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samedi, 08 août, 2020
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Gestion migratoire Le royaume en leader africain

02 novembre 2018 à 0 h 00 min

Un véritable coup de maître médiatique au plus haut niveau continental et international qu’est celui que vient de réaliser le groupe 2M Maroc. Cette chaîne de télévision, la plus regardée du royaume et forte d’une grosse audience à l’international, a réussi, à quelques semaines de la tenue à Marrakech (10 et 11 décembre) de la Conférence internationale sur la migration de Marrakech (CIM 2018), à rassembler dans la capitale économique, Casablanca, pas moins de 200 femmes journalistes, tous supports confondus, télévision, presse écrite, radio et internet, représentant plus de 54 pays d’Afrique du Sud, du Nord, de l’Est et de l’Ouest, autour de la brûlante question de la migration africaine.

Problématique qui, jour après jour, fait l’actualité internationale et marocaine aussi, puisque devrait être adopté lors de la CIM, ce rendez-vous inédit et d’importance planétaire, le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, premier document onusien sur la question de la migration dans sa globalité.

Par leur initiative qui n’était, certes, pas de tout repos, les organisateurs de cette 2e édition des Panafricaines au cours de laquelle les  participantes ont pu échanger durant trois jours, du 25 au 27 octobre, sur le thème «Migrations africaines, une chance pour le continent, une responsabilité pour les médias», ont le mérite d’avoir donné, de manière indirecte, un coup de boost à l’ambition du royaume chérifien de se voir propulsé au rang de pays leader dans la gestion migratoire en Afrique et dans l’espace euro-méditerranéen.

Car ce sont de bien forts relents diplomatiques qui s’étaient dégagés des assises casablancaises. En effet, aux journalistes hôtes de 2M, ayant, faut-il le reconnaître, eu droit à un traitement «royal», ont été consacrés deux longs discours par Nasser Bourita, chef de la diplomatie marocaine, lequel devait, pourtant, assister à un Conseil du gouvernement ; le premier à Rabat, lors d’une rencontre-débat au siège du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, dans une salle d’habitude réservée aux commissions mixtes, aux réunions diplomatiques formelles ainsi qu’à la signature de conventions internationales, le second à Casablanca, à l’occasion de la cérémonie d’ouverture des Panafricaines à l’hôtel Hyatt Regency.

Le mot d’ordre du diplomate : «Vous devez veiller, en tant que médias, à maîtriser l’image et le récit du continent ; votre rôle est important, car c’est à vous qu’il appartient de véhiculer une image positive des migrants africains, de lutter contre les clichés négatifs, les stéréotypes et les idées reçues.» Manière d’appeler l’assistance à contribuer à redorer l’image du migrant aux yeux des opinions publiques, que ce soit en Afrique ou dans le reste du monde.

Pour le patron de la diplomatie marocaine, à l’heure de l’Open Sky (ciel ouvert) africain et de la zone africaine de libre-échange, l’information se trouve au cœur du nouvel ordre africain en devenir : «L’information active est structurante, celle qui ne se contente pas de commenter mais qui mobilise, celle qui ne se contente pas d’appeler au changement mais qui le provoque, l’accompagne et parfois même le précède. Si l’Afrique bouge, sa perception de l’autre stagne. C’est bien la démonstration, quels que soient les efforts, les acquis, l’Afrique sera écrasée sous le poids de sa propre image aussi longtemps que celle-ci lui échappera

L’Afrique qui, poursuit-il, a, à cœur, d’écrire sa propre histoire, gagnerait aussi à «façonner sa propre image», comme le traduit si bien, dit-il, le célèbre proverbe : «Aussi longtemps que les lions n’auront pas leur historien, les récits de chasse tourneront toujours à la gloire du chasseur.» Malheureusement, regrette-t-il, «aujourd’hui, limage de l’Afrique est importée. Elle est fabriquée dans des rédactions d’ailleurs. Elle est chargée de stéréotypes, parfois en idéologies, et pourtant intégrée et consommée en Afrique et par les Africains eux-mêmes».

L’exemple de la migration étant, toujours selon lui, une illustration parfaite du décalage abyssal entre la perception et la réalité, lorsqu’il s’agit du continent noir. En témoigne : la migration internationale pèse 3,4% de la population mondiale, soit environ 258 millions de personnes. Sur cette population de migrants internationaux, moins de 14% sont Africains, soit 36 millions de personnes concernées par la migration internationale. 80% de ces 36 millions sont des réguliers et 20% des irréguliers. A peine 7,2% environ, d’Africains sont concernés par la migration irrégulière.

