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Décès de la comédienne Nouria Kazdarli à l’âge de 99 ans : La planche… de salut d’une doyenne

11 août 2020 à 9 h 42 min

Elle était l’une des figures de proue du théâtre algérien et surtout un visage familier du petit et grand écran en Algérie. Elle avait joué dans 160 téléfilms, 200 pièces théâtrales La maison de Bernarda de Federico Garcia, Les Concierges de Rouiched, Amar Bouzouar de Abdelhamid Rabia, Montserrat d’Emmanuel Roblès et quatre films. La grande comédienne, Nouria Kazdarli, est décédée dimanche à l’âge de 99 ans.

Nouria Kazdarli, de son vrai nom Khadidja Benaïda, femme de théâtre et actrice algérienne voit le jour en 1921 à Ammi Moussa dans une famille d’agriculteurs originaire de Matmata dans le Ouarsenis, la famille déménage et s’installe à Mostaganem.

C’est dans cette ville portuaire que la jeune Khadidja fit la connaissance de Mustapha Bouhrir, jeune bachelier qui deviendra plus tard son époux et qui sera plus connu sous le pseudonyme de Mustapha Kazderli. Le couple s’est marié en 1939 et s’installa à Alger, elle exerce le métier de couturière et Mustapha travaille à l’Electricité et gaz d’Algérie (EGA), puis à la mairie d’Hussein Dey. Mustapha, découvre le théâtre à Alger où il fait la connaissance de Taha El Amiri et Boualem Raïs.

Les trois hommes, qui ont des vocations d’acteurs, créent avec Mustapha Badie une troupe théâtrale, le Croissant algérien, qui se fondra quelques mois plus tard dans la Troupe des artistes associés. Quelques années plus tard, avec le souhait de son mari, Khadidja Benaïda intègre la troupe en 1945 lors d’une tournée à Constantine, où sa carrière commence et elle s’affirma comme une comédienne incontournable et adopta le pseudonyme de son mari avec un autre prénom, désormais son nom de scène est Nouria Kazdarli.

Keltoum, Aouichett, Latifa, Wahiba, Fadela Dziria,Zahra Nemri et les autres

Dans un entretien intéressant donné au blog Sougueur2demain, la regrettée Nouria Kazdarli s’était livrée avec une honnêteté et générosité à forcer le respect : «J’étais couturière et on habitait dans un studio, impasse Maxime Noiret à Bab El Oued. Je faisais la marmite pour tous les artistes qui y venaient.

Il y avait Touri, Kouiret, Rouiched, amis de Mustapha ! Un jour, à la fin de l’année 1945, la troupe devait faire une tournée à l’est du pays, mais il manquait une femme pour un rôle mineur. Raïs est venu me voir pour jouer ce rôle, où je ne devais prononcer que deux phrases, mais j’ai refusé et il a fallu me convaincre…Je vis avec mes fantômes de Keltoum, Aouichette, Hadjira Bali, Latifa, Wahiba, Fadila Khitmi, Fadela Dziria, Anissa, Zahra Nemri, Tayeb Aboulhassan, Hassan Hassani, Madjid  et Habib Réda,Youcef Hattab, Sid Ali Fernandel, Mguelati, Kouiret, Mohamed Debbah, Momo, Djelloul Badjarah… Un jour, Bachatarzi et Habib Reda se sont donnés un mal fou pour trouver une femme destinée au rôle de bédouine. A l’époque, j’avais les cheveux blonds et j’avais belle allure. Quand je me suis présentée, Bachatarzi était interloqué, prenant à témoin Reda : ‘‘Une Américaine pour jouer le rôle de bédouine, ça va pas non !’’ N’empêche, on m’a donné le rôle et j’ai passé la nuit à apprendre mon texte.

Peu avant le spectacle, on m’a proposé de signer le contrat. J’ai refusé en arguant que je ne le ferai qu’après le verdict du public et son appréciation sur ma prestation. Fort heureusement, il a bien réagi et m’a longuement récompensée par des ovations interminables. A ce moment-là, j’avais signé un contrat de confiance avec mon public et j’estime que cela n’avait pas de prix…»

Et de continuer sur le beau métier qu’elle exerçait, comédienne, et de révéler sa fibre patriotique : «Les conditions de pratique du théâtre n’étaient pas toujours faciles à l’époque. L’administration coloniale nous surveillait. N’empêche, on arrivait à la déjouer en usant de sous-entendus et de métaphores… Dans l’une des premières pièces La part de l’orphelin, jouée devant un large public à Constantine en 1945, le message destiné aux Algériens, encore sous le coup du drame qui les a touchés, était à peine voilé.
« On chantait  en chœur Min Djibalina. Ça nous donnait la chair de poule… »

Le public l’a compris. Cela nous a permis de participer à l’éveil des consciences, la pièce était écrite par Moussa et mise en scène par  Kazdarli qui avait déjà un capital expérience non négligeable… Quand  on terminait la pièce et après avoir pris la précaution de mettre des sentinelles à l’entrée du théâtre pour prévenir d’une éventuelle descente des gendarmes, on chantait en chœur Min Djibalina. Ça nous donnait la chair de poule et la communion avec le public était totale… Moi, j’aimais évoluer aux côtés de Réda, Hassani, Bachtarzi et Rouiched, je l’avoue… S’il ne jouait pas à Yades, il jouait de mauvais tours aux autres.

Comme de joyeux lurons, nous aimions taquiner nos compères. Quand les jeunes me disaient qu’ils étaient fiers de me donner la réplique sur les planches, cela suffisait à mon bonheur… Le théâtre d’alors, et j’en suis le témoin et l’actrice vivante, était un théâtre bouleversant, mais un acte juste, politique. Une prise de position, un jeu sur l’engagement et le quoi faire de soi d’une grande générosité…

Celui qui aurait pu redresser la situation (du théâtre algérien), c’est Sid Ahmed Agoumi. C’est un deuxième Kateb ou Bachtarzi, mais comme on ne voulait pas le laisser travailler, il est parti. C’est vraiment dommageable… Le théâtre peut en offrir rarement sans théorie, sans dérision, sans complaisance…»

En mars 2017, un vibrant hommage avait été rendu à cette grande dame du théâtre algérien par l’association artistique et culturelle du IIIe Millénaire, à l’occasion de la Journée mondiale du théâtre.

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