"GPRA. Un mandat historique. 19 septembre 1958-3 août 1962", (Les bonnes feuilles) | El Watan
toggle menu
jeudi, 16 juillet, 2020
  • thumbnail of elwatan16072020




« GPRA. Un mandat historique. 19 septembre 1958-3 août 1962 », (Les bonnes feuilles)

21 septembre 2018 à 0 h 00 min

La première direction du FLN. 23 octobre 1954-16 mars 1955

La réunion des «2» du 23 juin 1954 au domicile de Smaïn Derriche avait d’abord tranché la question du recours à la lutte armée, option soutenue à l’unanimité par l’ensemble des participants. Les travaux avaient été largement ordonnés par Mohamed Boudiaf, initiateur de la rencontre, entouré d’un bureau de fait composé de Mostefa Ben Boulaïd, Didouche Mourad, Rabah Bitat et Mohamed Larbi Ben M’hidi.

Au terme des débats, l’ordre du jour comprenait l’organisation d’un vote à bulletins secrets pour désigner celui qui devait assurer la coordination du mouvement appelé à diriger l’insurrection projetée.

La désignation de Mohamed Boudiaf avait tôt fait l’objet de contestation et les militants de Constantine — Mechati, Habbachi, Mellah, Bouali — avaient exprimé leurs réserves sur la conduite de la réunion, ses résultats et saisi par courrier leur ancien responsable de l’OS Abderrahmane Gherras, alors en charge de l’organisation du MTLD de la zone Rhône­-Alpes.

En septembre 1954, se tenait alors, sous la direction de Gherras et en présence de Didouche, au domicile de Youcef Haddad, au cœur de la Souiqa à Constantine, une rencontre rassemblant un grand nombre de militants de l’OS de l’Est algérien, à l’exception de Zighoud Youcef, instruit par Boudiaf à ne pas y prendre part. Y avait-il eu dissidence d’un «groupe constantinois» ou contestation du principe de la lutte armée ? Il ne fait pas de doute, au regard de différents témoignages, qu’à aucun moment, lors des débats qui avaient surtout impliqué Gherras et Didouche, le principe du recours à la lutte armée ne fut pas remis en cause.

Les réserves des Constantinois portaient d’abord sur le fait qu’une partie de l’encadrement de l’OS n’avait pas été associée à la réunion du Clos Salembier mais aussi sur l’issue de la rencontre avec, soutenaient-ils, un bureau préfabriqué par Boudiaf. Cette première crise de ce qui devait s’appeler quelques semaines plus tard, le FLN, pouvait paraître emblématique du croisement entre exigence de libération nationale et exigence démocratique. Aux interpellations des militants constantinois, Didouche avait fait cette réponse cinglante : «Ceux qui ne sont pas avec nous seront arrêtés par la France.»

De fait, les militants constantinois qui devaient tous rejoindre le FLN ne furent pas informés de la date de lancement de l’insurrection.

L’été 1954, à l’ombre des batailles entre messalistes et centralistes, avait été particulièrement fiévreux pour les clandestins de l’OS qui trouvaient refuge chez Aïssa Kechida, dans La Casbah ou chez les frères Boukechoura à la Pointe Pescade. L’une des questions qui agitaient les promoteurs de l’insurrection était celle de la participation des Kabyles, absents de la réunion des «22» «parce qu’ils étaient messalistes», avait asséné Mohamed Boudiaf sur le plateau de Canal Algérie fin octobre 1990.

Didouche Mourad, chargé de la prise de contact avec Krim et Ouamrane, avait irrité ses interlocuteurs et il était revenu à Mostefa Ben Boulaïd de renouer avec Krim, vieux compagnon de luttes et de le convaincre de la justesse de l’option du recours à la résistance armée.

La réunion décisive du 23 octobre 1954 au domicile des Boukechoura, outre de donner une identité formelle au mouvement insurrectionnel – Front de libération nationale – fixait son organisation territoriale et le dotait de sa première direction.

