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Éditions Casbah. Question d’État, de Sid Ahmed Ghozali

Confiance et défiance pour un Etat de droit

18 juin 2019 à 10 h 00 min

L’ancien chef de gouvernement, Sid Ahmed Ghozali, avait publié, en 2009, un ouvrage intitulé Question d’Etat aux éditions Casbah. Un livre d’entretiens réalisé avec le politologue et auteur Mohamed Chafik Mesbah.

Ce livre de Sid Ahmed Ghozali, réalisé avec l’auteur, politologie et ancien cadre de l’Etat, se veut être, il le souligne sans ambages, un entretien «fleuve», dont la reproduction est l’objet et une rencontre entre, d’un côté, une volonté professionnelle d’entendre un homme public, et d’un autre, une disponibilité à témoigner, entre curiosité pugnace, au point d’être souvent agressive, et un attachement qu’il pense être le sien pour la transparence dans la vie publique.

On y trouvera l’évocation des faits publics, d’analyses et d’actions individuelles ou collectives sur un éventail très ouvert de sujets, économiques, politiques ou encore géopolitiques. Le livre d’entretiens avec Mohamed Chafik Mesbah pour le compte des quotidiens nationaux, Le Soir d’Algérie et Echourouk El Youm, fut engagé sur l’histoire des nationalisations pétrolières en Algérie, sur les conditions de leur préparation et de leur consolidation.

En somme, sur l’aventure humaine nommée Sonatrach. Traversant, chemin faisant, la politique intérieure dans certains de ses développements cruciaux depuis l’indépendance à nos jours, les problématiques nationales passées, présentes et à venir, la diplomatie et les stratégies nationales et internationales, les géopolitiques régionales.

Une teneur portant aussi sur des sujets et des faits aussi variés que furent les secteurs publics servis durant trente années : l’énergie, l’eau, l’aménagement du territoire, l’économie et les finances, comme les questions diplomatiques et institutionnelles.

D’où, par ailleurs, la diversité des localisations de ces faits, l’Algérie bien sûr, le Maghreb, l’Europe, notamment la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Benelux, l’Italie, l’Espagne, tout le Moyen-Orient et les Etats-Unis, la Russie et l’Afrique.

Dans tous les sujets abordés, il existe une récurrence. Les problèmes actuels (2009) et les perspectives d’avenir, qu’il s’agisse des stratégies de développement national, de la politique dans les dimensions intérieure et extérieure, des liens étroits entre l’Etat institutionnel et l’Etat de la société, ou qu’il s’agisse, en facteur commun à tout cela, des conditions primordiales de la bonne gouvernance que sont les hommes et les institutions.

«Le pouvoir politique est perçu comme éloigné de l’intérêt général»

De 1996 à 2009, Sid Ahmed Ghozali avait eu à répondre à des journalistes à l’occasion de plus de quatre-vingts interviews ou contributions sur des questions qui furent de leur seul et libre choix. Mohamed Chafik Mesbah, dans son entretien, avec Sid Ahmed Ghozali, aura été le premier à aller aussi loin dans le détail et le nombre de questions posées.

«Il (Mohamed Chafik Mesbah) m’a donné le sentiment que, sur beaucoup de sujets abordés, il s’appuyait sur ses propres dossiers de données. Ce n’était pas le cas dans mes précédentes interviews…

Je lui laissais la totalité de la conception et du choix des questions : j’ai constamment procédé ainsi avec mes interviewers…», précisera Sid Ahmed Ghozali.

A propos du devoir d’informer de l’homme public, Sid Ahmed Ghozali estimera : «Je pense que l’espoir repose sur la foi, que la foi repose sur la connaissance, que la connaissance repose sur l’information.

Que l’infantilisation permanente de la société civile et politique, combinée au mode de gouvernement dans l’irresponsabilité, aboutit à la stérilisation des énergies humaines créatrices et ne peut conduire qu’à la perte de tous. Je crois à une impérieuse restructuration progressive, mais vigoureuse, des instruments administratifs et institutionnels de l’Etat de droit.

Cela appelle un renforcement systématique des piliers de la bonne gouvernance que sont la justice, l’éducation, la santé et la sécurité…

Le pouvoir solitaire entrave les énergies créatrices individuelles dans tous les compartiments de la vie de la société, en entravant les libertés individuelles fondamentales, il empêche le débat et la contestation et, de ce seul fait, il s’interdit l’éclairage, à son propre profit, la lumière contenue dans la discussions et la contradiction, en même temps qu’il dédaigne les précieux apports de la participation citoyenne qui est incontournable dans la mise en œuvre des programmes, des politiques et des lois…

Une telle situation a conduit à un grave problème de confiance entre le citoyen et le pouvoir politique… Plus le pouvoir politique est perçu comme éloigné de l’intérêt général en laissant se dégrader la situation sociale, plus il enfonce sa relation avec la société dans le cercle vicieux de la défiance et le rejet mutuels , c’est la spirale de l’illégitimité.

«Des institutions démocratiques avec l’adhésion de tous les Algériens»

Dans ce questionnaire, Sid Ahmed Ghozali se souviendra des senteurs juvéniles de Tighenif, Mascara et Nedroma, il reviendra sur la fondation de Sonatrach et du CAHT, Centre africain des hydrocarbures, le «mythe de Sonatrach» «Etat dans l’Etat», la politique pétrolière nationale, l’affaire dite «El Paso», la loi «Ghozali» de 1991 (tenants et aboutissants, sortir du sur-endettement autrement que par le rééchelonnement et remettre l’économie sur les rails), le limogeage de Kasdi Merbah, opération planifiée avant sa nomination, la crise de la guerre du Golfe (1990-1991), le vote en faveur du FIS (Front islamique du salut), l’interruption du processus électoral, l’instauration du HCE, le retour de Mohamed Boudiaf et son assassinat…

A propos de l’alternance, Sid Ahmed Ghozali avait dénoncé cela : «Le nième mandat ? On entend ce refrain au rythme d’un métronome à chaque début de mandat : on parle du deuxième mandat un an après le début du premier, et on parle du troisième mandat dans la foulée immédiate du deuxième.

Ce refrain est fait pour bourrer les crânes aux seules fins de dévier les pensées des occupations réelles et des vrais problèmes… L’ordre institutionnel nouveau repose sur l’édification d’un Etat de droit moderne doté d’institutions républicaines et démocratiques authentiques et fortes, avec l’adhésion de tous les Algériens. Cela de-mandera du temps…

Il faut commencer avec patience et résolution…» Sid Ahmed Ghozali, fils d’enseignant, marié, trois enfants, a été chef de gouvernement. Il avait, depuis 1964, dirigé successivement cinq ministères, ceux des Travaux publics, l’Energie et la Pétrochimie, l’Hydraulique, les Finances, l’Economie avant de devenir le chef de la diplomatie algérienne et chef du gouvernement en 1991; où il a eu a eu à organiser les premières élections législatives pluralistes. Depuis 2000, il est président du Front démocratique (FD). Depuis lors, et selon sa propre expression, le FD est «accepté de jure par la loi et interdit de facto par le pouvoir».


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