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vendredi, 27 novembre, 2020
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Célébration de la journée de l’immigration : Les manifestations du 17 octobre 1961 dans le cinéma

25 octobre 2020 à 11 h 09 min

Le 11 décembre 1961 est une date historique qui a marqué le début des manifestations populaires pour l’indépendance du pays.Le cinéma algérien, avec ses réalisateurs, s’est penché sur cette date historique.

En effet, afin que nul n’oublie cette période historique sanglante où des centaines d’Algériens sont morts pour le recouvrement de la liberté de l’Algérie, des réalisateurs algériens de talent se sont penchés sur ce drame qui ne dit pas son nom.

Armés de leurs caméras, ils sont revenus sur la genèse de cette histoire tragique. Une conférence par vidéoconférence portant sur le thème ses «Manifestations du 17 octobre 1961 dans le cinéma de l’immigration» a été animée à Alger par l’universitaire et le critique de cinéma Ahmed Béjaoui et par le réalisateur franco-algérien Mehdi Lallaoui. Organisée par l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel (AARC) en collaboration avec le ministère de la Culture et des Arts, en commémoration de la Journée nationale de l’émigration, marquant le 59e anniversaire des massacres du 17 octobre 1961.

L’auteur de l’ouvrage Cinéma de l’immigration et guerre de libération, Algérie, des batailles d’images, paru en 2018 aux éditions Chiheb, Ahmed Béjaoui indique que l’Algérie fête un événement sensible et douloureux à la fois. Les travailleurs algériens sont sortis dans les grandes villes en Algérie et en France, le 17 décembre 1961 pour le recouvrement de l’indépendance de leur pays.

Ce massacre est la résultante de la répression meurtrière, par la police française, d’une manifestation d’Algériens, organisée à Paris par la fédération de France du FLN. Comment le cinéma a vécu cet événement par rapport à la révolution algérienne ? Et quels sont les films qui ont abordé ce sujet crucial ? Notre interlocuteur affirme que la première tentative était dans la cellule de Maurice Audin qui s’est constituée en 1957.

Parmi les fondateurs, il y avait le savant biologiste, le cinéaste et écrivain Jacques Panijel. Quelques jours après les événements, il a voulu enregistrer toutes les étapes du massacre du 17 octobre 1961, pour les faire parvenir au grand public mondial.

Il a ainsi rassemblé tous les documents et les photos nécessaires. La censure impitoyable pratiquée à l’époque par les autorités françaises en métropole et en Algérie a poussé de nombreux cinéastes de l’Hexagone à rallier le camp des indépendantistes. Jacques Panijel a essayé de trouver un réalisateur français qui puisse réaliser son film Octobre à Paris, mais tous étaient partis. Cet auteur dramatique et militant politique a été contraint de produire, lui-même, son film, en 1962.

Ce film documentaire en question a été censuré en France avant sa diffusion onze ans plus tard. Il aura fallu attendre vingt ans, éclaire Ahmed Béjaoui, pour que le premier film algérien sur ces sanglants massacres voit le jour avec le film  Les Sacrifiés de Okacha Touita.

Il y a eu ensuite Le Silence du fleuve  du réalisateur et écrivain Mehdi Lallaoui sur la répression sanglante de la manifestation des Algériens à Paris le 17 octobre 1961. D’autres films ont suivi, dont entre autres Les Enfants d’octobre de Ali Kika en 2000, Hors la loi de Rachid Bouchareb et Vivre au paradis de Boualem Guerdjou, sorti en 1998.

Prenant la parole, le réalisateur franco-algérien Mehdi Lallaoui rappelle que son film Le Silence du fleuve a été réalisé dans le cadre du trentième anniversaire des massacres des travailleurs algériens le 17 octobre 1961 à Paris. «Ce sont des travailleurs avec leurs familles qui sont descendus massivement dans les rues de Paris pour s’opposer au couvre-feu raciste du sous-préfet Maurice Papon.

