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Feriel Gasmi Issiakhem. Commissaire de DZIGN 2020+1, première biennale algéro-française du design à Alger : «Le design en Algérie a de beaux jours devant lui»

29 mai 2021 à 10 h 18 min

«Réinventer la ville par le design» est le thème de la biennale algéro-française, qui se déroulera du 27 mai au 27 juin 2021 à Alger. Pour cette toute première édition, c’est Feriel Gasmi Issiakhem qui endosse le rôle de commissaire principal. Dans cet entretien, elle décortique, pour vous lecteurs d’El Watan, les grandes lignes de cette riche programmation.

 

Propos recueillis par   Nacima Chabani

 

 

-Pourquoi l’organisation de cette première biennale de design à Alger, dont l’Institut français Algérie est l’organisateur ?

L’organisation de cette biennale à Alger est partie de l’idée en 2019 d’être un événement en résonance avec la ville de Lille qui avait, cette année-là, décroché le titre de capitale mondiale du design. Il a été donc décidé de manière très naturelle par l’Institut français Algérie d’en organiser un et qui verrait la participation des designers des deux rives de la Méditerranée, Algérie et France.

-Qu’est-ce qui se cache derrière le titre «Réinventer la ville par le design» de cette édition ? Peut-on s’attendre à une biennale plus accessible au grand public ?

Lorsque l’organisateur m’a confié le commissariat de cette première édition, et de manière très collégiale avec l’ensemble des membres du comité scientifique, nous avions construit ensemble un projet curatorial qui devait absolument intégrer la notion «design» dans toute sa diversité et expression. Et le point de jonction qui pouvait réunir toutes ces attentes était la ville, comme champ d’intervention global mais aussi pour permettre aux concepteurs d’imaginer des projets à plusieurs échelles : espaces publics, réflexions urbaines, solutions techniques, mobilier, objets…

Il sera aussi question d’expliquer à travers les trois grandes expositions et les talks l’évolution rapide du monde du design mais également le lien historiciste entre ces différentes formations qui gravitent autour du design. Le public pourra ainsi comprendre l’étendue de cette discipline et tous les champs des possibles dont elle se nourrit.

-Combien avez-vous reçu de demandes de participation après l’appel à candidatures en direction des concepteurs ?

J’avoue que lorsque l’on a publié la première fois notre appel à candidatures, nous ne nous attendions pas à autant d’engouement ! Nous avons reçu plus de 140 candidatures de pratiquement toutes les wilayas d’Algérie. C’était une réelle surprise et cela confirme que le design en Algérie a de beaux jours devant lui pour s’affiner et se professionnaliser encore.

Par cet appel à candidature, de nouveaux talents ont pu ainsi être découverts mais aussi s’apercevoir que la jeune génération était vraiment en phase avec les grands défis du XXIe siècle, à savoir celui de la question environnementale.

-Il y a également des concepteurs invités qui vont exposer. Qui sont-ils et pourquoi ce choix ?

En effet, il était important de montrer le travail de concepteurs confirmés aux côtés des plus jeunes. Certains sont encore étudiants. L’idée première était, d’une part, faire cohabiter des projets dont la maîtrise acquise depuis de longues années serait clairement affichée et d’autres avec des sujets de travail plus expérimentaux, plus dans l’idée du «dessin». Ces designers invités sont connus pour leur longue carrière de concepteurs acquises depuis déjà de longues années de pratique.

Ces concepteurs invités, dont je connais le travail, correspondaient parfaitement aux attentes de DZIGN : il s’agit de : Yamo, Chafika Aït oudia, Mouna Boumaza , Rymarezaiguia, Mourad Krinah, Akli Amrouche, Souad Delmi, Ryad Aissaoui, Louise Dib, Nacym et Sihem Baghli, Walid Bouchouchi, Khalil Bensalem, Mounia Bennamani, Nejma Oulmi, Sara Aloui, Zohor Fateh Krache , Youcef Krache , Adila Kacer, Ryma Azzi, Feriel Ould Aoudia , Leila Mammeri, Hamida Benmanssour Samia Merzouk , Nabila Kalache, Rachida Merzouk , Halim Faidi, Karim Sergoua, Yamina Ahmed Zeid, Adel Chentir et Rayan Benyounes. L’ensemble de ces concepteurs sont soit architectes, designers ou artistes , cela a permis de donner du sens et du contenu aux deux expositions dans lesquelles ils seront montrés intramuros et extramuros

-Concernant les institutions algériennes, y a-t-il eu du répondant et une collaboration ?

