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Rachida Adjal. Artiste-peintre

Douée, mais peine à vivre de son art

14 juillet 2019 à 10 h 00 min

Ses sculptures élancées ont quelque chose de Giacometti et ses tableaux n’ont rien à envier à ceux des peintres qui font l’actualité à Oran, la médiatisation en moins. Elle a déjà exposé au Maroc, en Egypte, etc.

Vouloir vivre de son art n’est pas une sinécure, mais Rachida Adjal, artiste-peintre, reste déterminée même si, pour remplir les vides, elle doit s’ingénier à trouver de quoi subvenir à ses besoins pour ne dépendre de personne. Ses sculptures élancées ont quelque chose de Giacometti et ses tableaux n’ont rien à envier à ceux des peintres qui font l’actualité à Oran, la médiatisation en moins.

Elle a déjà exposé au Maroc, en Egypte, etc., mais ce n’est pas suffisant, d’autant plus qu’elle sait qu’elle a encore énormément de choses à exprimer et à explorer. Très active et dotée d’un dynamisme hors du commun, elle n’hésite pas à se lancer dans la production audiovisuelle. «Le marché de l’art étant ce qu’il est en Algérie, je m’arrange néanmoins toujours pour ne pas trop m’éloigner du domaine artistique», se console-t-elle, pensant à ses interventions dans les décors, les cadrages, etc.

«Ce que m’a rapporté ma peinture, je l’ai investi pour monter ma petite entreprise, mais cela n’est pas sans conséquences, car j’ai effectivement baissé le rythme des expositions, même si je ne cesse de peindre, quitte à le faire le soir, ou même lors des voyages, quand je trouve le temps d’élaborer des projets». De ce fait, en se donnant les moyens de faire plus attention à la qualité de ses travaux, elle est devenue plus exigeante envers elle-même.

Son itinéraire peut paraître à première vue chaotique, mais en réalité tout concorde pour qu’au final elle puisse assouvir sa soif d’expression artistique. Depuis sa tendre enfance, des concours de circonstance et une série de hasards semblent renforcer l’idée qu’elle est née pour cette carrière. Evidemment, tout artiste-peintre va dire qu’il a commencé le dessin très tôt et c’est aussi le cas ici, mais chez elle il y a toujours un petit plus qui fait la différence.

Elle a souvent entendu dire qu’elle était en avance sur son temps. Native d’Oran, Rachida Adjal a grandi à Souk Ahras, où vivaient ses parents. Les matières artistiques enseignées à l’école étaient celles qu’elle préférait le plus, avec en prime des enseignants qui l’ont toujours encouragée.

En 1994, au CEM et pour les besoins d’un concours à dimension maghrébine, elle a décroché le premier prix dans sa wilaya et devait ensuite se déplacer à Alger pour la suite des épreuves, mais pour des raisons familiales, elle n’a pas pu effectuer le déplacement, malgré l’insistance de son professeur (Djamel Hragmi), qui a, lui aussi, décelé les capacités artistiques de cette élève surdouée.

«Mon père était pourtant collectionneur d’antiquités et gardait des bustes en bronze et des bibelots et c’est ce qui explique sans doute mon penchant pour la sculpture». Mais la véritable révélation est survenue lorsqu’elle était au lycée Benhayane. En 1996, par un heureux hasard, elle a eu l’opportunité de participer à la 7e édition, «malheureusement la dernière», du Festival international des arts plastiques de Souk Ahras.

A ce moment-là, alors que les artistes femmes étaient hébergées dans le seul hôtel de la ville, les hommes étaient accueillis dans l’internat de son lycée. «Un élève m’a dit que les artistes étaient là et, comme je me voyais moi-même déjà en tant qu’artiste, j’étais contente et c’était pour cela je suis allée les voir pour discuter avec eux.

Il y avait Noureddine Azouz, Rafik Sebaa, etc,. et ce sont eux qui m’avaient présentée à M. Laroussi, qui était alors président de l’UNAC (Union nationale des arts culturels). A la vue des dessins que j’avais réalisés, ils étaient tellement impressionnés qu’ils m’ont proposé de réaliser une des fresques qu’ils étaient en train d’élaborer pour remercier le lycée qui les avait hébergés».

Invitée pour la clôture, elle a eu la chance de recevoir une attestation, une sorte de diplôme, et c’était une première pour elle avec la présence du directeur de la culture de Souk Ahras, et, cerise sur le gâteau, une interview à la télé pour cette «plus jeune artiste algérienne» de ce festival. «C’était ma première participation et vous imaginez la motivation !»