Soummam. Le changement de socle

En avril 1955, Ahane Ramdane, tout juste libéré de prison — il avait été condamné en rapport avec le démantèlement de l’OS en 1950 —, est chargé par Krim de renforcer l’encadrement du FLN à Alger. Formellement sous l’autorité de Amar Ouamrane qui avait pris la suite de Rabab Bitat à la tête de la zone 4. L’arrivée de Abane dans la capitale allait constituer l’un des premiers tournants décisifs dans le cours de la guerre d’indépendance. Il faut lui donner acte de ses capacités exceptionnelles à analyser la situation sur le terrain et celle d’en tirer les conséquences politiques et organiques.

La réponse stratégique que donne Abane est celle de la refondation du Front, une refondation clairement adossée à la proclamation du 1er Novembre qui stipule que. «(. … .) des raisons suffisantes font que notre mouvement de rénovation se présente sous l’étiquette de Front de libération nationale, se dégageant ainsi de toutes les compromissions possibles et offrant la possibilité à tous les patriotes algériens de toutes les couches sociales, de tous les partis et mouvements purement algériens, de s’intégrer dans la lutte de libération sans aucune autre considération.»

Abane avait eu l’intelligence politique de comprendre que la guerre en cours était aussi, sinon, d’abord celle de l’opinion et pour le Front cela signifiait élargir sa base, récupérer le capital militant du mouvement national et isoler les concurrents du MNA messaliste.

Le ralliement des dirigeants centralistes du MTLD, dont la plupart avaient été arrêtés au lendemain du 1er novembre puis libérés par l’administration au nom d’une stratégie de constitution d’une troisième voie alternative au FLN, sera la première concrétisation de la stratégie frontiste conduite par Abane qui avait aussi engagé des contacts avec l’UDMA dont le président Ferhat Abbas assurait déjà un soutien logistique au FLN.

La question du pouvoir

Le CNRA du Caire du 20 au 28 août 1957 est l’un des refoulés majeurs des événements marquants de la guerre d’indépendance et il n’en est pas fait état dans les récits de consécration institutionnels et tout se passe comme si aujourd’hui encore, des paroles, des actes de la rencontre dans les salons d’un grand hôtel cairote devraient encore être mis sous le boisseau.

Il est un fait que cette réunion avait clairement dérogé aux dispositions statutaires du FLN fixées un an auparavant à Ifri par l’admission de membres non qualifiés et il est aussi un fait que ce CNRA s’était tenu à l’ombre des thèses «novembristes» portées lors du Congrès par les dirigeants de la zone 2 du nord-constantinois et par des responsables de la délégation extérieure comme Ahmed Ben Bellal. Pour rappel, l’interpellation de Abane Ramdane, à la clôture du congrès, par Amar Benaouda Mostefa qui lui reprochait «d’avoir introduit dans la direction ceux qui nous avaient combattus en novembre».

Le CNRA du Caire aura été, comme sa nouvelle composition et celle du nouveau CCE l’indiquent, celui de la consécration du primat du militaire dans les instances de direction du FLN – pas moins de cinq chefs de wilaya et celui de la mise en minorité politique de Abane Ramdane et de son isolement marqué par l’élimination de ses deux compagnons centralistes du CCE Benkhedda et Dahlab. Krim Belkacem en aura été le grand ordonnateur au nom des «maquisards».

Paradoxalement, ni les dispositions essentielles de la plateforme de la Soummam ni même l’ouverture du FLN aux autres courants du mouvement national (centralistes, udmistes, oulémas) consacrée en août 1956 ne furent réellement remises en cause.

A bien y regarder, est-ce bien la personnalité et la démarche de Abane, visant à accorder à la lutte pour l’indépendance un autre socle de légitimité, qui faisait problème pour ses compagnons du PPA-MTLD, alors même que le paysage politique algérien n’était plus celui du lancement de l’insurrection ? Le CNRA du Caire, à l’encontre de celui de la Soummam centré sur l’unification des rangs au sein du FLN, aura définitivement placé la question du pouvoir et de son exercice à l’agenda de la guerre d’indépendance.

