Cinéma algérien : Quelles perspectives avec la nouvelle vague ? | El Watan
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Cinéma algérien : Quelles perspectives avec la nouvelle vague ?

12 octobre 2019 à 9 h 00 min

Une nouvelle génération de réalisateurs s’est imposée durant la décennie écoulée, glanant trophées sur trophées dans les festivals comme jamais autant par le cinéma algérien. S’agit-il d’un renouveau du cinéma algérien ? D’une nouvelle étape ? De l’apparition d’un cinéma aux caractéristiques différentes ? Le Festival de littérature et du cinéma de la femme à Saïda a consacré à ces questions une table ronde.

Autour d’Ahmed Bedjaoui, étaient réunis des débatteurs exclusivement issus de la génération considérée : Sofia Djama, Rym Laredj, Nora Hamdi et leur aîné Rachid Bouchareb, qui a franchi le cap de la notoriété internationale. D’entrée, Bedjaoui suggère quelques pistes : s’agit-il d’un renouveau du cinéma algérien ? D’une nouvelle étape ? De l’apparition d’un cinéma aux caractéristiques différentes ? «Je n’aime pas le terme de jeune cinéma. Il y a toujours un jeune cinéma ! Lorsque Le charbonnier, de Bouamari est sorti, on a parlé de cinéma djidid.

Cela a fait pouffer de rire parce qu’en 1971, toute l’Algérie était djidid. Ne vous considérez-vous pas plutôt dans la lignée des cinéastes qui vous ont précédé ? J’observe cependant qu’avec l’ancienne génération, on avait plutôt un cinéma de témoins comme dans le cas de Laskri qui, avec Patrouille à l’Est rapporte un fait vécu personnellement. Aujourd’hui, on est plus dans l’observation de la société, d’où le devoir que se font ses réalisateurs d’investiguer en profondeur, d’aller au détail et donc de consentir plus d’exigence dans l’écriture.»

Rim Laredj, réalisatrice en 2015 de El dhil wa el kindil, son premier et remarqué long métrage : «Je pense qu’on est chacun dans une quête, dans un travail de recherche, dans une expérimentation, et donc pas obligatoirement dans ce qui s’est fait avant nous. Par rapport à ce qui est ‘‘djidid’’, notre génération se retrouve dans un pays qui est en train de renaître. Elle assiste à l’avènement d’une autre indépendance.

Et dans cette perspective-là, nous avons notre part de responsabilité.» Auteur également d’un premier long métrage, le bouleversant Les bienheureux, Sofia Djama note : «En fait, ce sont les festivals qui ont jugé qu’il y a une nouvelle fournée de jeunes Algériens qui veulent faire leurs propres images. C’est une génération qui a en commun d’être autodidacte, qui aborde les mêmes thématiques, comme si elle avait envie de faire son propre récit.

Cependant, on ne pourra valablement parler d’une nouvelle génération que lorsque nous aurons chacun réalisé notre 2e et 3e films. Nous sommes une génération qui est allée chercher son financement ailleurs et qui par rapport à cette question est indépendante. Par ailleurs, tout cela se produit à un moment de démocratisation de l’image. Tout le monde filme. Dans les associations, les quartiers, les jeunes touchent à des logiciels de montage et font leurs propres images.»

Le cinéma des enfants de l’émigration

Nora Hamdi qui est également à son premier long métrage La maquisarde, encore en post-production, a une approche assez singulière du cinéma. Elle passe d’abord par l’écriture romanesque pour la traduire par la suite en film : «C’est important pour moi de mettre d’abord des mots. Moi, je suis une émigrée. Je ne connaissais l’Algérie que durant les vacances où j’y venais alors petite.

Ecrire et faire des films, c’est une façon pour moi de me réconcilier et de découvrir la génération de mes parents qui a vécu le déracinement et la guerre d’Algérie. Et cette quête de leur identité m’impose de passer par des mots, par un roman même si un roman et un scénario sont deux choses différentes.»

Plus de deux décennies avant ses consœurs du panel de débatteurs, Rachid Bouchareb a réalisé son premier long métrage en 1985. Avec la même passion, il a renoué avec le pays de ses origines en 1991 avec son deuxième long métrage, Cheb, qui lui valu la reconnaissance par la profession.

Comme il a la particularité d’être un des rares réalisateurs à avoir jeté les premiers jalons d’un cinéma des enfants de l’émigration, il l’évoque : «Puisqu’on parle de la construction d’un cinéma dans un pays, cela nous a imposé de faire preuve d’une régularité dans la production. Ainsi, au bout de 20 ans, nous avons fait émerger des acteurs-stars. Aussi, il appartient à la nouvelle vague de construire le cinéma algérien d’aujourd’hui.

