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Bouira. L’héritage culturel préhistorique algérien mis en lumière : Des archéologues divulguent le fruit de leurs travaux de recherche

25 mai 2021 à 9 h 14 min

L’Algérie recèle d’inestimables trésors archéologiques préhistoriques et historiques. Tout simplement, c’est un immense musée à ciel ouvert. Du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, de nouvelles découvertes refont surface, et ce, grâce aux efforts de nos archéologues et chercheurs.

Ces découvertes sont aussi le témoin d’une présence humaine depuis des milliers, sinon des millions d’années dans ce qui deviendra l’actuelle Algérie. Pour les faire connaître un tant soit peu, une journée de vulgarisation sur la préhistoire algérienne a été organisée, lundi de la semaine écoulée, par la direction de la culture et des arts de la wilaya de Bouira en collaboration avec le Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH).

L’événement, ayant eu lieu au niveau de la bibliothèque principale Rabah Saïdani, est le premier en son genre à l’échelle nationale. «Notre objectif est de montrer au public toute la richesse civilisationnelle préhistorique algérienne», dira Mme Gaoua, directrice de la culture et des arts de Bouira.

Une pléiade d’archéologues et de chercheurs, de renommée et dans différentes spécialités, a pris part à la rencontre. Etait présent aussi le préhistorien Ahmed Aouali, représentant du ministère de la Culture, conservateur en chef du service patrimoine culturel. Les conférenciers ont divulgué, pour la première fois, des découvertes inédites sur le sol algérien.

Au commencement, une introduction générale a été présentée par le Pr quaternariste et ex-directeur de l’Opéra d’Alger, Nour-Eddine Saoudi, sur l’odyssée de la vie sur la planète Terre depuis sa naissance, il y a plus de 4 milliards d’années, les bouleversements qu’elle a connus, jusqu’à l’apparition de l’homme. «La préhistoire se situe au carrefour des sciences et la partie géologie que l’on découvre les traces. Nous sommes des passeurs de la mémoire et la société doit la connaître», a-t-il dit. Quant au professeur Slimane Hachi, ex-directeur du CNRPH, il est revenu sur le sujet couscous dont les origines remontent aux temps préhistoriques.

Pour rappel, Slimane Hachi a été le coordonnateur du dossier déposé par les quatre pays, à savoir l’Algérie, le Maroc, la Tunisie et la Mauritanie, pour l’inscription du couscous comme patrimoine immatériel de l’humanité à l’Unesco. «Le couscous renvoie à une stratégie alimentaire, à un mode économique très ancien et aussi à la céréaliculture.

En outre, la cuisson à la vapeur du couscous est sans conteste, la plus grande invention de cette époque, car elle nécessite un processus particulier, dont une source de chaleur, des ustensiles spéciaux, etc.», a-t-il fait savoir. En revanche, M. Hachi a déploré «le peu de médiatisation après l’inscription du couscous comme patrimoine l’humanité. Pourtant le plat véhicule toute une culture, une identité, un savoir et un savoir-faire liés à la production et à la consommation.

Ce sont ces derniers qui ont été inscrits et non pas le couscous dans sa matérialité», a-t-il dit. A l’occasion, un film documentaire sur le procédé de préparation du plat du couscous et tous les rituels qui lui sont afférents a été projeté. Puis, c’est au tour du Dr Samia Aouameur, spécialiste dans l’étude des industries lithiques épipaléolithique, de traverser le temps pour aborder la thématique des civilisations préhistoriques en Algérie.

Elle démarre de l’oldowayen au paléolithique inférieur en passant par le paléolithique moyen, etc. Lors de sa présentation, la conférencière a cité plusieurs importants sites archéologiques algériens, à l’instar de celui de Aïn Boucherit daté de 2, 4 millions d’années, deuxième plus ancien au monde, celui de Tighenifin datant d’un million d’années sur lequel ont été découvertes des cultures matérielles, dont des pierres, des bifaces que l’homme préhistorique avait confectionnés. «Il y a des milliers de sites préhistoriques à travers le territoire national et je n’ai fait que donner quelques exemples des plus connus, comme celui de Bir El Ater à Tébessa, Afalou Bou-Rhummel et la grotte de Gueldaman dans la wilaya de Béjaïa, etc., où des équipes d’archéologues mènent constamment des fouilles. Mon équipe est actuellement sur le site capsien Medjez II à El Eulma, dans la wilaya de Sétif», a-t-elle fait savoir.

Quant à l’aspect géo-archéologique des sites préhistoriques, c’est Saloua Chibane, doctorante de l’université de Burgos en Espagne et initiatrice de l’évènement, qu’il a chapeauté. «Il faut mettre en valeur la science de la préhistoire. L’Algérie, deuxième berceau de l’humanité, a connu une importante et continuelle sédentarisation ayant eu un impact continental et mondial.

En collaboration avec le professeur Abdelkader Derradji, chercheur associé et membre du conseil scientifique au CNRPAH, nous étudions le peuplement préhistorique de la partie occidentale du littoral algérien. Pour ce faire, nous utilisons l’exploration des données spatio-temporelles pour des interprétations sur l’occupation territoriale des populations préhistoriques», révèle-t-elle, et de rajouter que la recherche en préhistoire est un travail d’équipe multidisciplinaire et transdisciplinaire. Les résultats inédits de ses recherches seront publiés incessamment.

