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mardi, 20 octobre, 2020
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Amar Zahi. Maître de musique chaâbie : Le silence qui en dit long (1re partie)

23 août 2020 à 9 h 45 min

Amar Zahi, ou cette véritable vérité musicale révélée au pied de la skiffa des incantations panégyriques, bercée par un «Moual Hozzi» fredonné au fond des cafés maure d’El-Marsa, et cousu tel une dernière khmassa, synthèse d’un héritage baptisé El melhoun, un patrimoine qu’un homme de la Rampe Vallée a incarné et ressuscité au gré des interjections des longues nuits d’été.

 

Un Joselito de la Rampe Vallée est né, il est comme ses pairs artistes, le pur produit de l’Algérie post-indépendante, il faisait partie de cette jeunesse éprise de liberté et d’épanouissement musical, le quartier de Bab El Oued dans sa géographie la plus large et l’in situ «Rampe vallien» furent un atelier à ciel ouvert sur l’expression musicale. Cette soif de vivre a donné libre cours à toute une pulsation de vie, une sorte de catharsis contre les avatars de la longue nuit coloniale.

Le bcbg austère des seventies

Zahi est né le 1er janvier 1941. En 1969, la star montante, signe sa rencontre avec un grand maître de la musique algérienne, Mahboubati Saferbati. Une fois les formalités du nom artistique réglées, et l’entrée majestueuse de la nouvelle star au cœur du temple des œuvres de l’esprit, à savoir l’office national des droits d’auteur (oNDA), le chanteur-interprète Amar Zahi entame sa première moisson musicale avec la sortie de son premier succès national, un album de 45 tours par lequel il a charmé son public avec deux très belles chanson Djahelet koul saheb et Ya ladraa.

La sortie de ce succès signe la date de naissance d’un artiste confirmé et structuré dans le circuit officiel de la distribution des œuvres musicales, le jeune Amar Rampe Vallée s’est mis alors en veilleuse le temps de quelques accords d’une cigale en quête de reconnaissance et de notoriété. Amar Zahi se conforme aux canons de la mode de l’époque en se prêtant au jeu de l’exhibitionnisme algérois avec des coupes de cheveux très in et des costumes d’une rare élégance, et des vinyles ornant les devantures et les présentoirs des grands maisons de disques en Algérie. Amar Zahi égalait ses pairs dans les petits détails vestimentaires en vogue, enfilant des costumes toujours à la page.

Son passage à la télévision lors du Festival de la musique traditionnelle en 1964 reste dans les annales de la RTA, non seulement de par sa belle prestation musicale au milieu d’un parterre de fans et admirateurs, mais aussi par son nouveau look en smoking de star hollywoodienne gratifié de lunettes de soleil classe. Ses passages à la télévision furent des grands moments de télé pour les mélomanes. Une expérience qui l’a bien formé et aguerri à l’évolution au sein d’un orchestre professionnel. Une valeur ajoutée qui a structuré sa démarche artistique vers une parfaite maîtrise des différents modes de musique.

Cependant, l’éphémère attraction des médias et des feux des projecteurs ne l’ont pas impressionné, même si au début de sa carrière, un côté chic est reflété par l’homme qui se voyait déjà en haut de l’affiche enfilant le must de la mode de l’époque, veste Harris, chemise à col pelle à tarte et une cravate à fleurs. Une vraie star à la sauce des seventies a impressionné plus d’un dans une prestation télévisuelle, un autre look qui a capté les admirateurs et les admiratrices, cette grande allure à l’américaine frappé d’un smoking de cérémonie, des lunettes noires qui dépeignent un personnage hollywoodien. Cet attrait pour la mode dénote de la soif de vivre de Amar Zahi et de son ouverture d’esprit. Néanmoins, cette version de star système bien de chez nous ne l’a pas impressionné, le jeune humble d’Alger né dans le roc d’Ighil Bouamass, tout comme le chanteur Ait Menguelett avec lequel il partage les valeurs de la sobriété de l’humilité et de droiture.

La femme ou la métaphore divinisée

En interprétant la chanson Y el adra ou oh toi la vierge, Amar Zahi reprend un archétype très présent dans la poésie populaire elhidjra w lwssal, à savoir cette cour brodée majestueusement par l’amant pour sa dulcinée, faisant l’éloge de la beauté et exprimant de la sorte son immense chagrin. Tantôt, il exhorte le taleb marabout à faire œuvre de bienfaisance pour guérir sa mythique Rym yamna, et tantôt il interpelle le Raïs pour la délivrer des fins fonds des îles. Une autre version intitulée Ya eladraa sifak badr temmam chantée honorant la plénitude de la pleine lune se cristallisant dans la beauté de la charmante Adraa.

