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Amina Abdoulaye Mamani. Documentariste nigérienne : «J’ai longuement attendu le retour de mon père à la maison»

23 novembre 2019 à 9 h 25 min

Dans le cadre de la tenue du 10e Festival international du cinéma d’Alger, la réalisatrice nigérienne Amina Abdoulaye a présenté en compétition officielle un film documentaire intitulé Sur les traces de Mamani Abdoulaye, en hommage à son paternel.

Dans cet entretien, la réalisatrice revient  sur le parcours de son père, exilé en  Algérie durant  14 ans, tout en ne manquant pas de donner son appréciation sur le prix décroché lors du FICA.

 

Vous êtes présente à Alger dans le cadre du 10e Festival international du cinéma d’Alger où vous avez présenté votre film documentaire Sur les traces de Mamani Abdoulaye. Parlez-nous de ce projet de film qui est, en fait, un hommage à votre défunt père…

Je ne sais pas si ce film documentaire est un hommage, mais je dirais que c’est plutôt une quête. Il faut savoir que je n’ai pas très bien connu mon regretté père qui est né en 1932 à Zinder, au Niger. Quand il est décédé en 1993, je n’avais que dix ans. Plus je grandissais, plus je découvrais des choses sur lui, notamment sur son parcours syndical, littéraire et politique.

C’étaient plutôt des bribes d’histoire que je recevais. Après, je me suis dit pourquoi ne pas faire un film documentaire sur mon papa. Mais je dois avouer qu’avant de faire le film documentaire en question, j’avais commencé à écrire une nouvelle sur lui. Cette dernière était axée sur le temps que j’avais passé avec lui.

Par la suite, dans mon for intérieur, je me suis dit pourquoi ne pas aller faire carrément un film sur lui. Il faut dire aussi que le fait de ne pas l’avoir bien connu m’a motivée pour faire ce film. Je voulais aller sur les traces de ce père adoré. Je ressentais cette nécessité d’écrire ou de réaliser quelque chose sur lui.

Vous avez tout de même longtemps attendu le retour de votre papa…

Nous habitions à Zinder, une ville du sud du Niger. Mon père a quitté la maison, mais il est venu à Niamey dans la capitale pour recevoir le prix de la littérature que le Niger lui a décerné. Il est mort sur la route en allant chercher son prix littéraire Boubou Hama. En partant de la maison, il nous avait promis à mes sœurs et moi de nous ramener une poupée chacune à son retour.

En toute sincérité, personnellement, j’ai longtemps attendu son retour et la poupée promise, mais il n’est plus jamais revenu, hélas, à la maison. Il a eu un accident de la route et il est décédé. Je dois avouer que plus je grandissais et plus je ressentais cette absence du père.

Mamani Abdoulaye est plus connu en tant qu’écrivain et poète au Niger…

Il est tout à fait exact que mon défunt père est plus connu en tant qu’écrivain et poète au Niger. Il a écrit un roman intitulé Sarraounia, paru en 1980.
C’est l’histoire d’une cheffe tribale qui s’était opposée à l’avancée de la mission Voulet-Chanoine, et dont il en fait une héroïne de la lutte contre la colonisation. Le roman en question est inscrit dans le programme scolaire des trois paliers de l’enseignement, ainsi qu’à l’université. Il faut rajouter qu’il a aussi écrit une somme de pièces de théâtre.

Comment avez-vous procédé pour collecter toutes les informations voulues et construire votre trame narrative ?

Je ne vous cacherai pas que cela a été très difficile pour moi de consulter les archives. Ce film m’a pris dix ans entre les recherches, l’écriture, la réalisation, le tournage et le montage. Je l’ai commencé en 2008 et je l’ai fini en 2018. Le travail était harassant, mais la détermination était grande.

Votre papa s’est exilé en Algérie pendant quatorze ans, période durant laquelle il a travaillé au niveau de la radio nationale et au niveau de l’école de journalisme?

