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Rachid Oujdi. Réalisateur et documentariste

«Chez Magyd Cherfi, il se passe une sorte de mutation»

09 juillet 2018 à 7 h 33 min

Comme il semble loin le temps de Zebda, dont Madgy Cherfi était la cheville ouvrière ! Le Toulousain s’est depuis émancipé. Pour la première fois, un documentaire, réalisé par Rachid Oujdi, dépeint la personnalité de l’artiste qui a choisi la chanson française à texte et la littérature pour s’affirmer. Projeté en avant-première à Arles, le film devrait avoir une carrière dans les festivals et sera diffusé sur France Télévision et TV5 Monde.

Arles, de notre envoyé spécial

Propos recueillis par  Walid Mebarek

 

Vous projetez à Arles en avant- première au Festival des Sud votre film sur Magyd Cherfi. Quel est l’origine de ce documentaire ?

En fait, depuis l’aventure de  Zebda, j’ai pu suivre le parcours et l’évolution de Magyd, mais aussi celui de ses acolytes.

J’ai tous les albums de Zebda, les deux albums solo de Mouss et Hakim, les trois albums solo de Magyd, l’album de Jean-Luc Amnestoy, l’album des Motivé(e)s mais aussi les trois ouvrages de Magyd.

Donc, j’étais imprégné de son univers artistique. Et puis, entre les tragiques attentats parisiens de 2015 et la sortie de son ouvrage Ma part de Gaulois, à la rentrée littéraire de 2016, je me suis dit : «Il se passe quelque chose chez Magyd, une sorte de mutation.

Il a des choses à dire, certes, mais on lui fait dire toujours la même chose. Accepterait-il de se livrer, de nous donner une part plus intime ?» Magyd a tout de suite accepté la proposition. Et j’en suis vraiment ravi.

Selon vous qui avez suivi Magyd pendant plusieurs semaines, quel est le caractère fort que vous retenez de lui ?

Question toujours délicate. Ce qui me vient en premier c’est : pudique et c’est un garçon qui à la fois a du caractère. Je crois que c’est l’une de ses sœurs qui le définit le mieux dans le film : la famille, la pudeur, la poésie, la gentillesse… Je le trouve aussi très attachant, très généreux et j’aime beaucoup son côté très féminin.

De Zebda à Magyd, on a l’impression qu’il y a un gouffre que Magyd creuse. Est-ce votre impression ? On se rappelle que ses anciens collègues du groupe avaient lancé Origines contrôlées pour accaparer les racines algériennes. Au contraire, vous montrez un Magyd soucieux de s’ancrer dans son terroir, toulousain et français. Parle-t-il de cette contradiction ?

Quand Magyd l’évoque, il parle de schizophrénie ! Personnellement, je ne pense pas qu’il y ait un gouffre ou une contradiction ! Chacun poursuit sa route en fonction de ses aspirations nourries par son vécu, son récit familial.

Mouss et Hakim avec ce superbe album des reprises de chansons algériennes Origines contrôlées souhaitaient d’abord rendre hommage à leurs parents, car ces reprises étaient des chansons sur l’exil qu’écoutaient nos parents et du coup, elles nous réconciliaient avec notre patrimoine familial.

D’ailleurs, quand j’ai demandé à Mouss et Hakim si ces chansons pouvaient être la musique de mon film documentaire consacré aux Chibanis, ils ont tout de suite dit oui ! Ils ont même enregistré un morceau, sublime, uniquement pour le film.

Et je sais que Magyd adore cet album Origines contrôlées. Mais lui avait besoin de s’émanciper par autre chose. Ses albums sont très intimes en fait, il parle beaucoup de lui dans ses chansons. Il parle de cette double culture, cette double appartenance mais aussi du rejet de chaque côté où il n’arrive pas à trouver sa place.

Dans la chanson C’est par ma mère, il évoque très bien : «C’est pas ma faute si des deux côtés on est aussi… amer.» Et nous sommes, nombreux, nous «fruits de l’exil» de nos parents, à nous dire : «Quand serons-nous inscrits dans le récit français ?» A l’époque de Zebda et dès le premier album, même si on entendait des sonorités orientales par moments, il était question de Toulouse  ! Zebda s’est toujours affirmé comme un groupe de Toulouse.

