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Barzakh. 1990-1995 : Algérie, chronique photographique, de Ammar Bouras : La photogénie d’un reporter

20 février 2019 à 9 h 01 min

Le tout frais et émoulu ouvrage de Ammar Bouras démontre une autre facette de l’artiste-peintre. Celle de ses premières amours.

Un œil design. Et sans pléonasme. Il n’y a pas photo. Une rétrospective photographique datant de la décennie noire, voire rouge, en Algérie. Justement, le beau-livre de Ammar Bouras est intitulé 1990-1995, Algérie, chronique photographique.

Au plus fort de l’intolérance, l’obscurantisme, la terreur et le terrorisme islamiste, dépassant tout entendement humain, les exactions policières, le fait du prince, la désolation, le climat mortifère…

Un livre préfacé par Malika Rahal, historienne et chercheur à l’Institut d’histoire du temps présent, CNRS, à Paris (France) avec en appoint, un entretien du photographe, Ammar Bouras, réalisé par son ami, journaliste et auteur, Adlène Meddi (dont la couverture de son récent roman, 1994, paru aux éditions Barzakh, est signée Ammar Bouras.

Profession : rapporteur d’images

Muni d’un appareil argentique -une relique utilisée actuellement par les usagers du tout-numérique depuis la démocratisation des smartphones-, Ammar Bouras, exerçant en tant que photographe au quotidien national et historique Alger Républicain et en même temps fréquentant l’Ecole des beaux-arts d’Alger, était sur le terrain, au plus près de la réalité et du réel. Parmi les Algériens, au cœur névralgique et battant de la capitale.

Où durant les années 1990, la rue exultait, grondait, saignait, se soulevait… En compulsant cet ouvrage, le lecteur se retrouvera «téléporté» dans un flash-back.

Celui d’un passé récent, lancinant et sombre. D’où le noir et blanc tiré des négatifs du précieux fonds documentaire de Ammar Bouras, donnant ce grain, cette texture grave, fébrile et obscure par opposition au clair.

En reporter, un rapporteur, un chasseur d’images volées au quotidien, est témoin, un observateur privilégié, spectateur, mais pas passif, il était dans l’urgence, à Alger. Parmi les photos éloquentes, on peut citer «La grande marche à l’appel du FFS contre l’arrêt du processus électoral du 26 décembre 1992, scandant :  ‘‘Ni Etat policier ni Etat intégriste’’», «La marche de soutien à l’Irak, en août 1999, à la fac centrale» – c’est la photo de couverture de 1990-1995, Algérie, chronique photographique, «La marche du FIS (Front islamique de salut, parti dissous), le 1er novembre 1991», «Hocine Aït Ahmed, leader du FFS (le Front des forces socialistes), depuis une fenêtre de l’hôtel Essafir (ex-Aletti), haranguant les foules, le 31 mai 1990», «Meeting du Hamas à la salle Harcha», «Affrontement entre manifestants et forces de l’ordre lors de la marche du FIS, au boulevard Zighout Youcef, en juin 1991», «Marche du RCD menée par Saïd Sadi avec Amara Benyounès, en octobre 1991», «Meeting du FIS, à la place des Martyrs, le 6 décembre, 1991» ou encore des photos inédites du président de la République, Mohamed Boudiaf, inaugurant le Salon de la micro-entreprise de l’emploi, à Annaba, le 29 juin, quelques instants avant son assassinat.

Révélateur de beaux portraits

Préfaçant l’ouvrage 1990-1995 : Algérie, chronique photographique, l’historienne et chercheuse à l’Institut d’histoire du temps présent, CNRS, Malika Rahal, cosignera : «Les négatifs, Ammar Bouras vous en parle comme de la chose la plus précieuse qui soit.

Comme historienne, j’ai interviewé tant d’Algériens qui évoquent des documents rares, des montagnes de papiers, des rapports, des choses d’archives personnelles, aussi, photos et films qu’ils ont collectés ! Et si souvent ces trésors d’archives personnelles ont été emportés par les torrents de l’histoire…

Mais ces archives que Ammar Bouras numérise patiemment ne sont pas constituées pour le bon plaisir des historiens, fussent-ils désespérés. Elles sont la matière première de son travail d’artiste plasticien… Mais le but de l’ouvrage est que l’on n’oublie jamais ni les dates ni le sujet…. ».

Dans ces instants et instantanés, émaillés par la tourmente et la violence, Ammar Bouras, immortalisera la vie, l’espoir, la promesse… Des photos de l’Algérie qui gagne, courageuse, battante et combattante.

Telles que la visite de Hocine Aït Ahmed à l’Ecole des beaux-arts, le 23 novembre 1990, le match de football opposant le RCK au CRB, le 20 décembre 1990, une policière, jeune et élégante, rentrant chez elle, le 24 octobre 1991, en marge d’une marche, la vie continue, le chef du gouvernement, Sid Ahmed Ghozali, jouant aux échecs avec une jeune fille voilée, le 13 décembre 1991, une soirée ramadhanesque conviviale et mixte, au Musée national de arts et traditions populaires, le 11 avril 1991, un match de handball féminin au centre sportif Ahmed Ghermoul, le 22 mars 1991, l’athlète de demi-fond (1500 m), Nouredine Morceli, s’entraînant dans la forêt de Bouchaoui, quelques jours après avoir battu son premier record du monde de sa carrière – des championnats du monde en salle à Séville (Espagne)-, le 30 mars 1991…

«On pouvait être agressé par n’importe qui»

Et puis le portraitiste, Ammar Bouras, exhibera une galerie d’art et d’artistes. Le comédien et humoriste, Mohamed Fellag, le caricaturiste, Ali Dilem, le plasticien, Arezki Aït Larbi, l’écrivain, Rachid Boudjedra, la comédienne, Sonia, Cheb Khaled, un défilé de mode à l’hôtel El Aurassi…

Interviewé par l’écrivain et journaliste Adlène Meddi, le photographe Ammar Bouras se souviendra : «Avec l’arrivée du FIS (Front islamique du salut), les gens ont commencé à développer une certaine hostilité face à l’objectif. Par rapport à l’image que tu prends d’eux.

Et puis l’idée de la photo ‘‘halal’’ ou ‘‘haram’’ a fait son chemin, parce qu’il y avait une grande confusion, on appliquait une lecture religieuse à tout ce qui nous entourait. Tout le monde était crispé. On pouvait se faire alpaguer dans la rue par Monsieur-tout-le monde, par les islamistes un peu plus.

Alors que je pouvais prendre des photos de l’APN (Assemblée populaire nationale) dans n’importe quel angle, sans problème ou interdiction. Mais ensuite ‘‘sortir’’ un appareil photo, ça été comme prendre une arme.

On pouvait être agressé par n’importe qui. Même si le sujet de la photo était la Grande-Poste ou la place de Martyrs…». 1990-1995 : Algérie, chronique photographique est encore une fois un ouvrage de référence, sans démesure, et ce labeur photogénique ferait une belle exposition de photos.

1990-1995 : Algérie, chronique
photographique 
Ammar Bouras
éditions Barzakh
Février 2019
240 pages

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