Une manifestation pacifiste, réprimée sauvagement qui a occasionné des dizaines de morts. Ce film a été fait simplement pour rétablir justice mais aussi parce que ce sont nos parents qui manifestaient, il y a quarante ans, dans les rues de Paris. C’est un hommage aux parents qui se battaient pour la libération de leur pays, pour l’indépendance». Toujours selon notre orateur, son film Le Silence du fleuve a été réalisé, aussi, pour
demander justice «parce que nous sommes ici vivants en France. Nous sommes des Franco-algériens.

Il n’y a pas eu de justice. Il nous semblait important à travers un film d’organiser en parallèle des expositions. Ce film était à l’époque inconcevable. D’ailleurs, aucune chaîne de télévision française n’en a voulu parce que beaucoup disait ce n’est pas possible qu’au cœur de Paris, on puisse assassiner des Algériens qui manifestaient pacifiquement. Je rappelle que les Algériens ont été assassiné par des policiers en tenue.

C’est cela qui est terrible. Au cœur de la ville lumière, en 1961, dix ans après l’occupation nazie on puisse assassiner des gens qui manifestaient pacifiquement pur l’indépendance de leur pays. C’était inconcevable. C’est pour cela que ce film a été très difficile à monter et à diffuser», explique t-il. En trente ans, ce film est passé des centaines de fois en France, notamment dans les entreprises et les associations.

Cette année encore, comme les précédentes années, le film a été projeté en France, à l’occasion de la commémoration du 17 octobre 1961. L’histoire de ce drame sanglant est bien installée en France. En effet, cette tragédie est célébrée, chaque année, par 40 villes de France. «Dans notre association et dans des dizaines d’autres associations, nous allons à la rencontre d’un public.

Nous avons organisé des manifestations, des expositions ainsi que des projections de films. Les enseignants et les étudiants connaissent cette histoire qui est dans quelques manuels scolaires.» Mehdi Lallaoui rappelle qu’en 2012, à l’occasion du 51e anniversaire de la manifestation, l’ancien président de la République française, François Hollande, a reconnu la sanglante répression au cours de laquelle ont été tués des Algériens qui manifestaient pour le droit de l’indépendance de leur pays.

De l’avis de notre orateur, les choses ont avancé mais tout n’a pas été dit. «Il faut, martèle t-il, qu’on puisse nommer qui étaient les assassins parce qu’on parle des manifestations pacifiques qui ont fait des dizaines de morts. Il faut qu’on puisse réparer.

Il faut qu’il y ait réparation ? Une des formes de réparation, par exemple, serait de créer la Fondation pour la fraternité des franco-algériens. C’est l’une des formes de réparation. Nous, les descendants de ces manifestants du 17 octobre 1961, on réclame justice mais la meilleure justice, c’est la connaissance et l’histoire du 17 octobre 1961.»

Le réalisateur Mehdi Lallaoui s’interroge alors : «Aujourd’hui, que reste t-il à faire par rapport au 17 octobre 1961 ? Il faut , selon lui, continuer à se documenter par l’écrit et par la photo de ce qui s’est passé. Il faut continuer à filmer, à interviewer les témoins directs de ces événements. Il faut pouvoir encore se documenter parce que d’ici quelques années, il y aura des révisionnistes qui vont dire que cela ne s’est pas passé comme cela. Cela existe de tout temps.

Il faut se documenter aussi parce qu’aujourd’hui, on ne connaît toujours pas le nombre de morts du 17 octobre 1961 et des jours suivants. On parle de dizains, peut-être de centaines.

C’est une exigence de nous citoyens des deux pays pour que l’Etat français diligente, même soixante ans plus tard, une commission pour connaître exactement le nombre de personnes assassinées. Il faut, encore aujourd’hui, que l’éducation nationale puisse parler, transmettre aux jeunes cet événement qui est une partie de l’histoire de France.

On va s’y atteler parce que l’année prochaine, nous célébrerons le soixantième anniversaire de ces massacres. Nous comptons bien préparer des publications et des expositions pour qu’il y ait réparation et justice. Et pour qu’enfin, on puisse construire la fraternité franco-algérienne. C’est notre souhait», conclut t-il.

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