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Anys Mezzaour. Ecrivain : «Les souvenirs et la nostalgie sont omniprésents dans mon dernier roman»

24 mars 2019 à 8 h 43 min

Anys Mezzaour n’est autre que le petit-fils de l’un des doyens de la littérature algérienne, Kaddour M’hamsadji. Après la trilogie du roman du genre fantasy, Le lien des temps, ce jeune auteur de 23 ans a signé aux éditions Casbah un roman intitulé Entendu dans le silence. Dans cet entretien, il revient sur sa passion pour l’écriture, tout en ne manquant pas de rendre hommage aux écrivains et auteurs algériens et européens qui continuent de le fasciner encore aujourd’hui.

 

A l’occasion de la 23e édition du Sila, vous avez sorti votre quatrième roman, Entendu dans le silence. Un roman qui se démarque des précédents, puisque vous avez changé de registre littéraire…

En effet, il ne s’agit pas cette fois-ci d’un roman fantastique ou de fantaisie. Il est vrai qu’on m’a comparé à Harry Potter, car le genre de mes premiers romans était du genre fantasy et fantastique, avec baguette et pouvoir magiques. C’était aussi lié à un moment de ma vie. J’étais, je le suis et je reste un grand fan d’Harry Potter.

Il faut dire qu’à ce moment de ma vie, j’étais un lecteur assidu et cela m’avait inspiré, avec d’autres lectures. Je voulais évidemment mettre la pâte et la marque algériennes sur ce que produisait mon imagination et le propulser au plus haut. C’est ce qui fait la comparaison avec Harry Potter.

C’étaient des thèmes que j’abordais et qui avaient un lien avec le genre fantasy. Là, je reviens avec un roman que je qualifierais de drame romantique social. Je ne me considère pas comme un spécialiste de ce genre.

C’est juste que j’écrivais ce que j’aimais. J’ai certes fait une trilogie, mais après je n’avais plus rien à dire de ce monde-là. J’avais la possibilité de repartir sur autre chose en abordant des thèmes voulus.

C’est la préoccupation de ma génération, qui fait que je ne me vois plus en train d’écrire dans le genre fantasy ou fantastique, même en science-fiction. Peut-être que cela peut évoluer d’ici deux ou dix ans, si je vois qu’un jour je ressens ce besoin de me défaire des contraintes de la réalité, pour revenir à un monde imaginaire, je n’hésiterai pas.

Comment s’est effectué le choix du titre de votre roman Entendu dans le silence ?

Le titre m’a été inspiré bien avant l’écriture du livre. Il m’a été inspiré, exactement, en 2016. J’avais juste en tête de quoi cela allait parler. Deux personnages principaux, un homme et une femme de milieux différents. Un Algérien et une Française, qui allaient tomber amoureux et qui, par leur amour, allaient provoquer des événements dramatiques et tragiques à la fois et qui vont découvrir des secrets sur leur propre passé.

A travers ce titre, Entendu dans le silence, c’est l’histoire que j’avais en tête, mais ensuite, durant l’été 2017, j’ai eu un moment créatif, où j’ai écrit toute l’histoire et l’intrigue en 15 jours.

Je me souviens que j’écrivais un chapitre par jour. Je venais de revenir de voyage. Je venais de vivre des expériences dans ma vie qui m’avaient un peu changé et qui ont fait que c’était le message que je voulais passer. Les lecteurs le découvriront lors de la lecture de mon roman. Et du coup, je me suis rendu compte que le titre convenait et là je l’ai incorporé dans l’histoire.

Chacun des personnages le dit, sans se dévoiler à l’autre, à deux moments de l’intrigue : ta voix, je l’ai entendue dans le silence. D’où la concordance entre le titre et l’histoire. Les deux personnages principaux sont amoureux, mais en même temps, c’est le problème et la beauté des amours naissants qui conduisent au doute et à des questions existentielles sur soi-même et sur l’autre.

Votre roman est truffé de souvenirs et de nostalgie qu’on devine en filigrane…

Bien sûr que oui, les souvenirs et la nostalgie sont omniprésents. Il y a beaucoup de scènes qui se déroulent dans mon ancien lycée, Cheikh Bouamama, ex-Descartes, au Golf, à Alger. Je ne suis plus scolarisé depuis cinq ans, puisque je suis dans le supérieur en France, mais j’essaye de revenir sur ces lieux le plus souvent possible.

Ce sont des lieux liés à mon adolescence au collège et au lycée, à des rencontres, à des gens à qui je parlais, à qui je ne parle plus ou qui ne me parlent plus, avec qui je ne m’entends plus, ou à de nouvelles connaissances, de nouveaux amours, de nouvelles aventures sociales qui m’ont permis de m’inspirer pour écrire cette histoire qui était un moment d’émotion. Je l’ai écrite aussi rapidement parce qu’il n’y avait que l’écriture qui m’attendait. En même temps, cela m’a servi d’exutoire.

Comme disait Victor Hugo : «Quand j’écris, j’écris pour moi et j’écris pour vous.» J’ai toujours tendance à inverser la formule. Quand je parle des autres, je parle aussi de moi-même. C’est-à-dire qu’il y a des traits de caractère. Il y a des lecteurs qui me connaissent et qui m’ont dit m’avoir reconnu dans mes personnages principaux Amir et Melissa.