Et quand Mouss et Hakim sont sur scène, ils se présentent comme étant de Toulouse, même avec la formule «Origines contrôlées». Ils ont la chance d’avoir une culture multiple, riche et complexe. Mais pendant longtemps, sous prétexte d’universalisme, cette richesse devait être gommée.

L’un des temps forts du film au début est l’aveu de Magyd lorsqu’il s’affirme d’«origine française». Comment est venu ce moment ?

Quand on passe du temps avec ses protagonistes, on filme beaucoup. Et durant le tournage, il y a eu plusieurs moments où cet aspect était évoqué. Quand il écrit à son bureau, au début du film et lors d’un entretien téléphonique avec un journaliste qui lui demande «autre chose à ajouter ?» et il explique que souvent on parle de lui comme «français d’origine algérienne» et que lui estime que ses origines sont françaises, qu’il est gascon ! Cela vient signifier qu’il refuse d’être assigné à une identité, une appartenance, je pense.

On ne dit jamais, par exemple : «Nicolas Sarkozy ancien président français d’origine hongroise (par son père) ou grecque (par sa mère) ?» Par contre, combien de fois a-t-on entendu, quand il s’agissait de Najat Vallaud Belkacem, qu’elle était d’origine marocaine ?

Par rapport à la question précédente, sur la question de l’identité, on sent un Magyd qui fonce tête baissée pour être reconnu pour ce qu’il est, sachant que son message peut être instrumentalisé, notamment son aveu humoristique sur «sa part de gaulois».

Je ne sais pas s’il fonce tête baissée, en même temps, comme Claude Nougaro, autre poète toulousain, il a le profil taurin, ça doit aider ! Je pense qu’il a envie de dire des choses et qu’il souhaite être entendu. Qu’il puisse y avoir des gens malintentionnés qui ré-interprètent ses propos, on n’y peut rien !

D’ailleurs, le président de la République française aux origines hongroises l’avait cité lors d’un meeting, ça avait fait grincer plus d’un  ! Quand on s’expose, bien évidemment, que la récupération ou l’instrumentalisation peut dépasser la personne et aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, encore plus ! Je ne sais pas si «sa part de gaulois» est vraiment un aveu humoristique en fait ! Parce qu’avec un texte comme Carnages suite aux attentats parisiens de 2015 paru dans le journal Libération, il vient bien signifier quelque chose ? Et là, il n’y a point d’humour !

La part des femmes semble importante dans le film que vous consacrez à Magyd ?

Oui, parce que les femmes sont très importantes dans sa vie ! Dans le film on découvre sa mère, l’une de ses sœurs et son épouse. A travers les témoignages de ces femmes, on découvre aussi une certaine condition des femmes, souvent évoquée dans les ouvrages ou les chansons de Magyd.

Il puise son inspiration auprès de ces femmes qui l’entourent. D’ailleurs, pour avoir pu passer du temps avec lui, je peux affirmer qu’il ne s’agit absolument pas d’une posture. Je pense d’ailleurs que le film qui évoque comment du «nous» il a voulu passer au «je», dans ce «je» qui s’affirme, il y a aussi sa part de féminité.

 

 

 

Bio express

Rachid Oujdi est ancien animateur-chroniqueur radio (Radio-France, RMC, France Bleu), auteur-réalisateur de films documentaires de société : 2018 : Moi, Magyd Cherfi – portrait intimiste d’un chanteur devenu écrivain (52 minutes) ; 2016 : J’ai marché jusqu’à vous, récits d’une jeunesse exilée (prix Média 2017 Enfance majuscule – encouragements, catégorie documentaire tourné en France ; prix du public, meilleur long métrage, Festival Amnesty International 2017 Au cinéma pour les droits humains’; 2014 : Perdus entre deux rives, les Chibanis oubliés (Prix Unaforis mention spéciale du Jury (6e Biennale du film d’action sociale (Paris) ; 2012 : Les enfants de l’Ovale… Un essai qui transforme ! (Prix du Public au Primed 2014 – prix international du documentaire et du reportage méditerranéen, Coup de cœur du Jury Regard social du festival du film social de Nancy 2014.

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