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lundi, 13 juillet, 2020
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«El Hamdou li Allah» du 3 Juillet 1962 à la Casbah : El Anka, l’histoire et la mémoire

30 juin 2020 à 9 h 15 min

«Le patrimoine culturel en définitive ne peut être que le passé parlant au présent de son avenir»  Jacques Berque

C’est à l’approche et au ressourcement du 58e anniversaire de l’Indépendance de l’Algérie, le 3 juillet 1962, qu’une magnifique effigie picturale d’éclat vient d’être exécutée par un groupe de jeunes Casbadjis dans un lieu mythique de mémoire et d’histoire qu’est la placette dite du 2e à l’ex-rue Marengo, Abderrahmane Arbadji actuellement, une des principales artères de proximité de la médina d’Alger.

Un portrait évocateur de l’emblématique Cheikh Hadj M’hamed El ANKA dédié par la jeunesse

Une véritable œuvre artistique de raffinement illustrant le portrait de l’emblématique Cheikh Hadj M’Hamed El Anka, caractérisé esthétiquement par l’attrait figuratif de l’expression prégnante du visage populairement familier du grand maître perpétuellement coiffé de son inséparable chéchia stamboul, qui a également habité en ce quartier pendant les années 1944-1959 au n°25 de cette rue Marengo qui fut un creuset de militantisme et de résistance du mouvement national dès les années 30 jusqu’à l’Indépendance.

Symbiose d’harmonie culturelle, un des voisins d’immeuble de Cheikh Hadj M’hamed El Anka avait pour nom Kaddour Bachtobdji, un virtuose instrumentiste de renom du banjo dans l’art musical du patrimoine andalous et chaâbi qui fut également un proche et constant précurseur de référence dans l’accompagnement d’un parcours de révélation ascensionnelle de la légende Amar Ezzahi.

L’ex-rue Marengo à la Casbah et ses fragments d’histoire

Cette rue très populaire reste toujours marquée par des indices d’histoire que sont les immeubles où ont vécu des dirigeants de premier plan du PPA/MTLD à l’instar de Lahouel Hocine, secrétaire général du parti au n°11, dont le domicile a abrité en sa présence complétée par celle de Mohamed Boudiaf et de Sid Ali Abdelhamid respectivement responsable du Parti en France et membre du Bureau politique du PPA/MTLD, une première rencontre politique de concertation et d’évaluation décisive au début du mois de mars 1954.

Une initiative salutaire dans une conjoncture stratégique très complexe, de divergences et d’immobilisme du parti qui a été le prélude à l’avènement historique majeur du Comité Révolutionnaire d’Unité et d’Action – CRUA – segment et levain du 1er Novembre 1954, officiellement constitué quelques jours plus tard, le 24 mars 1954, à la célèbre médersa Errachad, à une encablure de ce quartier, au 2 ex-rue Rabin Bloch présentement rue Amar Ali dit Ali la Pointe au marché populairement dénommé Djamaâ Lihoud, en référence toponymique à la synagogue israélite implantée en ce lieu.

C’est cette féconde trame du quartier chargée d’histoire qui a inspiré un enfant d’El Mahroussa le regretté Si Rédha Benhadad à concevoir et réaliser au cours du mois de juin 1962 cette fresque resplendissante devenue légendaire pour avoir immortalisé la communauté de destin, de fraternité et de solidarité des peuples algériens, tunisiens et marocains dans une lutte implacable de libération de notre patrie ensevelie pendant plus d’un siècle dans les affres ténébreuses d’un colonialisme français ségrégationniste d’infra-humanité.

La culture de la mémoire collective à l’épreuve  du temps et contre l’oubli

L’iconographie constitue le support matériel privilégié de la pérennité et de la culture de la mémoire par l’image, à l’exemple de cette illustration photographique qui perpétue le souvenir de la fresque picturale de la vocation historique du Maghreb des peuples qui a symboliquement rehaussé en la circonstance la première soirée de l’Istiqlal avec Cheikh El Hadj M’hamed El Anka lors de l’inoubliable soirée du mardi 3 juillet 1962 à la Casbah d’Alger, dont l’empreinte du «Cardinal» sur le lieu même de l’œuvre-vestige évoque et perpétue dans la temporalité la portée historique de l’événement.

De par l’impact marquant de son message significatif très fort d’une vision populaire avant-gardiste de l’Union magrébine pour l’époque et d’ailleurs toujours d’actualité, cette évocatrice trame mémorielle reprise dans des séquences de films et de documentaires d’archives projetées par des chaînes internationales de télévision, réapparaîtra dans sa genèse d’histoire à la faveur d’un contexte judicieusement approprié, inscrit en projet de l’Association des amis de la rampe Louni Arezki Casbah pour la pérennisation du souvenir de l’aspiration profonde du peuple algérien ainsi exclamée à travers sa mémoire visuelle dès la renaissance de sa patrie libérée au premier jour de l’Indépendance.