La formation du GPRA

«Durant l’intercession du CNRA, le CCE a des pouvoirs étendus sur tous les problèmes sauf ceux qui engagent l’avenir du pays, par exemple, les négociations l’arrêt des hostilités, l’alignement sur un bloc ou sur un autre, une solution internationale du problème algérien.»

C’est sur la base de cette résolution du CNRA, datée de juin 1958, que se mettent en place la réflexion et les échanges autour de l’idée d’une mutation du cadre politique de la direction du FLN et de la lutte de Libération nationale. Dès février 1957, Hocine Aït Ahmed en fait la recommandation dans un rapport transmis au CCE.

Dans un courrier daté d’avril 1958, Ahmed Ben Bella revient sur l’intérêt de la création d’un gouvernement. «Vous nous aviez dit que vous l’étudiez ; nous voudrions savoir les raisons qui ont motivé ce long retard».

L’hypothèse de la constitution d’un gouvernement comme nouvelle modalité de direction du FLN est effectivement prise en compte et le CCE issu du CNRA du Caire s’y attache, qui charge en son sein des commissions de son évaluation et de ses conditions de faisabilité. Sur un registre organique, le CCE met en place et définit les attributions de départements sous l’autorité de ses membres. Sept départements seront ainsi créés en avril 1958 :

Département de la Guerre : Krim Belkacem.
Département de l’Armement  : Amar Ouamrane.
Département des Liaisons générales : Abdelhafid Boussouf.
Département des relations extérieures : Mohamed-Lamine Debaghine.
Département de l’Intérieur : Lakhdar Bentobbal.
Département des Finances  : Ahmed Francis.
Département de la Presse, l’Information et la Propagande : Ferhat Abbas.
Abdelhafid Boussouf, chargé d’une mission de réflexion sur l’hypothèse de constitution d’un gouvernement, examine notamment dans son rapport la dénomination de la nouvelle instance, les conséquences sur les relations avec les pays voisins, la Tunisie et le Maroc, avec la France.

Le CCE décide de l’envoi de missionnaires auprès des gouvernements marocain et tunisien, alors que Boussouf et Bentobbal sont chargés de consultations en vue de la formation du gouvernement. Le 6 septembre est présenté au CCE le rapport de la commission chargée d’étudier le projet de formation d’un gouvernement, qui dispose : «La constitution d’un gouvernement provisoire de l’Algérie libre s’inscrit en premier lieu dans le cadre normal de l’action et de la poursuite de la guerre menée par le Fln.»

Le GPRA. L’épreuve du pouvoir

C’est dans un contexte de tensions et d’ambitions de pouvoir que se constitue le GPRA. Sur fond de consensus acquis au CNRA du Caire de remise en cause de la lettre sinon de l’esprit du Congrès de la Soummam, que s’affichent les premières dissensions, notamment entre Krim Belkacem, principal ordonnateur de la revanche des «maquisards» et ses alter egos des Wilayas II et V.

La claire ambition de prendre la tête du gouvernement projeté affirmée par Krim, entre autres au nom de son historicité en tant que membre du Comité des six fondateurs du FLN, se heurte à l’opposition de Boussouf et Bentobbal qui, pour leur part, se réclament de leur présence au sein du groupe des «22» auquel Krim n’avait pas pris part.

Cette querelle de légitimité et de préséance devait marquer durablement le mandat du GPRA et le choix porté sur l’ancien leader udmiste Ferhat Abbas pouvait paraître comme un signe des dispositions du FLN à la négociation alors même qu’il tenait d’une fragile solution de compromis entre les anciens chefs de wilaya. Leur position d’influence était clairement confortée par le rattachement à chacun d’entre eux d’un secrétaire d’Etat.
Le complot Lamouri

Moins de deux mois après sa constitution, le GPRA est contraint d’affronter sa première crise sérieuse sous la forme d’une tentative de coup de force organisée par les officiers supérieurs de la base de l’Est et de la Wilaya 1. (…)



S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!