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mardi, 07 décembre, 2021
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Festival culturel national du théâtre professionnel (FNTP) : Un thé… âtre avec Tounes Aït Ali

16 mars 2021 à 10 h 15 min

On pourrait la confondre avec une Tunisienne car elle s’appelle Tounes Aït Ali. Mais elle est algérienne jusqu’au bout des ongles.

La comédienne ayant crevé le grand écran avec La Chambre jaune et L’Attente des femmes, le petit écran avec le Michoir, fait résonner les planches avec L’Etoile et la Comète et en tant que metteuse en scène à travers les pièces Sekta, Memory-Keltoum ou encore Boussadia Sound.

Nous l’avons croisée et saluée dans le carrefour du 4e Art, actuellement. La 14e édition du Festival culturel national du théâtre professionnel se déroulant au Théâtre national algérien du 11 au 21 mars après une absence forcée qui aura duré deux ans.

Il s’agit de Tounes Aït Ali. Après un échange lapidaire, aimable (pour ne pas dire adorable), Tounes nous invitera amicalement à prendre un thé au café Tantonville contigu au TNA. Histoire de taper la discussion en attendant la représentation de la pièce théâtrale El Djidar el Khames (Le 5e mur), mise en scène par Azzedine Abbar et produite par le Théâtre régional de Sidi Bel Abbès, prévue à 18h, soit une heure pour deviser et échanger avec cette metteuse en scène. De prime abord, vous saurez que Tounes Aït Ali, en veste de velours râpé marron, un boa en laine autour du cou et une bavette noire de circonstance, est «cash», sans fard ni fioritures.

Arborant des cheveux courts blonds platine, des yeux noirs mais pas sombres, vifs, elle parle avec les mains, avec passion et par intermittence, pose sa main sur sa joue pour ponctuer une idée, un raisonnement ou encore une assertion. Et puis, Tounes a une voix qui porte. Elle est adoptée. C’est quelqu’un qui s’enflamme, une femme de théâtre de surcroît, qui enchaîne coups de gueule et de cœur, ce n’est pas commun ni fréquent. Une femme, une comédienne et metteuse en scène, ayant le courage d’entrer dans «l’art» sans gants ni pincettes, cela est rare. Tounes réagit avec ses tripes. Quitte à déranger, se faire des «amis» (des ennemis) et autres détracteurs.

Memory-Keltoum, hommage à une immense comédienne algérienne

Vous la sentez, elle est passionnée, mordue, écorchée vive, éprise par ce qu’elle vit ou survit. Ce n’est pas une figurante, une passagère. C’est une actante. Une actrice. Une metteuse en scène. Une femme courage. Franche, franchement brave filant des complexes à la gent masculine. Au débotté, Tounes, à propos des médias, par exemple, tancera en nous rappelant qu’une certaine presse écrite faisait plutôt dans la promotion et la couverture (médiatique) d’une culture qu’elle juge «bourgeoise», élitiste au détriment de celle de la plèbe, du peuple d’en bas marginalisé. C’est que cette fille est au fait des informations et a oublié d’être bête, au grand dam du machisme et autres sexisme manichéen ambiant.

Car le talent, le QI (Quotient intellectuel), le génie n’a pas de sexe. Tounes, de par sa création, la pièce Memory-Keltoum – où elle rend hommage à une immense comédienne algérienne –, trouve qu’il est difficile pour une femme de s’affirmer dans le milieu de l’art résolument dominé par les hommes. «Keltoum évoluait dans un théâtre où il était très difficile d’entrer, d’y faire partie et de s’imposer surtout. J’ai vraiment parlé de ce côté d’intégration et de militantisme. Parce qu’avant tout, cette femme, Keltoum, voulait intégrer le Théâtre national pas uniquement en tant qu’une femme.

Sans oublier qu’elle avait tout un ballet derrière elle. Elle avait un succès fou. A l’époque, d’après les anciens, les spectacles de Keltoum drainaient beaucoup de monde. Donc, on a fait appel elle. Mustapha Kateb s’était intéressé à elle. Comme lui n’avait pas d’affluence massive, il l’a ramenée avec sa troupe pour booster son audimat. Et Keltoum le savait très bien. Elle était consciente de cela. C’était une femme perspicace… J’ai insisté sur le fait de Keltoum soit utilisée (par un homme) et qui a su composer avec et gérer la situation. Vous savez, c’était une femme émancipée, bien qu’elle faisait semblant de ne rien comprendre, mais elle comprenait très bien les choses. Mais elle suivait le mouvement par rapport à ses intérêts professionnels et personnels…».

