Cécile Decugis, la dernière des cinéastes de la liberté | El Watan
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La monteuse et cinéaste Cécile Decugis vient de nous quitter. Jusqu’au 11 juin 2017, elle était la dernière, encore vivante, des très rares cinéastes français (citons Pierre Clément, René Vautier, Yann Le Masson et Olga Poliakoff ou encore Jacques Panijel) qui se sont engagés en faveur de la cause de l’indépendance algérienne, et qui tournèrent des images dénonçant la répression coloniale.

Cécile Decugis, la dernière des cinéastes de la liberté

11 juillet 2017 à 12 h 00 min

Sans oublier Jacqueline Meppiel, autre monteuse disparue en 2012, celle-là même qui a assuré le montage de J’ai huit ans (de Yann Le Masson et Olga Poliakoff), et de bien d’autres films engagés, tels que Loin du Vietnam (collectif) ou Festival culturel panafricain de William Klein). Née en 1930, Cécile Decugis avait été envoyée dans le Vercors avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans une région où de jeunes maquisards étaient entrés en résistance contre l’occupation nazie.

Elle gardera à jamais des souvenirs précis de cette époque. En 1956, René Vautier l’invite à venir participer à une fiction, Les anneaux d’or, qu’il souhaite tourner en Tunisie — ce pays vient juste d’acquérir son indépendance —, en compagnie du chef opérateur Pierre Clément et d’une actrice alors inconnue nommée Claudia Cardinale. Finalement, Cécile Decugis ne participera pas à ce film, et elle décide alors d’aller enquêter sur les conditions de vie des réfugiés algériens en Tunisie, en compagnie d’un ami tunisien, Hedy Ben Khalifat.

En 1957, elle tourne le film Réfugiés algériens en Tunisie, à la frontière entre les deux pays, afin d’alerter l’opinion mondiale sur la question des réfugiés contraints de quitter leurs terres et leurs villages à cause de la répression de l’armée coloniale et de la construction de la ligne Morice, barrage électrifié qui s’étendait sur plusieurs centaines de kilomètres.

Le but était aussi de présenter ce reportage lors d’une session de l’ONU afin d’attirer l’attention sur une réalité dramatique, complètement occultée par la propagande coloniale. De retour à Paris, Cécile Decugis reprend ses activités, assure le montage des Mistons, puis de Les Quatre cents coups, de François Truffaut et d’A bout de souffle, de Jean-Luc Godard. Elle est alors très proche de l’équipe des Cahiers du cinéma et de la Nouvelle vague.

Par ailleurs, elle loue un appartement en son nom afin de permettre à des militants et à des cadres du FLN de se réunir clandestinement. Ce qui lui vaut d’être arrêtée par la police française et d’écoper de plusieurs années de prison. Elle se retrouve détenue à la Petite Roquette, aux côtés de militantes algériennes et de membres de réseaux de soutien au FLN.

Dans l’ouvrage de Daho Djerbal consacré à l’Organisation spéciale de la Fédération de France du FLN, Zina Harraïgue rend un vibrant hommage à sa codétenue. Durant sa détention, elle reçoit des lettres de soutien, notamment de François Truffaut (signataire de l’appel des 121, qui lui envoyait régulièrement de l’argent), de Jean-Luc Godard et de Marguerite

Duras, qui a répondu dans L’Observateur à un article infâme et diffamatoire contre Cécile Decugis, paru dans la presse à scandale de l’époque. A sa sortie de prison, elle reprend sa place dans le monde du cinéma et deviendra, après quelques mois difficiles, la monteuse attitrée d’Eric Rohmer jusqu’en 1984, avec Nuits de la pleine lune. En parallèle, elle a tourné quelques courts métrages, dont Le Passage, en 1965, histoire d’une femme qui sort de longs mois d’isolement au sanatorium et redécouvre sa ville.

Cécile Decugis nous avait confié lors d’un entretien que le cinéaste Jean Eustache l’avait beaucoup appréciée. Hélas, le film n’aurait pas été préservé ni conservé par les ayants droit du producteur de l’époque. Quelques mois avant sa disparition, elle a pu terminer un portrait émouvant et pudique de son père, René. Elle nous avait fait part de son désir de tourner un film sur Fernand Iveton.

Ce militant d’origine européenne avait lutté pour l’indépendance de l’Algérie et avait été condamné à mort pour avoir déposé une bombe dans l’usine de gaz d’Alger. Bien que la bombe fut programmée pour ne faire aucune victime humaine, Yveton fut guillotiné pour l’exemple. Au cours de ces dernières années, Cécile Decugis n’avait cessé de suivre l’actualité algérienne, de lire des auteurs algériens, comme Rachid Boudjedra et Kamel Daoud, mais aussi en s’intéressant aux films de la nouvelle génération de cinéastes du pays.

A l’aube du XXIe siècle, elle a retrouvé les bobines 16 mm du film Les Réfugiés, sans le son de l’époque. Elle a décidé de le reprendre en ajoutant un nouveau commentaire, mêlant sans complaisance son regard d’hier et celui de l’Histoire pour reconsidérer les images de 1957. C’est elle-même qui lut le commentaire dans cette nouvelle version. La Distribution de pain (Réfugiés algériens en Tunisie, 1957-2011) est enfin visible. Il constitue un document précieux sur cette époque et sur un aspect important de la guerre d’indépendance.

Ce court métrage paraît fort modeste de prime abord, toutefois il parvient à capter à la fois la détresse et la détermination des populations civiles. Il rappelle que le système colonial avait affamé le peuple algérien en le maintenant dans la misère. Depuis le cinquantenaire de l’indépendance, La Distribution de pain a été projeté en 2013 à Alger, au MAMA, devant d’anciens combattants, d’artistes et de chercheurs, au festival de l’Acharnière à Lille — ce fut l’une de ses rares apparitions publiques —, festival qui vit aussi la présence de Louisette Ighilahriz, et au Bétonsalon, en 2012, où elle fut invitée avec Paul-Louis Thirard, ancien membre du réseau Jeanson, lors d’une programmation consacrée au cinéma de libération avec les parcours de Michèle Firk et de Yann Le Masson, ainsi qu’à Beyrouth, en 2014, dans le cadre du festival créé par Jocelyne Saab.

Par ce qu’il a témoigné d’une manière exceptionnelle d’une Histoire en marche, La Distribution de pain (Réfugiés algériens en Tunisie, 1957-2011) continuera d’être montré, de circuler dans le monde. L’Algérie n’oubliera pas ce que cette grande dame a apporté à sa cause. Nous garderons à jamais le souvenir de cette figure attachante, discrète et digne, qu’était Cécile Decugis.A.

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