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vendredi, 07 août, 2020
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Casbah d’El Djazaïr de Abderrahmane Aziz : Pour un Centenaire de la mémoire et contre l’oubli

08 juillet 2020 à 9 h 20 min

«Le besoin de mémoire est un besoin d’histoire.»  Pierre Nora

 

Avec le syndrome hideux de l’oubli, ceux qui se souviennent encore de cette figure emblématique de la culture algérienne ne sont hélas que la génération au-delà des quadragénaires qui ont vécu une période faste de la chanson, de la poésie et du théâtre dans un enthousiasme de créativité et d’engouement populaire.

De son nom patronymique Aït Abderrahmane Aziz est né le 5 juillet 1920 à La Casbah d’Alger, cette cité antique qui a été un riche vivier de la culture algérienne avec ses légendaires étoiles du patrimoine andalou et chaâbi, à l’image de Hadj M’hamed El Anka, Hadj M’rizek, H’sissen, Mériem Fekkaï, Fadéla Dziria, les frères Mohamed et Abderrezak Fakhardji, Mohamed Kheznadji, Ahmed Serri ainsi que Mohamed Lamari une notoriété de la chanson moderne.

Et tant d’autres très nombreux pour être tous cités ici et qui ont laissé une empreinte pérenne de leur talent et de leur popularité en legs d’une culture foisonnante de richesse et de pluralité à la jeunesse et aux générations montantes. Ainsi, le jeune Aberrahamane Aziz a entamé une scolarité studieuse à la célèbre école La Chabiba où a enseigné l’éminent Cheikh Abderrahmane Djillali dont, un penseur «fakih» de grande érudition et dont le directeur était le poète de renom Mohamed Laïd El Khalifa, auteur du nachid nationaliste Mine djibalina «De nos montagnes» un hymne salvateur pour la libération et l’Independence de l’Algérie adopté massivement et à l’unisson par la nation entière en étendard de lutte et de résistance pour l’amour de la patrie.

La Chabiba et l’élève Abderrahmane AZIZ : Une école de nationalisme et de résistance culturelle

Cette historique école La Chabiba implantée à l’ex-Rampe Vallée actuellement Rampe Louni Arezki, a été une grande école d’enseignement de langue arabe et de nationalisme qui a été fréquentée par des élèves devenus plus tard des personnages de notoriété de premier plan à l’instar de Sid Ali abdelhamid, un militant indépendantiste de la première heure, membre du Bureau politique du PPA/MTLD, avec une liste très longue de références au prestige de la Chabiba. Abderrahmane Aziz était leur camarade de classe, qui jouissait de l’estime de tous par sa gentillesse et sa disponibilité à participer à toute initiative culturelle dont l’action s’articulait subtilement autour de l’émergence des valeurs patriotiques et civilisationnelles du peuple algérien.

Un de ses amis et cadet d’âge, le doyen du mouvement national Sid Ali Abdelhamid, aujourd’hui âgé de 99 ans, nous a livré un témoignage éloquent contenu également dans sa récente œuvre autobiographique intitulée Ce que j’ai vécu écrite avec la collaboration de l’auteur journaliste de talent Hamid Tahri. Écoutons-le dans cette poignante évocation : «Quand nous étions à l’école La Chabiba notre camarade de classe Abderrahmane Aziz excellait dans l’interprétation du Nachid avec une voix et un timbre exceptionnels, à l’émerveillement de tous.» Ce fût les prémices naissantes de la découverte d’un don lyrique et musical chez le jeune Abderrahmane Aziz attiré également par le théâtre qu’il fréquenta pour se découvrir une véritable vocation de comédien qui lui fit rejoindre l’Opéra d’Alger pour intégrer la prestigieuse troupe du célèbre Mahieddine Bachtarzi pendant les années quarante.

Comédien passionnément doué, il a ainsi campé des rôles d’importance dans de brillantes pièces de théâtre où il anima avec brio des concerts de musique qui susciteront des élans d’admiration et de satisfaction auprès d’un public entièrement séduit par la virtuosité gutturale de Abderrahmane Aziz. C’est vers l’année 1940, à cette étape de sa vie qu’il connaîtra la gloire à travers des récitals de musique et de chansons devenues de véritables tubes à grand succès auprès de larges franges de la population et de mélomanes attirés par son style artistique et moderne de renouveau.

A la pensée de Ya Mohamed mabrouk âalik un hymne populaire de l’Istiqlal

Avec un palmarès de chansons phares interprétées avec des variantes uniques d’une douceur mélodique d’émouvante intonation, Abderrahmane Aziz a investi la scène artistique et fût très vite adopté par des foules admiratrices subjuguées par les envolées d’odes poétiques génialement rythmées à l’évocation de la pathétique complainte de Laâma, de la berçante Ya Amina, des sublimes et spirituelles Ya Kaâba et Zad Ennabi et de l’hymne populaire de l’Istiqlal Ya Mohamed mabrouk âalik dont l’écho chaleureusement patriotique fut retentissant lors des liesses d’euphorie des fêtes de l’indépendance le 5 juillet 1962 dont le jour correspondait au 42e anniversaire de sa naissance.