Dans la foulée, elle a fait connaissance de Nouredine Belmekki et de Kour Nouredine, deux artistes-peintres partis d’Oran. Elle connaissait déjà le dernier à travers le petit écran, car, à l’époque, il animait en compagnie de Rachid Talbi une émission de télévision intitulée Soura ouasouar, qu’elle suivait évidemment avec un grand intérêt. Il se trouve justement qu’après le lycée, après un bac qu’elle a raté sans doute à cause de son attachement sans faille à l’univers pictural, elle a dû rentrer à Oran. Cet épisode est dû à la séparation de ses parents.

Commence alors pour elle une autre étape, celle de son entrée à l’Ecole des beaux-arts. Pour la spécialité, Communication visuelle, elle a été encadrée par le regretté Bachir Belhouari, un des piliers de cette école, parmi les plus anciennes du pays.

De cette période elle garde surtout en mémoire sa fréquentation du musée Zabana, situé à quelques mètres de là et qui dispose d’une collection appréciable d’œuvres d’art. «En plus de la bibliothèque du musée, j’allais surtout dans la salle où sont entreposées les œuvres des périodes baroque et classique et dans laquelle je pouvais rester des heures et des heures grâce à la complicité des employés et de la direction qui ont tenu compte de ma passion».

Elle s’est ensuite inscrite à l’Ecole supérieure des beaux-arts d’Alger, après avoir été reçue avec brio au concours. Partie avec ses propres moyens et, à défaut d’internat, elle n’a pas pu aller jusqu’au bout, mais son passage dans la spécialité sculpture a été remarqué. Quand les profs étaient sollicités pour une émission de télé, ils l’invitaient à participer avec eux. «Je prenais mon matériel et j’effectuais des prestations sur place, sur le plateau, et je le faisais sans complexes».

Rentrée de nouveau à Oran, soucieuse de son avenir, elle a dû se débrouiller aussi pour gagner sa vie. Elle faisait pendant un temps des reproductions pour des particuliers ou des antiquaires. Il lui arrivait de proposer ses propres œuvres qu’elle cédait à des prix dérisoires, car il fallait bien vivre, mais elle ne regrette rien, car ce qui lui importait c’était que son style s’affine.

A cette époque, à partir des années 2000, il n’ y avait presque plus de galeries à Oran. La galerie Lotus, ouverte par Moussa Mediène, lui a donné sa chance, mais celle-ci a dû également fermer. «Il y avait la galerie Elfa, mais cet établissement, qui n’organisait déjà plus de vernissages, refusait les jeunes débutants et ne faisait confiance qu’aux artistes qui avaient déjà un nom, ou alors aux organismes comme le Lion’s Club, même si on avait affaire à des amateurs».

Sa détermination était telle qu’elle allait prospecter elle-même des galeries à Alger, ou des lieux où exposer parfois avec succès, parfois non. Dans ce milieu-là, il est difficile de se frayer un chemin.

«Ils me disaient : ‘Tu es très jeune’ mais moi je n’ai pas brûlé les étapes, j’ai juste commencé très tôt. Ils ne me comprenaient pas, contrairement aux artistes que j’avais rencontrés dans des festivals et qui ont su capter la valeur de ce que je faisais.» Elle a été, par exemple, indirectement à l’origine de la tenue à Oran de plusieurs éditions d’un Salon régional de la peinture organisé à l’hôtel Phénix, après sollicitation du directeur de cet établissement.

Ayant remarqué chez elle le côté fonceur et hyperactif, certains lui conseillaient de ne pas essayer de courir plus vite que son ombre et de laisser le temps faire les choses au risque de se retrouver désaxée, de tomber dans la dépression, d’être incomprise et donc décalée socialement. «Ce n’est pas le cas, heureusement», dit celle à qui il est arrivé de prendre en charge bénévolement des enfants de son quartier à qui elle enseigne le dessin et l’animation pour leur faire éviter de passer leur temps dans la rue.

Aujourd’hui encore, il lui arrive de travailler sur la base de croquis qu’elle a réalisés, alors qu’elle n’était qu’étudiante. Il y a une dimension sculpturale dans ses peintures et c’est à défaut de ne pas mener à bout des projets de sculpture pour manque de moyens qu’elle a dû se rabattre sur la peinture. «Un jour, lorsque j’aurais plus de moyens, je compte réaliser des sculptures en bronze», espère-t-elle. Et d’ajouter : «J’ai réalisé des sculptures en argile, avec de la pâte à bois, avec du plâtre ou du faux bronze, mais ce n’est pas la même chose, car il faut toujours garder à l’esprit l’art et la matière».


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