Le Pr Souhila Merzoug, directrice de recherche et présidente du conseil scientifique du CNRPAH a, pour sa part, abondé dans les modes d’exploitation des ressources animales durant la fin des temps préhistoriques en Afrique du Nord. «J’ai essayé de démontrer l’évolution de ces modes d’exploitation durant les 25 000 ans qui nous séparent de l’homme préhistorique en Afrique du Nord, et particulièrement en Algérie du littoral. C’est-à-dire le passage de l’homme paléolithique chasseur-cueilleur vers un éleveur ayant domestiqué les espèces animales pour produire sa propre nourriture.

C’est vers les 8e et 7e millénaires qu’on a les traces des premières espèces domestiquées qui sont les ovins et les caprins. Il y a eu probablement des tentatives de domestication d’autres espèces sauvages comme l’auroch et autres», pense-t-elle. De son côté, le doctorant Djamel Yataguène a tenu, lors de son allocution sur les révolutions culturelles dans la préhistoire, à corriger certaines idées reçues sur l’homme préhistorique.

Ce dernier est toujours présenté comme fruste, archaïque, brut avec une intelligence réduite, habillé en peau d’animaux. Or, ces idées reçues sont loin de refléter la réalité. «Les premières inventions qu’on pourrait qualifier de technologies proviennent de cet homme préhistorique. Leur impact était révolutionnaire», précise M. Yataguène, qui a, par la suite, énuméré quelques inventions des ancêtres des humains, découvertes dans plusieurs sites. Des outils, des formes d’art, etc. Ce sont toutes ces inventions qui ont fait de l’homme ce qu’il est actuellement. Parmi les autres inventions de l’homme préhistorique, figure la céramique.

Et c’est le Dr Akila Djellid qui a exposé un bref historique sur l’histoire de la céramique archéologique et son savoir-faire depuis les temps préhistoriques. «Il faut savoir que la poterie modelée n’a pas disparu depuis des millénaires. La plus ancienne figurine trouvée en Algérie date de 20 000 ans. Elle a été découverte sur le site de Tamar Hat, à Béjaïa.

Quant à la poterie à usage utilitaire, datée de près de 10 000 ans, elle a été découverte dans le Sahara algérien», précise-t-elle. Selon la conférencière, toutes ces découvertes renseignent des changements culturels et les brassages entre populations, survenus dans le passé.

Ce qui s’est traduit par l’évolution du savoir-faire et des techniques de la céramique qui subsistent encore, même dans le milieu urbain en Algérie. L’homme préhistorique avait aussi sa propre vision de la mort et de l’au-delà. Le Dr Smail Iddiren apporte d’ailleurs les preuves en évoquant les monuments funéraires en Algérie et combien ils sont nombreux.

A l’aide d’images prises lors des sorties de travail qu’il avait menées, M. Iddir a expliqué toute la diversité et l’importance de ces trésors archéologiques. «Certains monuments qu’on a découverts au Sahara remontent au néolithique, donc préhistoriques. L’Algérie dispose d’une grande richesse et d’une énorme diversité architecturale, des monuments funéraires.

Une preuve que l’homme préhistorique connaissait déjà l’architecture. C’est ce qu’on peut constater à travers les différents types de ces monuments», dira-t-il, et d’ajouter qu’en général, les monuments funéraires sont construits en dehors des lieux d’habitat. «C’est pour séparer le monde des vivants de celui des morts. C’est aussi un marqueur territorial où chaque ensemble de population a sa propre culture qui la différencie des autres.»

Les deux thématiques de l’art rupestre en Kabylie et au Sahara algérien ont été traitées respectivement par le doctorant Yassine Sidi Salah et le Dr Fergui Azzedine. Les premières découvertes en Kabyle remontent à 1909 à Ifigha, dans la wilaya de Tizi Ouzou, par Amar Boulifa. Il s’agit d’inscriptions libyques et de peintures rupestres.

A partir des années 1940 du siècle dernier, les deux chercheurs, R. Poyto et J.-C. Musso, ont fait part de la découverte de 52 autres sites à travers la Kabylie. En 2017, les deux chercheurs Yasmina Chaid-Saoudi et Djouhar Oubraham, ont mis en lumière un autre site, celui de Markoun à Afir, dans la wilaya de Boumerdès. Concernant l’art rupestre au Sahara algérien, connu mondialement, le Dr Fergui a mené l’assistance dans un voyage virtuellement à travers les galeries de l’oued Djerat, au sud d’Illizi.

Des gravures millénaires représentant une multitude de croyances et de cultures. Concernant la wilaya de Bouira, deux représentants de la direction de la culture des arts, ont exposé quelques sites et vestiges préhistoriques, dont la plus ancienne découverte a été faite par l’archéologue du CNRPH Nadjib  Ferhat en 1998 dans la localité de Boumejvar, dans la commune de M’Chedallah, à l’est de la wilaya.

Il s’agit d’un biface qui remonte au paléolithique inférieur. Une vaste grotte préhistorique a été découverte durant les années 1930 à Lakhdaria, au nord-ouest de la wilaya par les deux préhistoriens, le Dr H. Marchand et A. Aymé. A la fin de la journée, un hommage a été rendu à l’archéologue du CNRPAH à la retraite, Oulaïd Maâmri.


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