Un hasard de bonheur du cycle de la temporalité calendaire en symbiose éclatante de Ya Mohamed mabroul âalik avec l’événement de résurrection de l’Algérie ainsi chantée dans l’allégresse collective de la victoire arrachée de haute lute et de sacrifices par son peuple.
Abderrahmane AZIZ avec le célèbre et historique Dr Frantz FANON en une vocation humanitaire à l’hôpital de l’ex-Joinville de Blida
La trajectoire de la destinée l’a orienté en 1954 vers la ville de Blida pour y résider avec sa famille et devenir infirmier-soignant à l’hôpital psychiatrique ex-Joinville où se trouvait une éminence de notoriété scientifique qui avait pour nom de Dr Frantz Fanon.

En qualité de médecin-chef de division au sein de cet hôpital, le docteur Frantz Fanon venait d’introduire des thérapeutiques modernes adaptées à la culture des patients algériens et à leurs conditions sociopolitiques ségrégationnistes d’une colonisation française d’infra-humanité fondamentalement à l’origine de la pathologie de déstructuration et de déséquilibre mental dont ils étaient affectés des années durant, victimes d’aliénation, d’oppression, de dépersonnalisation et de rejet édictés par l’infâme code de l’indigénat d’une barbarie de l’âge de pierre au XXe siècle.

C’est lors d’une première soirée récréative et musicale au service psychiatrique, organisée dans le cadre de la nouvelle approche thérapeutique, que le Docteur Frantz Fanon, émerveillé par la voix d’une suavité unique de Abderrahmane Aziz le sollicita pour l’intégrer en tant que proche collaborateur dans le domaine de l’animation culturelle de sociothérapie conçue pour les patients. Une heureuse initiative de progrès qui, par affinité, unira dans la complémentarité d’une noble mission humanitaire Abderrahmane Aziz et le Docteur Frantz Fanon pour l’application de ces nouvelles méthodes novatrices à travers l’introduction d’un segment culturel lyrique et musical qu’est l’univers de la chanson.

Dans ce contexte Abderrahmane Aziz, fortement imprégné par l’option de la nouvelle formule de détente et de douce évasion psychologique pour les malades, s’attela, avec la passion de la motivation pour animer régulièrement de véritables concerts de musique en salles d’hospitalisation et au grand réconfort inouï exprimé par les pensionnaires ravis et revigorés par l’ambiance festive et collective de ces sensations de regain de bien-être ainsi pleinement ressenti dans l’apaisement de la sérénité momentanément retrouvée en rupture avec les lassitudes déprimantes de l’enfermement asilaire.

Ainsi est introduite une méthode révélatrice d’un apport extraordinaire d’équilibre psychologique auprès des patients par le truchement de l’effet musical et de la chanson à l’origine de l’ère de la musicothérapie scientifique actuelle. A ce propos, il y a lieu de préciser que les prémices de l’élan précurseur de cette nouvelle thérapie médicale sont liées à l’évocation des premières expériences au cours de l’année 1954 à l’hôpital ex-Joinville de Blida, menées brillamment par Abderrahmane Aziz, orienté et stimulé par la contribution et les encouragements du célèbre Docteur Frantz Fanon, dont l’hôpital porte et perpétue le nom dans la symbolique constante et vivace du souvenir.

La célébration du centenaire de Abderrahmane Aziz était programmée pour le 5 juillet 2020 par l’Association des Amis de la Rampe Louni Arezki-Casbah, à l’Opéra d’Alger en partenariat avec la direction de cette institution et rehaussée par la contribution de l’Agence Algérienne du Rayonnement Culturel – AARC- et l’Office National des Droits d’Auteur et Droits Voisins -ONDA-.

Celle-ci n’a pu avoir lieu dans la conjoncture de crise sanitaire actuelle et demeurera de ce fait une perspective d’opportunité de l’Association à dessein d’une remémoration de cette icône de culture et de la chanson moderne algérienne dont le parcours riche et fécond sera revisité en direction de la jeunesse et des générations futures à travers un acte de mémoire contre l’oubli. Ceci nous rappelle également que Abderrahmane Aziz a toujours été un proche de la jeunesse et répondait spontanément à toutes les sollicitations pour se produire gracieusement dans des écoles lors des fêtes scolaires de fin d’année.

Un Centenaire de la reconnaissance en un acte de mémoire contre l’oubli

Cette rétrospective du parcours dense et fabuleux de Abderrahmane Aziz qui nous a quittés le 5 février 1992, se veut être un message expressif et pressant pour la réappropriation des repères structurants de la culture algérienne qui constituent un legs mémoriel à transmettre à une jeunesse avide de connaissances et de savoir d’un patrimoine générationnel à préserver et à valoriser à dessein d’un épanouissement de pérennité en direction des descendances futures et de la postérité.

 

Par Lounis Ait Aoudia

Président Association des Amis de la Rampe Louni Arezki-Casbah



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