Ahmed Gasmia. Écrivain et journaliste : «Les romans que j’écris sont les films que j’aurais aimé voir à la télévision» | El Watan
toggle menu
mardi, 20 octobre, 2020
  • thumbnail of elw_30092020






Ahmed Gasmia. Écrivain et journaliste : «Les romans que j’écris sont les films que j’aurais aimé voir à la télévision»

01 mars 2020 à 9 h 30 min

Rédacteur en chef du site en ligne MaghrebEmergent, Ahmed Gasmia est auteur de plusieurs romans : Complot à Alger (édition Casbah, 2007), Ombre  67 (2014) et Promesse de bandit (2018, Frantz Fanon). Dans son nouveau livre, il a fait le choix d’installer le décor dans
le lointain XXIVe siècle (2356), sur la planète Alkium, où vivent deux peuples, les Wolocks et les Kalans… sous l’œil des Terriens.

 

-Dans votre dernier roman, Les Peuples du ciel, publié aux éditions Frantz Fanon, le décor n’est pas l’Algérie actuelle, ni celle du passé proche ou lointain. Vous avez préféré situer la trame au XXIVe siècle, sur la planète Alkium, jumelle miniature de la Terre. Vous dites que la mythologie babylonienne vous a beaucoup inspiré… Pouvez-vous nous en dire davantage ?

C’est plutôt la mythologie sumérienne. Une mythologie qui a d’ailleurs suscité beaucoup de commentaires. Certains ont clairement dit que les divinités sumériennes étaient, en réalité, des extraterrestres en visite sur Terre. L’idée est d’autant plus fascinante que, dans cette mythologie, les divinités se sont comportées à un moment donné comme des généticiens changeant l’ADN des hommes. Une décision prise lorsque les humains étaient devenus trop nombreux et trop bruyants. Intéressant.

En fait, tout est parti d’une conversation avec un ami autour de ce sujet précis. J’avais dit que les humains, s’ils étaient suffisamment avancés technologiquement et s’ils rencontraient des êtres primitifs sur une autre planète, ils auraient pu agir de la même manière. Sauf que dans Les Peuples du ciel, les êtres primitifs dont il est question sont également des humains.

La conversation dont je vous parle a eu lieu il y a une année, au moment même où je faisais des recherches pour écrire un roman historique. L’idée tournait sans cesse dans ma tête et j’ai dû abandonner le roman sur lequel je travaillais parce qu’en une nuit, j’avais réussi à imaginer les grandes lignes de ce qui allait être Les Peuples du ciel.

Je dois dire que j’avais une certaine appréhension vis-à-vis des textes de science-fiction. Avec un texte historique, par exemple, vous avez déjà des repères. Vous savez, à peu près, comment vivaient les gens, quelles étaient les armes qu’ils utilisaient et à quoi ressemblaient leurs villes.

Il est donc plus ou moins facile de planter le décor de votre récit. Avec un texte de science-fiction, en revanche, vous devez tout imaginer. Au final, écrire un roman de science-fiction était pour moi une expérience singulière et j’ai apprécié le fait de mettre des gens technologiquement très avancés face à des guerriers vivant à une époque ressemblant à notre moyen-âge. Par ailleurs, c’était particulièrement amusant d’utiliser le passé simple pour décrire un futur vraiment compliqué.

-On remarque que l’humanité est dans cet éternel recommencement. Les habitants vivent en accéléré en quelque sorte, l’époque révolue des Terriens … La violence est toujours là, avec les mêmes motifs que pour les ancêtres terriens. Un commentaire ?

Un humain restera toujours un humain. Si on mettait des hommes dans la même situation que celle vécue par leurs ancêtres, il est fort probable qu’ils se comporteraient de la même manière, à plus forte raison lorsqu’ils n’ont aucune référence historique ni aucune idée de ce qui s’est passé avant eux. C’est précisément le cas des habitants de la planète Alkium. Ils vivent leur vie comme ils peuvent, se font la guerre pour leurs croyances et pour leurs intérêts. En somme, ce que les humains ont fait à toutes les époques.

Ce qui est intéressant aussi, c’est de voir que des scientifiques vivant dans un futur lointain pouvaient tomber dans les mêmes erreurs que leurs ancêtres et revenir eux-mêmes à des comportements primitifs sous l’effet de la colère, de l’envie ou de la haine. Etre un humain, c’est probablement aussi rester un peu primitif.

-Le récit s’ouvre sur une bataille où le cheval a toute sa place. Ce choix nous rappelle votre avant-dernier roman, Promesse de bandit, et ses succulents personnages, dont Hafnaoui Dayem. D’où vous vient cet attachement, disons-le comme ça, pour cette espèce ?

C’est presque inconscient. Je n’ai jamais fait d’équitation, mais j’ai une fascination particulière pour ces animaux, probablement aussi pour ce qu’ils représentent. Le cheval est souvent lié à l’histoire, un domaine qui m’intéresse beaucoup. Le roman Les Peuples du ciel est un roman de science-fiction, mais dans lequel l’histoire humaine prend toute sa place.

-Le texte fait succéder de belles descriptions, des portraits bien ciselés et des dialogues bien menés. Comme nous l’avons constaté pour vos anciens textes de fiction, l’influence de l’écriture cinématographique est toujours présente dans vos textes. Une explication ?

Je suis effectivement très influencé par le cinéma. J’ai toujours été un passionné du septième art. Lorsque j’écris, je vois les scènes de mes histoires comme dans un film. D’ailleurs, les scènes dans Les Peuples du ciel se succèdent à la manière d’un film. Je crois que c’est la seule façon pour moi d’écrire un roman, car elle m’évite de tomber dans l’ennui en écrivant. Les romans que j’écris sont les films que j’aurais aimé voir à la télévision.

-Votre éditeur, Amar Ingrachen, a parlé de «démarches» pour porter à l’écran le texte. Des détails ?

En réalité, il souhaite que le roman soit adapté au cinéma parce qu’il y croit beaucoup, mais aussi parce que le roman est écrit dans un style visuel. Il a même dit vouloir approcher des réalisateurs américains pour leur proposer d’adapter le roman. C’est évidemment flatteur, surtout venant d’un éditeur qui m’avait clairement dit qu’il n’aimait pas la science-fiction avant de lire le manuscrit de Les Peuples du ciel.

Évidemment, je partage la même ambition que mon éditeur, mais je crois qu’avant de penser à adapter le roman au cinéma, il faudrait qu’il réussisse en tant que roman, d’abord chez nous, ensuite à l’étranger. Si ça marche, le reste viendra tout seul…comme dans un film.

 

Propos recueillis par  Nadir Iddir

Advertisements


S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!