Amara, essai documentaire : A la recherche des traces d’une vie | El Watan
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Amara, essai documentaire : A la recherche des traces d’une vie

20 octobre 2020 à 10 h 36 min

«Je m’appelle Fouad Mennana, je suis Algéro-Américain et je vis aux USA actuellement. Mon grand-père a été déporté vers le bagne de Cayenne au cours des années 1920. Il habitait le Constantinois et était natif de Gtar El Aïch, commune du Khroub. Mon grand-père, M. Mennana Amor, n’a plus jamais remis les pieds en Algérie. Mon père est décédé en 1998 à l’âge de 78 ans sans jamais revoir son père depuis l’âge de 4 ans. Y a-t-il moyen d’avoir des informations sur mon grand-père ?»

 

Voici l’histoire d’une longue et laborieuse enquête à la recherche des traces d’une vie, d’un homme, condamné injustement, arraché à sa famille, à sa patrie, réduit à un numéro d’écrou et envoyé à près de 7000 km loin de chez lui.

Trois générations après, Fouad, le petit-fils, décide de reconstituer ce chaînon manquant de sa filiation et croise Pierre Michelon, un réalisateur curieux et résolu. De leur correspondance naît une mélodie de l’espoir, celui de recoller les débris de ce désordre colonial qui a détruit des vies et des familles entières en Algérie.

La déportation, cette autre violence du colonialisme français, ne cesse d’exhaler ses relents pestilentiels à travers les stigmates portés par les descendants des victimes. Certains expriment cette douleur par la parole, les plus chanceux trouvent la thérapie dans l’action. «Cette histoire me hante, je vais essayer de m’exorciser en essayant de trouver des bribes de vérité», lance Fouad dans le film qu’il coréalise avec Michelon.

Amara est par produit Spectre Productions, basée à Rennes. La société d’Olivier Marboeuf est dédiée aux nouvelles écritures cinématographiques et à des projets audiovisuels innovants. «C’est une des rares sociétés de production française engagée de longue date et de manière significative dans les questions postcoloniales, les récits minoritaires», nous dit Michelon.

Le film commence par la lecture des faits ayant motivé la condamnation au bagne du grand-père. Amara (déformation administrative de Amor Mennana) était propriétaire d’une parcelle de terre dans la région sud de Constantine.

Selon le journal colonialiste La dépêche de Constantine, il a été condamné à huit ans de bagne à Cayenne, prolongé par une assignation à perpétuité pour avoir participé avec d’autres «bandits» à un vol de cheptel. Son fils avait 4 ans, il n’apprendra que des années plus tard, par un autre déporté revenu en Algérie, le sort de son père. Toute sa vie, il tentera en vain de retrouver sa trace, quête continuée inlassablement par Fouad. Quand ce dernier s’associe au journaliste-cinéaste, la recherche devient action.

Mais derrière chaque porte qui s’ouvre, le gouffre parait plus profond, un château kafkaïen où gouverne l’amnésie institutionnelle. Les recherches auprès des archives et de l’administration pénitentiaire en France et outre-mer, sont laborieuses. Les nerfs et les sentiments sont mis à rude épreuve face aux déceptions nombreuses qui succèdent aux heureuses découvertes. La caméra de Pierre Michelon filme sans excès ; elle nous montre un petit-fils digne, mais très touchant pourtant.

Les arrêts sur image alternent avec les plans rapprochés sur le principal protagoniste et fixent le temps, ce temps volé aux déportés déracinés et leurs descendants traumatisés, en quête de deuil. Le film de pierre Michelonet Fouad Mennana, projeté essentiellement en France, doit d’être projeté en Algérie, y compris dans les établissements scolaires. Amara Mennana, contemporain d’Henri Charrière, n’a pas eu la notoriété de Papillon, pourtant, sa tragédie est celle de tout un peuple victime de l’un des colonialismes les plus inhumains, les plus traumatisants.

Amara

Film documentaire de Pierre Michelon et Fouad Mennana
2019, 117 mn,

 

Pour regarder Amara en ligne : (https://vimeo.com/468450085/f02f8317c3)

 

 

Bio-express

Pierre Michelon est né à Nantes en 1984. Depuis 2019, il est docteur en arts visuels, diplomé Paris Sciences et Lettres, université et de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris. En 2010, lors d’un second séjour en Algérie, il réalise des films sur les massacres de Sétif, Guelma, Kherrata et du Constantinois, perpétués à partir du 8 mai 1945. Une année plus tard, il signe un essai documentaire intitulé Risacca non erra, réalisé avec des surfeurs d’Annaba. Et en 2019, il filme une exposition au musée du Louvre présentant le rôle joué par Aziz ben Cheikhel-Haddad dans le rapatriement des antiquités de Tayma (Arabie Saoudite) et la promesse non tenue de l’Etat pour son amnistie.

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