Au souvenir du Mardi 3 Juillet 1962 : El ANKA et «El Hamdou li Allah»

La symbolique de cette œuvre expressive a été le splendide décor générique de la première soirée de l’Indépendance fêtée en cette mythique Placette du 2e de l’ex-rue Marengo où El Hadj M’Hamed El Anka, dans une émotion extrême de l’impressionnant délire d’euphorie d’une population en liesse de béatitude «d’envoûtement», a triomphalement été accueilli avec des tonnerres d’applaudissements et des salves d’interminables youyous.

Ceci fut la grandiose extase où El Hadj M’Hamed El Anka entonna avec solennité et pour la première fois El hamdou li Allah ma bqach istimâar fi bladna, (Louange à Dieu, le colonialisme n’existe plus dans notre pays (un flamboyant poème qu’il a couvé avec passion des années durant pour le convertir en un hymne populaire de la chanson chaâbie dédié à l’Istiqlal qui venait ainsi de naître dans une allégresse inédite en ce lieu, lors de cette soirée inaugurale des fêtes de l’Indépendance un inoubliable mardi 3 juillet 1962, ancré à jamais dans la mémoire collective des foules de celles et ceux qui l’ont intensément vécue dans la plénitude de l’extase et de la félicité d’un jour béni tant attendu et rêvé par le peuple algérien.

Les héroïques chouhada du devoir et du sacrifice étaient aussi de la fête ce soir là à travers une grande émotion collective de la pensée inlassablement scandée à l’unisson par toute une population en phase de recueillement et de reconnaissance d’éternité à leurs mémoires au refrain de Rahmou âala Chouhadas mousseblines min adjl awtana, Priez pour nos valeureux chouhada du sacrifice suprême par le don de soi pour la patrie, solennellement interprété avec l’intonation émouvante stylée dans le mode vocal de tendresse h’nana inimitable de cheikh El Hadj M’hamed El Anka. Une synthèse de l’historique événementiel de cette mémorable soirée a modestement été consacrée par l’auteur de ces lignes sur le journal El Watan en date du 5 juillet 2015 – pages 14 et 15 – .

Depuis et 58 années plus tard en la perspective de ce mois de juillet du souvenir qui se renouvelle, ce collectif de jeunes artistes peintres amateurs, tous natifs de la Casbah, se sont investis avec enthousiasme et empressement pour faire ressurgir ce pan lumineux d’histoire à travers la remémoration figurative du portrait de Cheikh Hadj M’hamed El Anka en repère créatif de El Hamdou li Allah, son œuvre d’une symbolique éternelle d’historicité. Une véritable communion de la mémoire collective en un lieu devenu mythique avec une jonction générationnelle de son histoire revisitée en la circonstance à travers le portrait de Cheikh Hadj M’Hamed El Anka.

Lequel portrait est une conception picturale expressive de sa prodigieuse et immense célébrité ainsi auréolée en cette circonstance de veille du 58e anniversaire de l’Indépendance de l’Algérie par l’écho perpétuel de l’hymne de la Victoire El Hamdou li Allah qu’il a magistralement interprété et dédié à l’Istiqlal afin de perpétuer une légende proverbiale de popularité à la glorieuse lutte de la guerre de libération nationale en direction de la postérité de la jeunesse et des générations montantes.

A l’exemple de cette œuvre citoyenne de la jeunesse pour la pérennisation du souvenir, une floraison de fresques décoratives sont essaimées dans l’ensemble de l’enceinte de la Casbah, à l’image des effigies de l’icône de la jeunesse Amar Ezzahi, des chouhada tels que Mohamed Bouras, nationaliste de la première heure, membre fondateur des scouts musulmans, fusillé en 1941, Rahal Boualem, guillotiné à l’âge de 17 ans, Ali La Pointe en compagnie du petit Omar, Ahmed Djaout, membre fondateur du Mouloudia d’Alger, de l’illustration identitaire du haïk algérois et tant d’autres remémorations symboliques de la résistance et de la culture patrimoniale.

Un relai générationnel pour la réappropriation de l’histoire, de la mémoire collective et de la culture

Cette exaltante initiative porteuse d’espérance est l’émanation d’un élan démonstratif d’une jeunesse attachée à une matrice féconde d’une histoire plurimillénaire incarnée par la Casbah d’Alger.

Un message d’une symbolique juvénile d’éveil qui traduit explicitement l’expression d’un relais générationnel d’une mémoire collective vivace et fertile avide de la réappropriation de son histoire et de sa culture. Ceci en un héritage précieux d’ancestralité qui constitue le substrat fondamental des éléments structurants  d’Algérianité de cette jeunesse afin de le transmettre par devoir en legs aux descendances futures.

 

Par Lounis AIT AOUDIA

Président de l’Association des amis de la rampe Louni Arezki Casbah



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