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mardi, 02 mars, 2021
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Cherchell. L’architecture sacrée de l’Islam : Un patrimoine cultuel méprisé

10 octobre 2020 à 10 h 18 min

La mosquée aux 100 colonnes de Cherchell a été totalement oubliée dans cet ouvrage publié avec le soutien du ministère de la Culture, dans le cadre de «Constantine, capitale de la culture arabe 2015», chez Zaki Bouzid Editions.

Son impression avait eu lieu en France. C’est un magnifique ouvrage de plus de 400 pages, enrichi par de belles photos, qui met en valeur la richesse historique et architecturale de pas moins de 48 lieux de culte (mosquées, mausolées, medersa).

Ces infrastructures qui relèvent du ministère des Affaires religieuses, pas du tout exploitées, se trouvent dans 13 wilayas, en l’occurrence Alger 8 ; Tlemcen 13 ; Constantine 5 ; Oran 2 ; Ghardaïa 5 ; Annaba 3 ; Béjaïa 4 ; Mila 1 ; Bousâada 1 ; Mascara 1 ; Chlef 2 ; Skikda 1 ; Biskra 2. Quelques pages de cet ouvrage sont consacrées à la Grande Mosquée d’Alger en cours de construction au moment de l’édition, un projet très cher pour le président déchu, Abdelaziz Bouteflika, dont l’inauguration aura lieu le 1er novembre 2020, selon son successeur, Abdelmadjid Tebboune.

Or, la mosquée aux 100 colonnes, appelée également Djamâa El Kebir, transformée en un hôpital et hospice durant l’occupation coloniale, n’a pas été cité dans cet ouvrage. Dans une revue semestrielle d’architecture et d’urbanisme de l’EPAU (El Harrach), un numéro réalisé dans le cadre de la coopération universitaire de l’EPAU, avec l’université de Stuttgart et GTZ, le chercheur et enseignant dans cette école universitaire, Dr Youcef Chennaoui; écrit : «L’architecture des villes traditionnelles en Algérie, malgré les affinités régionales parfois très fortes, obéissant principalement à notre appartenance arabo-musulmane, présentent des caractéristiques formelles et spatiales spécifiques.» L’expert s’étale d’une manière scientifique et historique dans ses écrits, en mettant en évidence chronologiquement le passé et l’architecture de cet édifice, hélas ignoré jusqu’à nos jours par les gestionnaires des affaires publiques locales, mais surtout par les ministères des Affaires religieuses et celui de la Culture.

La mosquée aux 100 Colonnes ou Grande mosquée avait été érigée au cœur de la ville de Cherchell. Le Dr Youcef Chennaoui l’avait scrupuleusement étudié dans ses détails inhérents à son histoire, à son architecture, y compris les différents matériaux utilisés pour sa construction. Une plaque commémorative collée au mur à l’intérieur de l’enceinte de cette mosquée indique aux visiteurs, qu’un musulman andalou, le fils de Si Aiad, un cadi de Grenade et jurisonsulte, venu s’installer à Cherchell, avait décidé d’ériger cette mosquée à partir de l’année 1573/1574. Les musulmans avaient prié alors à l’intérieur de cet édifice.

La France coloniale avait transformé cette mosquée en un hôpital militaire, après avoir investi Cherchell en 1840. Les autorités coloniales avaient ordonné aux populations musulmanes d’aller voire ailleurs pour prier. Un terrain avait alors été trouvé au niveau d’un quartier populaire ottoman, à proximité d’une prison turque, aujourd’hui détruite totalement et remplacée par une maison. Pourvue d’une dimension trop réduite, par rapport à celle de la mosquée aux 100 colonnes, la nouvelle mosquée du Souk avait ouvert ses portes aux fidèles en 1878. L’architecture de cette autre mosquée ne laisse pas les visiteurs indifférents. Néanmoins, elle aussi, ne figure pas dans les préoccupations des décideurs locaux, bien qu’elle existe depuis C’est un bienfaiteur portant le nom de Chakour qui a permis de réaliser cette mosquée en l’an hégire 1295 (1878, ndlr).

Ce n’est qu’au 1er novembre 1985, que l’ex-hôpital avait été réhabilité pour se réapproprier sa fonction initiale, lieu de prière. Quand l’Emir Abdelkader voulait rencontrer son lieutenant Malek El Berkani, un chef de la résistance aux XIXe siècle, responsable dans la tribu des Beni-Menassers, l’Emir Abdelkader avait effectué une courte halte à Cherchell, afin de pouvoir prier salate d’hor, et poursuivre son chemin.

