Des récits et des chants de lutte | El Watan
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jeudi, 25 février, 2021
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17es Rencontres cinématographiques de Béjaïa

Des récits et des chants de lutte

24 septembre 2019 à 9 h 00 min

La 17e édition des Rencontres cinématographiques de Béjaïa (RCB) a été inaugurée dans la soirée de samedi à la Cinémathèque de Béjaïa, avec une prestation musicale, comme pour marier les quatrième et septième arts, une sorte de dialogue qui a déjà inspiré le Festival international du théâtre.

Samira Brahmia et Fayçal Belatar ont interprété des chants et des contes qui portent un message de liberté. Dites à votre maître que je n’abdiquerai pas est le refrain d’une chanson, interprétée en arabe classique, que le hirak a inspirée à Samira Brahmia.

La chanteuse s’est mise dans l’esprit de cette 17e édition des RCB, qui a adopté ce slogan-invitation: «Raconte tes luttes aux Rencontres cinématographiques de Béjaïa». Ad zzi saa (Le temps tourne), de Slimane Azem, que de nombreux chanteurs algériens ont reprise, est une leçon de vie chantée par Brahmia, qui a gratifié aussi le nombreux public des RCB avec Miriama, qui rend hommage à la Mama Afrika, la chanteuse sud-africaine, Miriam Makeba.

La performance de Fayçal Belatar, il l’a puisée dans le secret de la sagesse humaine, en offrant un conte qui raconte la lutte d’une petite fleur pas comme les autres, une fleur qui lutte pour pouvoir pousser malgré les vents qui soufflent. «Cette petite fleur est l’Algérie», conclut Fayçal Belatar, clôturant un spectacle qui a savoureusement allié voix et notes.

«Une conquête de nouveaux espaces de liberté, ce n’est que cela les RCB», a dit, dans son discours d’ouverture, Lilia Aoudj, la directrice artistique des Rencontres. Les activités de cette 17e édition trouvent un prolongement dans le théâtre de Verdure, construit par la seule abnégation de citoyens de la région de Ath Aïssi et Aokas, sont une conquête de liberté. Pour honorer cet esprit de lutte et de citoyenneté, les organisateurs des Rencontres ne pouvaient ignorer les atteintes aux libertés individuelles commises par le pouvoir depuis le soulèvement populaire pacifique du 16 février.

«Nous avons une pensée pour les détenus du drapeau amazigh et les détenus d’opinion. On ne peut pas emprisonner un homme libre», a lancé Lilia Aoudj face à une salle qui a fait le plein pour cette soirée d’inauguration. Pour la projection d’ouverture, le choix a été porté sur un documentaire de 71’ de Dorothée Myriam Kellou, A Mansourah, tu nous a séparés.

C’est un poème déclamé par une femme dans le film qui a inspiré à la jeune réalisatrice-journaliste le titre de son documentaire. Dans certaines productions cinématographiques, faut-il le souligner, ce sont les personnages eux-mêmes qui inspirent les titres aux réalisateurs (Fi rassi rond-point…). Le constat est aussi à faire concernant une tendance qui invite de jeunes réalisateurs à filmer les parcours et expériences de leurs proches (Nadir Dendoune filme sa mère dans Des figues en avril…).

Tout est parti de douleurs enfouies, de silence pesant et de souvenirs torturants pour le documentaire de Dorothée Myriam Kellou, qui a filmé son père, personnage principal de ce film. Elle est partie avec lui dans un retour à son village, Mansourah, dans la wilaya de BBA, que son paternel n’a pas revu «depuis 50 ans». Village aux stigmates des horreurs coloniales encore béantes, Mansourah est filmée avec la simplicité de ses gens, la dureté de la vie rurale et l’austérité de sa nature.

Lorsque des hommes racontent leur passé de «déportés», certains détournent le regard de la caméra pour cacher leurs larmes. Il y a soixante ans, le colonisateur les a regroupés dans un camp, entouré de fils barbelés et avec deux seules portes comme issues vers le monde extérieur. «L’une d’elles mène vers le cimetière», se remémore un vieil homme. Récits d’embuscades, d’exactions et d’attaques au Napalm, tristes souvenirs du général Groussot…

Certains de ces déplacés ont vécu la période coloniale en tant qu’enfants, aujourd’hui marqués par ce souvenir de déracinement. «On ignorait où on nous emmenait», raconte l’un d’eux. En pleine opération «Jumelles», l’armée coloniale a vidé des villages entiers et imposé le déracinement et jeté à l’errance et à l’incertitude des milliers d’Algériens, forcés à quitter leurs maisons et leurs villages bombardés aussitôt.

Par bribes, les souvenirs remontent avec douleur. L’émotion est transmise à une partie du public, mais certains ne comprennent pas qu’on ait passé sous silence tout le contexte historique de ces faits qui se passent dans la Zone 2 relevant de la Wilaya III historique. Dans les photos que montre une vieille femme apparaît d’ailleurs le colonel Amirouche. Que l’on cadre sur des ruines et l’on coupe aussitôt en montrant les pas de danse au rythme du ney est en tout cas l’expression de simples gens qui tentent de vaincre les fantômes de leur passé et de chercher leur liberté dans l’Algérie indépendante. 


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