Elle le doit au prix d’une régularité, en travaillant partout dans le monde et en tournant ailleurs n’importe quel sujet. C’est ce que ma génération a fait durant 25 ans. Il faut également s’astreindre à un cinéma économique. Parce que si nos films ne font pas d’argent, si on n’est pas intégré à l’industrie, on étouffe. Et puis, il faut impérativement faire de la qualité.

Les Mexicains, les Iraniens, les Espagnols, l’ont démontré. Leurs films allient la qualité à l’économie. Ils font de l’argent. Parce qu’il ne faut pas se tromper, le monde ne prendra les films algériens que s’ils font de l’argent. Je voudrais cependant rendre hommage au cinéma algérien des années 60/70. Il y avait de beaux films qui d’ailleurs voyageaient à travers le monde.»

Constatant le nombre important de réalisatrices algériennes douées, et s’adressant à Ahmed Bedjaoui à titre de président du FDATIC, Bouchareb termine sur la nécessité d’accorder la moitié du financement par ce fonds aux femmes : «Il y a un coup de pouce à donner. C’est comme cela qu’on a fait en France. C’est comme cela que nous avons pu faire des films. Il faut de la qualité et de l’audace.

On ne parlera plus alors d’un cinéma d’un pays mais plutôt de celui d’un cinéaste, à l’exemple d’Almodovar qui a tiré l’Espagne après la chute de France. Il y a plein de sujets en Algérie après ce qui s’est passé qui peuvent séduire le milieu du cinéma mondial.»

Rebondissant sur ces propos, Sofia Djama considère que son film Les bienheureux est maghrébin, ne serait-ce que par le casting : «Il y a nécessité d’une réflexion au sujet d’un cinéma maghrébin par rapport au financement, à la formation, aux compétences et aux moyens et techniques disponibles en ces pays. Là, il y a un territoire à conquérir. Mon film a disposé d’un financement franco-belge, c’est pour cela qu’il est sorti en France et en Belgique.

Il faudrait qu’au niveau du Maghreb, il y ait un mécanisme de financement qui fasse que nos films y soient distribués.» Reprenant la question de la qualité des films, Rim estime qu’il n’y a pas un manque d’idées mais un manque absolu de moyens pour que «nous, on puisse faire des films de qualité.

On a besoin d’une réelle écoute, d’un financement, d’un encouragement et qu’il n’y ait pas des délais d’attente indéfinis. Autrement, Nora comme moi, on s’oriente vers des projets autofinancés, ce qui réduit nos possibilités. On est obligé alors de réécrire et d’adapter pour se retrouver avec quelque chose, esthétiquement parlant, de beaucoup moins ambitieux qu’au départ».

Devenir producteur

Sur la question du financement et des équipes de tournage, Sofia signale les conditions qu’il impose : «Par exemple, les chefs de poste doivent être des techniciens français ou belges si l’avance sur recette vient de ces pays. Et au réalisateur de batailler avec la production et les chefs de poste pour lui permettre les services d’un chef opérateur assistant autre que français ou belge.» Bouchareb répond : «Mais tu ne peux faire passer ces choix que quand tu es productrice.

C’est pour cela que j’ai créé ma société de production pour imposer par exemple Youcef Sahraoui, le seul capable de filmer le désert comme il le fait si bien. C’est comme cela que j’ai pu employer tous les techniciens algériens que je voulais. Je les ai emmenés tourner avec moi, même en France. Dans une distribution mondiale, c’est l’artistique qui prime.

Je conseille cette solution. Mais c’est du travail !» Bedjaoui ajoute : «A contrario, il y a des réalisateurs qui ne disposent que d’un financement exclusivement national mais qui ne veulent pas courir le risque avec des techniciens nationaux. Moi, je leur dis qu’ils n’ont qu’à s’associer avec un coproducteur pour disposer de techniciens de leur choix, ce qui permettrait à leur film d’être distribué ailleurs.

C’est si vrai qu’on est dans un marché mondial et qu’il n’y a pas de marché national.» Et Bouchareb de conclure : «Tant qu’il n’y aura pas un consistant circuit de salles qui font des entrées, il est illusoire de compter sur l’aide étatique. Une année, elle existe, l’autre pas. C’est d’abord le public qui finance le cinéma. Sans cela, rien ne se construira et on restera dans l’hypothétique.» 

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