Ce patrimoine cultuel (cultuel et non pas culturel, ndlr) d’une superficie de 1734 m2, doté d’une cour intérieur, avait volontairement été mis à l’écart. Pourquoi ? Le docteur Chennaoui Youcef explique dans son récit l’architecture intérieure de la mosquée et son orientation vers la kibla. L’intérieur de la mosquée est jalonné par une forêt de colonnes constituées en pierre granitique de la carrière de Hadjret Ennous, aux différentes dimensions.

L’expert et enseignant à l’EPAU dispose d’un gisement de données sur cette mosquée qui n’a pas révélé tous ses secrets. Aujourd’hui, son état est devenu inquiétant. Les agressions font craindre le pire. «La grande mosquée de Cherchell retrouva sa vocation première en 1985. Malheureusement, aucun projet n’a été élaboré et on imagine le résultat des opérations des réfections irréfléchies qui entraînent des falsifications historiques et culturelles. A titre d’exemple,on cite le mauvais goût de la reconstruction du minaret, le badigeonnage des colonnes par des couches de peinture, la niche du mirhab rendue curviligne», écrit l’expert, Dr Youcef Chennaoui.

C’est parce qu’un imam traîne les casseroles, c’est un secret de polichinelle, qu’il s’est incrustré au niveau des cercles administratifs de son secteur et autres politiques, qu’il est arrivé à rendre l’ancienne église de Cherchell depuis son «atterrissage» dans cette ville durant les années 90, en une mosquée qui a «joué un rôle important de la civilisation musulmane dans cette localité». Que des mensonges. La vérité historique nous apprend, c’est dans cette ancienne église que la autorités militaires et civiles, y compris celles de l’église, avaient célébré au mois de juillet 1930, de surcroît joyeusement, le centenaire de la colonisation. Il aura fallu presque 68 années pour achever la construction de cette église. Elle avait été construite en face de la place aux Belombras, à proximité de l’hôtel Césarée, d’un commissariat de police, de la mairie et d’un tribunal.

Les travaux de sa construction avait été entamés, faut-il le souligner, vers les années 1860. Après la célébration, les autorités coloniales venues des différentes régions du pays, y compris les hommes de l’église venus de France, avaient été invités à un déjeuner copieux au niveau de l’hôtel Césarée. Lors de sa visite officielle dans la wilaya de Tipasa, Mohamed Aïssa, l’ex-ministre des Affaires religieuses a répondu à une question d’El Watan, «je ne suis pas au courant de son existence et on ne m’a jamais parlé de cette mosquée aux 100 colonnes qui date du XVIe siècle», nous a-t-il affirmé. Tous les ministres des Affaires religieuses rendent visite à l’ex-église, en ignorant totalement les deux authentiques mosquées qui font partie de l’histoire de la ville de Cherchell.

Leurs architectures et leurs histoires sont différentes. Dès le début de la colonisation, la France coloniale a entrepris la destruction de 233 mosquées de certaines parmi le lot, alors qu’elle a procédé à la transformation, pour ses besoins, des autres mosquée en églises, en écuries, en infrastructures pour ses secteurs d’activité. La mosquée aux 100 Colonnes de Cherchell, construite par les Andalous au XVIe siècle, en fait partie de ce lot.

Selon les sources officielles, l’Algérie comptait 26 167 mosquées en 2015. «Quand on examine attentivement les photographies que recèle ce très beau livre, on se sent fortement saisi, sinon émerveillé, par une seule et même réalité, j’entends le mode architectural particulier qui marque tous les édifices cultuels érigés, dans le passé et le présent, en Algérie, écrit l’ex-président Abdelaziz Bouteflika dans la préface de ce livre, en souhaitant que l’éditeur accorde son intérêt à la Grande Mosquée d’Alger, en consacrant un livre à part entière à ce monument de spiritualité et de civilisation.

Ce livre exalte la beauté de nos mosquées et leur spécificité architecturale corrobore ce que j’exprime dans ces lignes», ajoute le président déchu Abdelaziz Bouteflika dans sa préface. La mosquée aux 100 Colonnes de Cherchell, qui avait accueilli l’Emir Abdelkader, l’un des patrimoines cultuels de la wilaya de Tipasa, sera-t-elle enfin inscrite sur la liste des sites à réhabiliter ?


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