Je ne vous cacherai pas que j’ai appris à connaître mon père à travers les personnes que j’ai rencontrées. En allant sur les traces de mon père, j’ai appris qu’il a été un syndicaliste au Niger dans les années 50’. Il était un membre du Parti progressiste nigérien (PPN). En 1956, alors qu’il avait vingt-cinq ans, il a été élu député de Zinder avec le Sawaba, parti né d’une scission avec le Parti progressiste. Il est ensuite désigné représentant du Niger au Grand Conseil de l’AOF à Dakar. En 1960, à l’indépendance du Niger, le Sawaba est contesté par le pouvoir en place.

Mon père Mamani Abdoulaye a dirigé le journal du parti, mais ce dernier est interdit. Mon père a lutté au sein de son parti pour l’indépendance réelle du Niger en disant non au général de Gaulle. Il était recherché et menacé de mort. Il s’est exilé en Algérie. A l’époque, l’Algérie était la Mecque des révolutionnaires. C’était aux temps des ex-présidents Ahmed Ben Bella et Houari Boumediène. Mon père a travaillé au sein de la radio algérienne en qualité de collaborateur, tout comme il a été formateur au niveau de l’école de journalisme à Alger. Il était également membre du FLN.

Pour les besoins de votre film documentaire, vous avez tenté de vous rapprocher de certaines personnes qui ont connu et côtoyé votre père…
Effectivement, j’ai essayé d’entrer en contact avec certaines personnes qui ont connu mon père, mais je n’ai pas eu qu’un seul répondant en la personne de l’éditeur suisse et militant indépendantiste Nils Andersson.

Ce dernier a bien connu mon père, Mamani Abdoulaye, dans le cadre de la lutte et de la solidarité qu’ils se sont retrouvés à travailler ensemble. Nils Andersson m’a beaucoup parlé des années 60’ où ils se sont connus. Je crois que mon père voyageait un peu partout. Comme je vous le disais plus haut, j’ai contacté énormément de gens en Algérie, mais cela n’a rien donné car tout le temps on me faisait comprendre que cela remontait à une autre époque. Les gens avec qui il était en Algérie, la plupart sont morts, trop vieux, malades ou ont disparu dans la nature. C’était une période vraiment difficile à l’époque.

Mais depuis que vous êtes à Alger, dans le cadre du Festival international du cinéma d’Alger, avez-vous essayé de rétablir un lien avec l’un ou plusieurs compagnons de votre père ?

Pour ne rien vous cacher, depuis que je suis à Ager, j’ai participé à une émission culturelle en direct à la radio nationale, où j’ai émis le souhait de rencontrer des personnes qui ont connu mon père. Je n’ai pas encore eu de retour, mais demain je compte rencontrer la militante Zhora
Drif pour lui poser quelques questions et voir si elle a connu mon père ou bien si elle connaît des gens qui l’ont connu.

Sinon, j’ai fait une demande à la radio algérienne pour qu’on puisse retrouver les enregistrements des émissions de mon défunt père.

Si vous arrivez à collecter plus d’informations, envisagez-vous de faire un deuxième épisode de votre film documentaire ?

Je ne sais pas trop. Pour le moment, si j’arrive à trouver des personnes qui ont connu mon père pendant sa période en Algérie, je le ferai. Cela dépend de ce que je vais trouver en Algérie.

Votre film Sur les traces de Mamani Abdoulaye vient de décrocher la mention spéciale du jury au 10e Festival international du cinéma d’Alger ; quel est votre sentiment ?

Je suis très contente de l’obtention de ce prix. D’ailleurs, c’est le premier prix que le film a décroché. Je suis très contente que le film ait été projeté en Algérie et qu’il soit distingué. C’est que du bonheur et beaucoup d’émotion pour moi.

Mis à part Alger, est-ce que votre film documentaire a été projeté ailleurs dans le monde ?

Le film a été présenté en France par l’association des anticolonialistes. Le film est passé hier à un festival d’Afrique à Besançon. Avant-hier, 21 novembre, il était en compétition pour le festival international du film d’Amiens.

Le film a également été présenté au festival de Lausanne.

 

Propos recueillis par  Nacima Chabani


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