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dimanche, 23 septembre, 2018
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Lazhari Labter. Journaliste et écrivain

Des pans entiers de notre histoire ancienne et récente restent à découvrir

13 septembre 2018 à 22 h 47 min

Un roman historique de l’écrivain Lazhari Labter paraîtra prochainement. Intitulé Laghouat la Ville assassinée ou le Point de vue de Fromentin aux éditions Hibr.

– Vous parlez dans votre livre d’une ville assassinée, attaquée par des soldats, mais on a comme l’impression que vous redonnez vie à votre ville natale. Un hommage ?

En fait, ce n’est pas moi, mais Eugène Fromentin, un peintre écrivain français, originaire de la ville de La Rochelle, qui nous a laissés non seulement des dessins et des tableaux de l’époque mais aussi un livre important intitulé Un été dans le Sahara où il décrit par le menu et très objectivement l’attaque et la prise de la ville qui le dit.

C’est lui qui parle d’assassinat dans le passage suivant : «L’aspect même de la ville, le silence des rues, l’air d’abandon des maisons, la solitude des marchés, je ne sais quoi de menaçant encore et de sombre vous avertit que ce lieu vient d’être le théâtre d’événements terribles, et même aux endroits les moins maltraités tout indique une ville à moitié morte – et de mort violente  – j’allais dire assassinée.»  «Redonner vie» est une belle expression.

En fait, je veux exhumer une histoire peu ou pas connue du tout, un fait d’histoire terrible mais glorieuse et des figures ignorées ou minorées, à l’exemple du grand résistant Benacer Benchohra, surnommé «le marin du désert» par les Français pour son agilité et son habileté dans la guérilla des sables, qui avait levé l’étendard de la résistance de 1841, presqu’en même temps que l’Emir Abdelkader, jusqu’en 1875. 34 ans de résistance et de combats sur tous les fronts, plus que l’Emir Abdelkader, Hadj Ahmed Bey, cheikh Haddad, cheikh Mokrani réunis.

– Une attaque qui a fait 2500 morts sur une population de 4000 habitants. C’est terrifiant. Mais c’est un événement peu connu…

C’est absolument terrifiant. C’est ce qu’on appelle un génocide au sens d’actes «commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux», selon les termes de la convention des Nations unies du 9 décembre 1948 ou bien un crime contre l’humanité, au sens de crime «commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique lancée contre toute population civile et en connaissance de cette attaque», crime qui relève de la Cour pénale internationale selon le statut de Rome du 17 juillet 1998. Ce n’est pas à moi de trancher sur la question mais aux juristes et aux historiens.

Ce que je montre moi à travers ce roman du génocide et de la résistance c’est que l’armée française a exterminé les 2/3 des habitants de ma ville natale Laghouat le 4 décembre 1852 et que le criminel Pélissier voulait la détruire entièrement et en disperser les quelques centaines de survivants, essentiellement des femmes et des enfants, réduits à l’état de loques humaines.

A part les historiens et les chercheurs en histoire, très peu de gens ont connaissance de cet horrible crime. L’objectif de mon récit, c’est aussi de le porter à leur connaissance.

Des pans entiers de notre histoire ancienne et récente restent à découvrir et à écrire et j’ajouterai que cette histoire, notamment celle du mouvement national et de la guerre de Libération nationale n’appartient à aucune «famille», organisation ou institution officielle, aussi prestigieuse fut-elle mais appartient au peuple algérien qui en est le seul propriétaire légitime.

– Vous vous basez dans votre ouvrage sur des faits historiques. Vous avez rassemblé des témoignages. La tâche n’était pas difficile ?

Lorsqu’on s’attaque à ce genre d’entreprise, il faut faire preuve de sérieux. On ne peut pas raconter n’importe quoi. On n’a pas le droit.

Ce travail m’a demandé, entre écriture et recherche, presque une année. En fait de témoignages, je me suis basé sur ceux qui existent dans les ouvrages et ils sont très nombreux. Mais ils ont tous été laissés par des officiers français qui avaient écrit avant, pendant et après la prise de la ville ou des témoins dont le plus important est Eugène Fromentin ; des résistants de Laghouat, nous n’avons, malheureusement, aucune trace écrite laissée par eux.

Il faut alors combler les «blancs» par l’imagination et les rares écrits sur eux laissés par les Français. D’ailleurs, mon roman est un roman à deux voix, la mienne et celle de Fromentin à travers des textes extraits de son ouvrage Un été dans le Sahara.

Lazhari Labter : Est journaliste, poète et romancier. Il est né à Laghouat (Sud algérien) en 1952. Il vit et travaille à Alger où il se consacre à l’écriture. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont plusieurs recueils de poèmes, un témoignage sur les journalistes algériens assassinés et une étude sur la bande dessinée algérienne. Sa somme poétique intitulée Essentiel Désir – Diwan al ‘Ishq oua al-Ghazal a été publiée chez Hibr Éditions en 2013 et son premier roman, Hiziya Princesse d’amour des Ziban, aux éditions El Ibriz en 2017.

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