Oui, tout à fait, cette biennale c’est aussi l’engagement des institutions officielles algériennes qui ont adhéré à ce projet et c’est ce qui l’a enrichie. Le ministère de la Culture et des Arts est présent grâce à trois de ses institutions qui ont été partie prenante du projet, comme l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel (AARC), le Musée d’arts modernes et contemporain d’Alger MaMa, l’Ecole supérieure des beaux-arts d’Alger.

-Le programme de la biennale de design se déclinera sous la forme d’expositions, de portes ouvertes, de performance et de cinéma, et ce, sur différents lieux ?

Cette biennale a été pensée comme un parcours dans la ville d’Alger. Le programme des expositions, des projections, des talks et portes ouvertes sur les écoles se feront par intervalle de dates successives, cela afin de permettre au public d’accorder leurs agendas en fonction du calendrier de dzign 2020+1 et de décider ce qu’ils voudraient voir ou pas. Ce «format» a été décidé aussi pour éviter d’avoir une trop grande concentration de personnes sur un seul lieu par rapport à la situation sanitaire que nous vivons. Les lieux en question sont : l’Institut français d’Alger qui donnera le coup d’envoi de la biennale le 27 mai en inaugurant la première exposition de photographie «Photographiez la cité de demain» organisée par notre partenaire l’Institut français du design dans laquelle 22 étudiants de 12 écoles seront exposés, puis celle en relation à la question urbaine «extramuros» aux ateliers sauvages avec 25 concepteurs, celle dédiée à l’objet «intramuros» sera visible à la villa Abdeltif. Puis les deux portes ouvertes des deux écoles partenaires : l’école d’architecture et d’urbanisme d’Alger EPAU et l’Ecole supérieure des beaux-arts d’Alger. Et puis il y a toutes les interventions par talks de grandes figures du design et architecture, algérien et français

-L’événement en question se déroulera en deux temps distincts ; pourquoi ce choix ?

Au départ, c’est-à-dire en mars 2020, il a été question de l’organiser en une seule étape, sauf qu’après cette situation sanitaire qui a empêché d’une part sa tenue à ce moment-là , et l’empêchement de nos invités venus de France de pouvoir se rendre à Alger, d’autre part à la reprise de notre biennale, il a été donc décidé par d’organiser une Design Week pour le mois de novembre afin de recevoir ceux envers lesquels un engagement avait déjà été pris par l’organisateur, d’autant plus qu’il s’agira de master class et d’autres projets collaboratifs déjà lancés, très importants .

-En tant que spécialiste, comment pourrait-on définir le design expérimental ?

Je répondrai que le design est par essence expérimental, cette pratique va chercher tous les champs des possibles pour concrétiser une idée. Le jeu de l’expérience à travers des mécanismes, des matières, des nouvelles techniques et technologies font que le design est une perpétuelle expérience renouvelée, c’est essentiel pour répondre ou redessiner de nouveaux scénarios d’usage que cela soit pour les objets, l’habitat, les espaces publics face à un monde qui évolue très vite, forcément le design doit être en phase et c’est ce qui le plus difficile.

-Y a-t-il une différence fondamentale entre exposer de l’art et exposer du design ?

A ce sujet, il y a un débat presque mondial, car dans toutes les grandes biennales ou triennales dédiés à l’art ou au design, vous pourrez aussi bien rencontrer des œuvres de designers que d’artistes. Je dirais pour ma part que cela dépend où se situe le travail de tel ou tel designer. Certains sont artistes-designers, d’autres sont designers–industriels, donc il est difficile de répondre à cette question, seul leur travail pourrait justifier de leur présence dans une exposition dédiée au design ou à l’art ; en fait, ces deux termes sont très généralistes. Il vaut mieux s’intéresser aux projets curatoriaux des expositions qui légitimeraient la présence des uns et des autres.

Il subsiste quand même une différence entre la valeur d’usage qui définit le design et la subjectivité plus caractéristique à l’art. Pour exposer de l’art ou du design, cela dépend fortement du sens et du contenu que l’on veut donner à une exposition. Je pense qu’il est plus complexe de montrer de l’art, parce que le design est tout de suite déchiffrable.

Exposer de l’art, notamment contemporain, exige beaucoup plus de dextérité. Le discours d’une œuvre d’art n’est pas frontal ni direct comme celui d’une pièce de designer, mais cela n’est pas inenvisageable d’avoir les deux sur une même exposition.


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