Une femme intéressante, franche et passionnée

C’était difficile, dur et âpre, dans les années 1950, d’être une femme et de surcroît artiste. Vous vous mettiez à dos la famille, le voisinage, la religion, le conservatisme… «La famille c’est le fardeau le plus lourd à porter. Si tu perds la famille, tu perds tous les repères. Comme elle le dit dans la pièce, où elle fait le choix douloureux d’être artiste, en le proclamant : ‘‘Je ne suis plus Z’hor, je suis désormais Keltoum (l’artiste).’’ Pour moi, c’est un combat énorme…». A propos de l’idée du projet de la pièce Memory-Keltoum, Tounes rebondira : «Je vous le dis sincèrement, j’ai vu en France le spectacle de Sarah Bernhardt qui se joue depuis 5O ans, c’est toujours le même, mais il n’y a que la comédienne qui change. Cela s’appelle Ma double vie : mémoires de Sarah Bernhardt… Bon, le CV de Sarah Bernhardt et celui de Keltoum diffèrent… J’ai trouvé cela énorme…». Aussi, Tounes s’est-elle interrogée : pourquoi ne parle-t-on pas de nos piliers du théâtre de cette manière ? En voyant Ma double vie : mémoires de Sarah Bernhardt au théâtre où elle découvre le personnage (de Sarah Bernhardt) jouant avec sa nounou (nourrice).

Là, elle déballe tout. Elle se confesse, se confie et débite tout. Elle aborde la condition féminine, la relation entre l’homme et la femme, la position de la femme dans la vie active et professionnelle (par opposition à l’homme)… «Sarah Bernhardt décrira les disparités entre l’homme et la femme. En matière de rétribution et de paiement. Comment a-t-elle été payée moins qu’un homme… Elle en parle avec subtilité… Et tout était derrière elle…», adhèrera Tounès en imitant pour ne pas dire interprétant avec grandiloquence – même dans un café, il fait du théâtre – l’échange verbal à l’endroit de la nourrice : «Ecris, écris, toi qui ne sait qu’écrire. Ecris et déballe les mensonges que tu as l’habitude d’écouter. Car la vérité restera chez-moi…».

Une réplique formulée de mémoire.

Une preuve évidente que Tounes est intéressante. Tellement émue et touchée par l’histoire de Sarah Bernhardt, Tounes voulait camper ce rôle. Et elle le jouera en France. Une nouvelle adaptation au théâtre de l’Odéon, à Paris. Parce qu’elle était tombée amoureuse du texte, de la thématique. Car elle aime l’écriture scénique. Une idée avait germé. Un projet se profilait.
Alors, elle a dévoilé l’idée à son amie Zegaï – ayant officié ensemble déjà – qui écrivait et comprenait son travail en lui remettant le livre Ma double vie : mémoires de Sarah Bernhardt pour une éventuelle adaptation calée sur le personnage de Keltoum, la diva du théâtre. Il y eut plusieurs écritures, et puis la sienne. Une réécriture à sa manière, scénique.

Un projet sur cinq mères «harraga»

Où elle épurera et fera ressortir le non-dit de Keltoum. Et remplacera la nounou (nourrice) initiale par un «nounou», un homme retraçant, en contant sa biographie uniquement. Chez elle, Keltoum, on ne trouvera que des vérités qu’elle balancera à travers les mémoires que l’autre voulait écrire. La biographie «augmentée» du non-dit. Et ce non-dit, c’est Keltoum aujourd’hui. Un témoin oculaire parlant et interpelant le présent. En disant ce qu’elle pense. De cette génération, ce théâtre, cette culture… Avec un questionnement sur la nature du combat, engagement et sa propre condition… «Keltoum avait subi une injustice. On l’a mise à la retraite d’office avant l’âge requis sans ménagement et brutalement. A 50 ans. Et cela l’a tuée. Alors qu’elle a tant donné à la culture algérienne… Elle s’était sacrifiée pour l’art. C’est la ‘‘finga’’, la guillotine pour elle… C’est à partir de là qu’elle a décidé de ne plus revenir au théâtre…», soulignera Tounes l’outrage et le lèse-majesté faits à Keltoum. C’est le côté humain de Keltoum que Tounes voulait faire émerger. Alors qu’une biographie, il suffit de «googleliser» (disponible sur google).

Quant à la position, la contribution, l’implication et l’engagement de l’artiste au sein de la société, Tounes objectera : «On a tendance à dire que l’artiste est sur scène. Il n’est pas concerné par ce qui se passe autour de lui. Bien au contraire, on est sensible et impliqué. Comment voulez-vous créer et que le peuple n’est pas bien, descend dans la rue et chemine le ‘‘hirak’’. On est obligé de vivre ce que la population vit. On est là pour proposer, exprimer cela, à notre manière, artistiquement. On fait partie du peuple…».

Au passage, Tounes Aït Ali nous confiera qu’elle a un projet. Celui des «harraga», mais ce sont cette fois-ci des femmes qui prennent le large. «C’est un projet sur la ‘‘harga’’ féminine. C’est l’histoire de cinq femmes qui, sur une embarcation de fortune, vont aller chercher leurs enfants, des ‘‘harraga’’. Mais elles n’arriveront pas à embarquer. Parce qu’elles ne sont pas d’accord. Cela veut dire que déjà entre elles, les femmes elles ne s’accordent pas (grand fou rire contagieux). Il est déposé. Et en attente. J’espère que cela va aboutir…».


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