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mercredi, 23 octobre, 2019
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Festival international de théâtre de Béjaïa : Histoire d’un petit boucher indésirable

21 octobre 2018 à 0 h 14 min

L’actualité nationale pourrait nous amener à penser à Cadenas, ou encore à L’hémicycle de la honte, mais la pièce s’appelle Le petit boucher. Et toute ressemblance avec «el bouchi» et l’épisode des 701 kg est involontaire et n’est qu’accidentelle.

Bref. Ecrit par Stanislas Cotton et mis en scène par Agnès Renaud, Le petit boucher est un monodrame admirablement joué par Marion Bottollier, sur fond de souffrance des femmes violées. Félicité est une jeune femme mise enceinte qui veut coûte que coûte se débarrasser de l’enfant qui gonfle son ventre, un «petit boucher» qu’elle est décidée à ne pas «laisser sortir».

Confier ce mal est lourd pour l’âme fragile de Félicité, un vrai exercice d’équilibrisme et une délicate expression corporelle s’installent sur scène pour le dire : des bouts de draps suspendus comme des parois fragiles, des fils qui portent des semblants de marionnettes représentant des personnages fictifs, des sauts à la corde, des exercices chorégraphiques…Avant de vivre le deuil de sa virginité, Félicité subit deux autres deuils, comme l’explique Agnès Renaud. Le deuil de sa famille et de son amour.

La jeune femme vit dans un village aux «collines et pâtures et aux champs de maïs et d’haricots», dans son pays de soleil devenu «moribond». Dans son village, le temps de la récolte que l’on attend devient un temps de désolation où «gisent les corps» et où «la récolte pourrit sur pied». La guerre détruit le village. Un soir dans son «exil en forêt», étouffée par le mal de l’absence du fiancé, surgit l’ombre glissante et rôdeuse du boucher du village, dans ses yeux l’épouvantable ardeur d’un abuseur. Félicité est écrasée sous «le corps lourd» de son violeur.

Dans l’halètement du boucher souffle un ordre : «Tu te tais !», trois syllabes qui résonnent comme «un refrain dans la nuit», mais un refrain de vampire. Le texte de la pièce est une tresse littéraire cousue de métaphores et avec une belle écriture poétique du moi. «Un poème dramatique», résume Marion Bottollier. «L’enfant de la honte» pèse sur Félicité, qui trouve refuge dans un hôpital en compagnie d’autres femmes «perdues». Victime de la folie d’un homme, dont on ne nous dit pas le sort après son forfait, Félicité devient «coupable» de son drame, culpabilisée par les siens qui la considèrent comme «fille de malheur». La pièce ne met pas de nom sur cet espace de l’intolérance, ce qui incrimine toute société, fût-elle sous le ciel de l’Occident. La femme serait-elle l’éternelle victime d’une vision sociétale universelle qui s’affranchit des frontières et des codes culturels ?

Le regard des autres écrase Félicité et l’enfonce dans le doute et les affres du rejet. Elle est au bord du gouffre et le vide l’attire. Devra-t-elle céder à sa condition maintenant que tous ses liens dans la vie sont rompus ? «Reste là si tu y tiens petit boucher», dit-elle finalement. Elle sort, elle flâne et salue les gens. «La parole reprend ses droits». Ce changement de position est brusque pour le public du FITB, qui n’a pas eu droit au passage qui l’introduit. «Un passage complexe», selon Agnès Renaud, qui explique que la contrainte du temps a empêché de le jouer dans cette représentation qui constitue la générale de la pièce. Félicité a fini par décider de vivre pour l’enfant qu’elle porte. «Je veux bien être ta mère», lui dit-elle. Elle se rend compte que «le petit boucher» n’y est pour rien dans cette tragédie. Le mal est ailleurs, les coupables aussi.


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