El-Ghazal ou l’amour déclamé qui fait partie de la catégorie profane dite El Hazl a été ce chemin emprunté par Amar zahi pour dire tout le mal d’un cœur brisé et de cette ardente attente de la bien-aimée. La qacida de  ya walfi du poète Abdelkader Bensadoun Mostaganemi a été une opportunité pour le rossignol de Sidi Abderrahmane de donner une voix, et quelle voix !, à l’amoureux en quête de sa dulcinée, un dialogue et une passion entretenus par messagers interposés, la chanson s’entame après un bref interlude vif et bien rythmé.

L’interjection exprimée par les voyelles dans Sabr el achak tout au début de l’hémistiche traduit cette douleur enfouie portée par le zélateur du beau, un timbre vocal aux nuances mi-Ankis mi-Anka, déclamant une première strophe divinisant et idolâtrant sa haiffa, séduisante créature et c’est le coup d’envoi au roulement de la derbouka d’une première partie rythmée et rehaussée du beau refrain ah ya welfi. Amar Zahi déclame ces vers sur une musique en sourdine, un dispositif vocal modulé au rythme du beit w syah et agrémenté d’un parfait istikhbar vocal et instrumental, la trame de la qacida suit le déroulement du récit qui va du refus de l’avance faite par le personnage de l’amoureux exprimée par de fortes interjections et des variations de rythmes et du tempo gratifiées à la fin de chaque strophe d’un agréable interlude musical dans le mode Sihli. Amar Zahi use toujours de sa voix, mêlant ces nuances d’une gamme aiguë et sa palette expressive manifestant une profonde souffrance. Un environnement sonore aux accents tristes qui cède par la suite la place à un enchantement marqué par la nouvelle tournure qu’a pris le récit, un dénouement et un happy end annonçant la rencontre galante des deux amoureux.

Cette scénarisation vocale et cette direction d’acteur trouve son élixir lyrique dans l’accélération du rythme. Ce ver annonce la fin de la déception et le retour de la bien-aimée. Le chapitre est interprété avec beaucoup de grâce, magnifiant l’exagération des dernières syllabes, une rime et autant d’images sonores, le tout pour signifier la joie des personnages. Le félicité, ou cet exutoire vocal libère autant d’émotions, l’air musical ou le Hwa nous rappelle en quelque sorte celui du poème lhmam lirabitou mcha aliya et celui d’El-Meknassia. Le style ankaoui se manifeste dans la strophe abordant la réponse de la femme Welfi où il ritualise le phrasé ankaoui, donnant à la partition un second souffle avec les modulations vocales et les vibratos dignes d’un des grands monuments du chaâbi, la voix s’abreuve des variations les plus aiguës pour vociférer la douleur qui habite son âme.

Cette manifestation sonore s’accompagne d’un vers répété dont les rimes sont exagérées par l’interprète pour réussir ce moment de plénitude, ce moment de pur bonheur, cette mélancolie heureuse que seuls les maîtres, au fort capital intuitif, peuvent provoquer au sein du cercle des mélomanes. L’enchaînement et le chevauchement entre la fin du vibrato vocal, exécuté sur la dernière phrase rimant avec la lettre M mim, et l’amorce du refrain musical enchanteur en guise de prélude et d’ouverture ont été l’une des innovations de Amimer, favorisant de la sorte le confort de l’écoute et l’appréciation du récit.

La félicité ou l’intimement kheloui

Le chaâbi retrouve avec Amar Zahi une seconde vie, un art qu’il a repensé à l’intérieur du terreau local en empruntant les prairies du zadjal andalou et la fraîcheur de ces mélodies à la rosée du matin et les sentiers verdoyants du melhoun, diffusant les incantations panégyriques exprimées dans la volupté d’une fusion charnelle. L’instant où Zahi transcende des dynasties entières dédiées à l’art musical maghrébin et invite des chaînons ininterrompus d’admirateurs d’aujourd’hui à vivre l’instant kheloui dans un enivrement au rythme flamenca bien ajusté par les trills des éternels Naguib, Belhadj et P’tit Moh.

Par  Yazid Aït Hamadouche

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