A travers mes deux personnages, j’essaye d’être le plus fidèle possible aux lecteurs. Je ne peux pas parler de quelque chose que je ne connais pas, tel qu’un lieu que je n’ai pas visité, de l’émotion que je n’ai pas ressentie. J’essaye d’être le plus proche possible de la réalité, c’est pour cela que j’ai changé de genre. Et c’est pour cela que ce roman est venu avec la maturité de la plume.

C’est un roman écrit à la troisième personne du singulier avec un narrateur au plus près des personnages…

C’est vraiment le point de vue, la focale est placée sur chacun des personnages. Leurs ressentis, leur façon de voir les choses. C’est aussi le thème général de l’intrigue qui est l’impact des perceptions sur nos comportements au quotidien.

C’est-à-dire comment quelque chose qui n’est pas réel, qui est juste une perception – on perçoit quelque chose sans être sûr, on le devine, on l’assume dehors – influence notre comportement de tous les jours.

On va agir en conséquence par rapport à cette perception. Cela a obligé à une écriture au plus près du personnage, à une psychologie des personnages très poussée et développée à la fois. C’est pour cela que j’ai préféré mettre un narrateur qui se place à la place des deux.

L’histoire est traversée par une absence de datation…

Certes, il n’y a pas de datation, mais il y a des éléments qui peuvent permettre de deviner l’année. J’ai écrit cette histoire en 2017 avec le contexte de cette époque. Le prologue, c’est à la frontière entre l’Algérie et la Tunisie. J’ai parcouru cette distance en voiture. Chaque chapitre est l’occasion de développer le point de vue d’un personnage. L’Algérien en Algérie et la Française, d’abord à Paris, et puis leur rencontre en Tunisie.

C’est aussi un voyage initiatique que vous proposez au lecteur…

Tout à fait. Surtout Alger, où j’y développe un hymne à la gloire d’Alger, un hymne d’amour lors d’une description qui est vue à travers les yeux du personnage principal qui se place juste en dessous du lycée Descartes, au niveau de rond-point. Il a toute la baie d’Alger en face de lui. J’essaye de décrire le plus fidèlement possible en ajoutant les émotions que cela peut procurer.

Effectivement, cela peut tenir lieu de voyage initiatique parce que tout le livre est une course-poursuite contre la montre, contre un ennemi pour empêcher un grand événement qui va se produire. Les personnages se découvrent eux-mêmes au même moment qu’ils découvrent l’autre.

L’écriture reste pour vous une histoire de famille, puisque votre grand-père est l’un des doyens de la littérature algérienne…

Je confirme que l’écriture est une histoire de famille. Mon grand-père maternel, Kaddour M’hmasadji, est un écrivain de tous les genres. Il est passé du conte à la nouvelle. C’est lui qui m’a servi de modèle quand j’étais enfant. Quand je le voyais écrire, je me mettais à côté de lui et je me disais que moi aussi je pouvais écrire. C’est ce qui m’a permis ensuite d’écrire et de publier. Sans son aide, je ne serai pas là aujourd’hui. Je lui rends un vibrant hommage.

Quels sont les auteurs et écrivains qui vous ont fasciné et subjugué à la fois ?

Il y a un grand auteur algérien auquel je rends toujours hommage parce que c’est un ami de longue date. J’ai mis d’ailleurs son jugement en quatrième de couverture, c’est Yasmina Khadra. Je l’ai connu par l’intermédiaire de mon grand-père. Il m’a encouragé à écrire. Je l’ai vu quand il était directeur du CCA à Paris.

Je le revois chaque année à Alger ou encore quand je suis au Salon du livre à Paris. J’ai des échanges fréquents avec lui. L’écrivain et la personne m’inspirent beaucoup de respect. Sinon dans les classiques français, mon écrivain de prédilection reste Victor Hugo.

Il a un souffle formidable et unique quand il s’agit de parler d’amour, parce que lui a vécu des événements. En poésie, j’aime bien Rimbaud et Verlaine. Mais je pense que Victor Hugo est complet, que ce soit avec ses romans, sa poésie ou encore ses pièces théâtrales.

Il y a aussi Alexandre Dumas, dans le romanesque, dans la tournure des intrigues, des retournements de situation et l’action en soi. Concernant la littérature algérienne, j’apprécie énormément Mouloud Mammeri et Kateb Yacine.

Avez-vous un autre projet d’écriture en chantier ?

Oui, bien sûr. J’écris en moyenne tous les 18 mois. Là, j’ai un cinquième roman en tête. J’ai déjà le titre avant l’histoire. L’histoire est quand même plus aboutie, mais je n’ai pas encore commencé à le rédiger.

J’écris surtout en été. Les chaudes soirées de juillet et d’août, je me place dans la cour devant mon micro. J’ai plus de temps pour m’adonner à ces moments d’écriture où je me plais à écrire sans interruption de 20h à 4h.

Peut-être bien que mon prochain roman sortira cet été.


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