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samedi, 28 novembre, 2020
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L’ASSOCIATION «UN LIVRE UNE VIE» OU LA SOLIDARITé PAR LA LECTURE

De Chenôve à Tigzirt, un «pont de livres» entre les deux rives

22 novembre 2020 à 10 h 20 min

C’est une initiative extrêmement louable que l’on doit à une association française basée à Chenôve, près de Dijon, en Bourgogne : l’association Un Livre Une Vie. Sous la direction de sa présidente Assia Yacine, qui est originaire de Tigzirt, l’association s’attache depuis sa création en 1998 à envoyer quelque 3000 opus en Algérie chaque année pour alimenter un réseau de bibliothèques municipales, dressant un véritable «pont de livres» entre les deux rives de la Méditerranée.

Et tout récemment, l’ONG livresque a initié, avec l’aide de ses partenaires en Algérie, une opération d’acquisition d’un millier d’ouvrages auprès d’un certain nombre d’éditeurs algériens.

Ces volumes, principalement des nouveautés parues en Algérie, sont versés aux collections de quatre bibliothèques communales de la wilaya de Tizi Ouzou. L’opération se veut un acte de solidarité envers nos éditeurs, ceci dans un contexte où la filière du livre a été frappée de plein fouet par les effets de la pandémie, une situation qui se trouve aggravée par l’annulation du SILA.

Un millier de livres achetés auprès de 6 éditeurs

Rabah Aftisse, figure culturelle emblématique de la région de Tigzirt et cofondateur du Salon du livre de Boudjima, est le relais de l’association Un Livre Une Vie en Algérie depuis pratiquement la création de l’organisation Chenevelière.

A ce titre, c’est lui qui a dirigé cette opération. Joint au téléphone, il explique : «Nous avons initié cette action pour exprimer notre solidarité avec les éditeurs touchés par la crise sanitaire. Assia Yacine, la présidente de l’association Un Livre Une Vie soutenue par l’Assemblée générale de l’association, a décidé de nous envoyer un peu d’argent pour acquérir des livres. Habituellement, l’association nous envoie deux colis de livres par an, représentant un total d’environ 3000 titres qui alimentent un réseau de six bibliothèques municipales, à Azzeffoun, Tigzirt, Iflissen, Mizrana, Boudjima et Ouaguenoun.

Mais cette année, avec le confinement et la fermeture de l’espace aérien, il n’y a pas eu de colis. Et même le salon du livre de Boudjima a été annulé en raison de la situation sanitaire. Alors, avec cette aide financière, nous avons acquis plus de 1000 livres. Il s’agit pour l’essentiel de nouveaux titres. On a voulu faire ainsi d’une pierre deux coups : équiper les bibliothèques d’ouvrages récents qui sont sortis en Algérie, et en même temps permettre à ces éditeurs, par le biais de ces achats, de souffler un peu financièrement, eux qui souffrent des effets de cette pandémie qui a durement affecté la chaîne du livre.»

Rabah Aftisse précise que ces acquisitions ont été faites auprès de «six éditeurs, à savoir  APIC, Barzakh, Casbah, Koukou, El Ibriz et Dalimen». Les recettes engrangées par les éditeurs, grâce à ces commandes, varient entre 50 000 et 100 000 DA, selon la taille de la maison d’édition et le nombre de nouveautés acquises. «En outre, nous allons inclure, ajoute ce passionné de livres, deux autres éditeurs que nous allons désigner incessamment : l’un spécialisé en livres d’expression amazighe et un autre spécialisé dans les livres pour enfants.»

Les ouvrages ont été acheminés par les éditeurs à la bibliothèque de Boudjima. «Là, il y a toute une équipe qui s’est chargée de les réceptionner et de les répartir sous la direction de Mme Bougherara, la responsable de cette bibliothèque», nous dit Rabah. «Les ouvrages seront répartis en quatre lots qui seront livrés aux bibliothèques municipales de Tigzirt, Azzeffoun, Boudjima, plus une quatrième bibliothèque qui va être celle de Beni Yenni ou bien de Larba Nath Irathen.»

Dons d’ouvrages à des bibliothèques municipales

En temps normal, Rabah Afisse s’occupe notamment des démarches administratives liées à la réception des livres envoyés depuis Chenôve. Parce qu’il faut savoir que même s’il s’agit de dons, les lots de livres reçus de l’étranger obéissent à une procédure stricte. «Depuis 1999, l’association Un Livre Une Vie nous envoie des livres pour enrichir les bibliothèques de la région», indique Rabah. «Là-bas, en France, il y a des bénévoles de l’association qui s’occupent du tri et de la restauration des livres et la préparation des colis. Ils constituent des palettes de livres et m’envoient les inventaires, et avec ça, je vais voir le ministère de la Culture pour obtenir une autorisation de réceptionner ces livres après vérification du contenu des inventaires.» Rabah poursuit : «Je me charge également des procédures douanières.

Pour ça, il faut la carte fiscale magnétique des APC, celles-ci étant exonérées de certaines taxes. Il y a donc tout un travail qui se fait avec les maires qui sont nos premiers partenaires. Une fois le dédouanement effectué, on procède à la répartition de ce fonds documentaire entre les bibliothèques municipales partenaires.»

Un document de présentation de l’association souligne que parmi les objectifs que cette structure s’est fixés dès son lancement : «Promouvoir la lecture et la création de bibliothèques en Algérie.» L’association vise également à «faire découvrir la culture algérienne en France : écrivains, artistes peintres, oeuvres musicales et théâtrales…»

«Un Livre Une Vie travaille en étroite collaboration avec les municipalités, afin de créer des bibliothèques publiques, mais l’association est également très liée avec les enseignants, le milieu scolaire», précise le même document. «Les maires s’engagent d’ailleurs à un véritable partenariat avec l’association, dans le sens où ce sont eux qui procurent la structure et le personnel de la bibliothèque.» On apprend par ailleurs que «c’est dans la petite ville de Tigzirt, d’où Assia Yacine et sa famille sont originaires, que l’association a créé sa première bibliothèque». C’était en 1999.

Pour ce qui est de l’origine des livres, ils proviennent des dons «de bibliothèques françaises ou de particuliers». L’association s’est vouée ainsi à «redonner une nouvelle vie» aux ouvrages collectés. Cette «seconde vie» donnée à ces êtres de papier est rendue possible grâce au travail précieux et à l’abnégation de «17 bénévoles retraités» qui s’appliquent à «trier, inventorier et consolider» les volumes récupérés et «à la préparation des colis».

Ces collections rafraîchies vont ensuite trôner allègrement sur les rayonnages lumineux de ces petites oasis bibliophiles, de l’autre côté de la Méditerranée. Et il y a fort à parier que ces livres réinventés sont à chaque fois heureux de rencontrer de nouveaux lecteurs sur l’autre rive, qui se font une joie de les adopter.

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