Mieux, sur ce contingent de migrants africains irréguliers, les 4/5 restent en Afrique, dit autrement dans leur sous-région. «Lorsqu’on parle de migrants africains irréguliers qui émigrent à l’international, en Europe ou ailleurs, nous parlons en réalité de 1,4 million d’hommes et de femmes. 1,4 million sur les 258 millions, c’est seulement 0,55% des migrations internationales.

En d’autres termes, sur 100 migrants internationaux dans le monde, moins d’un migrant est un Africain irrégulier», précise le diplomate marocain. Ce qui, tonne-t-il, n’empêche pas, pour autant, les médias de l’autre côté de la Méditerranée de continuer à coller l’Afrique à chaque débat international sur la migration. Un autre mythe doit se déconstruire, ajoute le jeune ministre, et il porte, cette fois-ci, sur le poids, en termes financiers, du migrant.

Ce dernier reviendrait cher au pays d’accueil, dans la mesure où il reçoit plus qu’il ne rapporte. Or, les 36 millions de migrants africains irréguliers dépensent, en réalité, 85% de leurs revenus dans leur pays d’accueil, notamment au titre de contribution au système de retraite et à la consommation locale, et en transfèrent quelque 15% dans leur pays d’origine. Le conférencier a, au passage, dénoncé les discriminations dont sont victimes les migrants africains : les coûts d’envoi de fonds leur étant appliqués sont les plus chers au monde : «Les frais de transfert d’argent coûtent au migrant  européen moins de 1%, alors que pour l’Africain c’est plus de15%.

C’est presque l’équivalent de 20 dollars sur 200 dollars qui sont retenus sur chaque transfert effectué par chaque Africain vers son pays d’origine», s’offusque le numéro un de la diplomatie du royaume. Néanmoins, tient-il à souligner, «le propos n’est pas de dire que le problème n’existe pas. Malheureusement, 1/3 des décès liés à la migration illégale concerne les Africains.

Le propos n’est pas également de sous-dimensionner le problème de la migration illégale en Afrique.» Selon lui, il est surtout question de démontrer, par des chiffres objectifs et vérifiables, que «le spectre migratoire n’est parfois qu’un épouvantail en paille. S’il faut se méfier des stéréotypes, il faut aussi s’éloigner des solutions de facilité. La migration n’est pas un problème sécuritaire, c’est un problème de sécurité humaine.

La coopération entre l’Europe et l’Afrique ne peut être exclusivement sécuritaire au risque de donner lieu à une externalisation du contrôle des frontières». C’est en cela, met-il en garde, que «certaines bonnes mauvaises idées sont dangereuses», faisant, entre autres, allusion aux plateformes régionales de débarquement dans lesquelles pourraient être placés des migrants secourus en mer et à la mise en place desquelles les pays membres de l’UE ont invité, pour ne pas dire sommé, leurs voisins maghrébins. Nasser Bourita pointe, à ce sujet, des solutions faciles et des mécanismes contre-productifs : «Au-delà de leur capacité à répondre aux symptômes, ces centres de débarquement de migrants, refusés par le royaume, infectent le socle des valeurs qui sous-tendent notre condition même humaine. Elles sont non seulement inefficaces, mais contre-productives, court-termistes et inévitablement dangereuses.»

Le diplomate ignorait, semble-t-il, qu’il n’y a pas que le voisin marocain à s’être opposé à la proposition européenne sur les plateformes de débarquement. Au même titre que la Tunisie, l’Algérie, pays de transit, mais également de plus en plus de pays d’accueil et de départ pour les migrants africains, y a, elle aussi, émis une fin de non-recevoir.

C’est devant un parterre de journalistes venues des quatre coins du continent, qui lui était totalement acquis, leurs collègues de télévision et de radios européennes, de représentants de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), agence onusienne, ainsi que du ministère des Affaires étrangères du royaume, présents en force, que M. Bourita a conclu son discours, mettant l’accent sur le rôle et l’influence des médias africains face aux mythes répandus et aux stéréotypes véhiculés, ici et là, sur à peine 6 millions de personnes qui sont concernées par la migration en général et les migrations illégales en particulier : «La mobilité est réversible, la solidarité est incontournable. La migration sûre, ordonnée et régulière que nous appelons de nos vœux, ne peut se faire sans l’Afrique, sans les femmes africaines.

Des relations Nord-Sud apaisées et mutuellement bénéfiques se feront avec les migrants et les migrantes ou ne se feront pas. Que ce réseau des Panafricaines soit le fer de lance de ce dessein. Qu’il soit le réseau des faiseuses d’opinions, des journalistes engagées et des actrices de changement.» Cette unité dans l’effort, M. Bourita la résumera dans un autre proverbe africain : «Le fardeau supporté en groupe est une plume.»



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