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Festival off d’Avignon : Premières esquisses théâtrales pour témoigner du 17 Octobre

06 août 2019 à 10 h 00 min

C’est sur les planches qu’un pas de plus est fait pour sortir du silence la répression sanglante des manifestations algériennes de l’automne 1961.

Avec Mounya Boudiaf pour le Festival Off et Alexandra Badea pour le Festival In, deux créations théâtrales permettent de parler, même timidement, de ce qui s’est passé à Paris lorsque les Algériens, soumis au couvre- feu et à la relégation dans leur quartier de misère, choisirent de braver l’interdit en sortant manifester sur les boulevards parisiens.

L’épouvantable machination politico-policière aboutit au massacre de manifestants pacifiques. Cet épisode de la guerre reste marquant au sein de la population algérienne immigrée, comme une blessure profonde.

Côté français par contre, le silence tient de moins en moins, année après année, au fur et à mesure que les travaux d’historiens lèvent le voile sur l’ignominie. Mounya Boudiaf a ainsi monté Né un 17 Octobre, joué pendant le Festival Off d’Avignon au théâtre Gilgamesh Belleville.

Depuis sa jeunesse, elle se sent intriguée par la mémoire de la guerre : «Je posais des questions à mon père. En fait, je ne comprenais pas. Quand on est jeune et en milieu scolaire, on se sent vivre un crise d’identité qu’on n’arrive pas à gérer, surtout pour ce qui concerne l’Algérie.»

Plus tard, elle comprend la réalité «du dérapage violent d’octobre 1961 et de la non-reconnaissance des faits et du temps que cela prend, pour qu’en 2012, une plaque soit apposée par le président Hollande.» L’idée lui est ainsi venue de témoigner au théâtre «pour forcer les portes de la mémoire».

La pièce se passe un 17 octobre 2018 dans un vieil appartement de Nanterre. Mostefa a 77 ans et vit avec son fils Reda (57 ans) et sa petite-fille Marie Myriam (18 ans), étudiante à sciences po, féministe et militante.

Depuis le départ de sa mère, il n’est pas rare qu’elle se dispute avec les deux hommes de sa vie : un conflit de générations et d’idées. Ce soir-là, Marie Myriam, dont c’est le jour anniversaire, rentre de la manifestation commémorative des événements du 17 Octobre 1961, où elle se rend chaque année…

«Je voulais montrer des gens que j’appelle les «invisibles» et dire que dans la Grande Histoire, il y a la petite histoire de chacun, sans être uniquement dans le registre émotionnel», explique-t-elle.

Avec son récit, Mouny Boudiaf transporte le spectateur jusqu’au jour d’aujourd’hui avec les questions inhérentes à la succession des générations au sein de l’immigration et le rapport au point, oppressant ou libérateur, selon les personnes de l’origine. Ou comment assumer ou se voir reconnaître son identité qui a subi les effets de tant de vents mauvais. «Surtout vivre avec le flambeau d’une guerre non vécue et un fantasme de l’Algérie, des luttes passées.

C’est ce que raconte le grand-père. Expliquant que la haine ne produit pas de vie». Il le dit à sa petite-fille, intégrée, diplômée de sciences po, mais qui se cherche : «Même si notre indépendance est une victoire, je ne vous ai pas tout dit pour que vous ne vous chargiez pas de rancunes. Ce n’est pas de la résignation.»

L’angoisse des heures barbares n’a pas quitté les esprits des Algériens

Jusque-là l’intention est louable. Elle l’est un peu moins lorsqu’elle nous dit qu’elle ne veut pas faire «le procès» de ce qui s’est passé.

Elle a plutôt le souhait de «quelque chose à transmettre aux petits-enfants». Pour cette pièce, Mounya Boudiaf ne perce donc pas vraiment l’arbitraire flagrant et la dureté de cette douloureuse page d’histoire dont les Algériens réclament justice.

Ce qu’elle cherche au contraire, c’est «l’apaisement», notion étonnante, alors que la reconnaissance officielle française n’est toujours pas au rendez-vous !

Du reste, Mounya Boudiaf a étonnamment confié l’écriture de sa pièce au Marocain Rachid Benzine : «J’aimais beaucoup son analyse historico-critique des choses. Une approche pas émotionnelle», nous explique-t-elle, sans nous convaincre, tellement il y a de plumes algériennes qui auraient mieux ressenti la cruauté d’Octobre 1961, alors que l’émotion, la peine, la douleur, l’angoisse des heures barbares n’ont pas quitté l’esprit des Algériens.

Cette page d’histoire foncièrement émotionnelle, qui prend aux tripes, ne peut pas être désincarnée dans l’objectif d’aplanir les mémoires et taire les histoires conflictuelles !

Mounya Boudiaf néglige le fait que c’est à l’agresseur de faire en sorte que la mémoire soit guérie et pas à l’agressé de demander pardon de ne pas oublier. Elle s’explique : «C’est la question que pose le spectacle. Le fait que cela se passe sur trois générations permet de poser les questions sous toutes leurs dimensions.

On ne peut toujours attendre que la France bouge les lignes pour nous, car cela nous met dans une position ‘‘victimisante’’, -cela voulant dire qu’on ne fait rien- et on ne peut pas non plus être face à une France qui ne regarde pas en face son passé colonial. Il y a des façons de faire. On peut le faire frontalement ou à travers un spectacle qui se veut apaisant et met des nuances dans les choses.»

Le spectacle obligerait ainsi le spectateur français à voir un page sanglante de son histoire, telle qu’il ne l’a jamais vue ni entendue. Pourquoi pas ? Il arrive à une période où les événements de la révolution du sourire en Algérie nous conduit loin de la résignation. «Je suis contente de ce qui se passe en Algérie. Je pense d’ailleurs ajouter des éléments à mon texte pour en tenir compte.

C’est lumineux. J’avais créé le spectacle il y a plus d’un an à Lille, puis Amiens, dans les Hauts-de-France». Pour la comédienne, «l’Algérie en ce moment est le pays de la deuxième indépendance. L’Algérie, cela a toujours représenté mes racines de révolte et de liberté. C’est le ciel ouvert, le pays de tous les possibles. Cela ne m’étonne pas qu’on sorte le drapeau. Il y a une fierté. Je suis admirative de ce qui se passe en Algérie ».


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