappeler le musicien. Son frère Boualem lui offre la guitare du célèbre chanteur russe Vladimir Vyssotski alors qu’il attendait une mallette de peintures. «Une déception», se souvient Hakim.

Le jeune homme commence à toucher cet instrument, passant de longues soirées à s’exercer. L’apprentissage de la guitare est un chemin long et difficile. «C’était des moments de doute mêlés de déception», nous dit Hakim.

Pourtant, la musique n’est pas étrangère dans sa famille. Le père de Hakim était un chanteur de chaâbi. Son frère, Malek Hamadouche, va diriger quant à lui la Chorale polyphonique d’Alger dans les années 1970 avec Rabah Kadhem.

Ils se produisent à travers l’ensemble du territoire algérien et en Europe. Ils puisent dans un répertoire assez riche : de la musique classique (Mozart et Beethoven) aux chants révolutionnaires algériens et jusqu’à la musique arabo-andalouse.

Hakim participeen tant que choriste et instrumentiste. «C’était un grand apport pour lui, notamment du point de vue de l’harmonie et de la polyphonie musicale», rapporte Malek Hamadouche.

De plus, Hakim sera spectateur du 1er Festival panafricain d’Alger, en 1969. Dans cette effervescence culturelle, il admire le saxophoniste noir américain Archie Shepp venu animer un concert mémorable dans le cadre des festivités aux cris de «We’re still black, and we have comeback» (Nous sommes toujours Noirs et nous sommes revenus).

Puis, au fil du temps, Hakim commence à se produire dans le chaâbi, principalement dans l’Algérois, animant certains mariages.

1982, l’année du départ

En 1982, Hakim décide de partir à Marseille pour poursuivre son cursus universitaire à l’école des Beaux-Arts, à Luminy. A son arrivée dans la ville phocéenne, Hakim s’intéresse au pluralisme culturel de Marseille, et ce, malgré les aléas de la vie. Il va se produire au tout début dans des cafés-théâtres. Il troque sa guitare et son banjo pour un mandole. Il fait la connaissance du guitariste Raymond Boni. Une rencontre essentielle dans la musique improvisée.

Puis, l’artiste algérien va fonder son premier groupe, Leila Percussion, où se mêlent chant africain et lecture de poésie. Il se produira ensuite avec Hakim Seillemar (Marseille en verlan). En 1995, naît le trio Oriental Fusion avec Hakim Hamadouche, le saxophoniste d’origine arménienne Edmond Hosdikian et le batteur Ahmad Compaoré d’origine égyptienne.

Ce groupe est créé à partir de «trois individualités énergiques et spontanées» qui «conçoivent une musique incandescente entre free jazz, punk rock et chaâbi», où l’improvisation prédomine. Trois traditions «qui dialoguent au fil du chant arabo-andalou». Néanmoins, c’est en 1991 que la carrière de Hakim Hamadouche a littéralement basculé. : il fait la rencontre de Rachid Taha.

L’aventure entre les deux artistes ne va jamais cesser. Ensemble, ils vont parcourir le monde et ils se produisent dans près de 107 pays. «Une sorte de symbiose tant musicalement que politiquement» nous dit Hakim.

D’ailleurs, le journaliste et réalisateur Gilles Rof écrira à ce sujet : «Hamadouche, c’est l’homme qui tient le mandoluth électrique (et la baraque) derrière Rachid Taha depuis des années. Le frère de sang et de bringue, sans qui Taha n’aurait sûrement pas la même flamme sur scène…»

Des rencontres musicales au rythme de l’improvisation

Au fil de ses rencontres musicales, l’improvisation tient toujours un rôle omnipotent. Hakim accompagne un nombre d’artistes impressionnant avec son instrument de prédilection, le mandole, à commencer par la figure de proue du chant arabo-musulman, Lili Boniche.

Il partage aussi la scène avec Patti Smith, Bill Laswell, Catherine Ringer, Tricky, Line Monty, Mick Jones ou encore Jean-Marc Montera.

«Jean-Marc a une histoire et un destin incroyable avec l’Algérie», se souvient Hakim. «Un des aïeux, Antoine Montera, a été enlevé à l’âge de six ans près d’Ajaccio par des pirates algériens». Puis, il est remis au dey d’Alger ; il va se convertit à l’islam et prend le prénom de Abdallah.

«Le jeune homme est placé dans l’entourage de l’Emir Abdelkader où il va vivre pendant dix ans», nous raconte Hakim Hamadouche.

Le musicien originaire de Saoula accorde une place centrale à l’improvisation musicale : «L’improvisation, c’est l’oxygène de l’artiste.»

Le musicien «doit surprendre le spectateur et même le choquer à certains égards». Pour lui, la musique ne doit absolument pas devenir un produit de consommation ordinaire. «La musique est essentielle pour faire passer des émotions et un sens du partage essentiel à l’homme» témoigne le joueur de mandole.

Avec les Têtes Raides, il signe un titre provocateur : Expulsez-moi. Provocateur par son texte, mais aussi par sa composition musicale où une grande place est accordée au musicien algérien et à son jeu de mandole tonitruant.

Il apporte une réelle harmonie au texte avec une mélodie qui témoigne d’un exil et d’une solitude vécue. «Je suis un oublié, expulsez-moi. Je ne fais que passer, expulsez-moi» chante Christian Olivier, alors que Hakim martèle de sa voix poétique et de sa mélodie électrique des «barra, barra» (dehors, dehors) ; «wahdi wahdi» (je suis seul, Je suis seul).

La musique chaâbie et arabo-andalouse résonne toujours dans la tête de Hakim. Lorsqu’on lui demande ses sources d’inspiration, il répond sans même réfléchir  : Dahmane Ben Achour, El Ankiss ou encore Hadj Mohamed El Anka, «le maître, le cardinal», comme il aime l’appeler.

En ce moment, le musicien est en pleine préparation d’un album solo avec la participation de plusieurs artistes, dont Jean-Marc Montera, Edmond Hodiskian, Ahmed Compaoré et le contrebassiste Bernard Abeille.

A la question de savoir s’il veut se produire à Alger dans une salle de spectacle, il répond avec le plus grand enthousiasme : «L’envie est là, reste à trouver les canaux adéquats !»



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