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Une autre opération d’émission d’effets publics ?

11 octobre 2021 à 10 h 00 min

Il est pour le moins incroyable que notre pays ne tire jamais les enseignements de ses échecs comme de ses succès, du moins dans le domaine économique et financier !

Prenons comme cas d’espèce, l’emprunt public qu’avaient émis, il y a quelques années, les autorités financières (Trésor public), dans le cadre de l’allégement de la dette publique intérieure et pour financer, à moyen et long termes, les investissements publics et notamment ceux d’infrastructures, inscrits dans le budget d’équipement des différentes lois des finances.

A priori, cet instrument classique de la politique monétaire est tout à fait adéquat et s’inscrit dans l’orthodoxie de la gestion des finances publiques de tous les pays au monde.
Jusqu’ici, rien à dire, mais applicable à l’économie algérienne, dans la situation d’il y a quelques années, était une pure fiction quant aux objectifs affichés de «bancariser» les Fonds en numéraire qui sont générés par l’économie informelle. Qui pouvait bien pouvoir le croire ? Je ne m’adresse pas là aux exécutants mais aux concepteurs de ce projet dément !

Qui pouvait croire, une seule seconde, que les détenteurs privés (entreprises et ménages), de ressources en liquide, allaient les céder en contrepartie de bons du Trésor, sur plusieurs années, rémunérés à des taux d’intérêt créditeurs négatifs (qui ne couvraient même pas le taux d’inflation affiché par les autorités statistiques) ?

Personne, sauf leurs concepteurs ! En effet, souscrire à une telle opération nécessite une confiance absolue aux effets publics qui est incompatible avec l’origine même de ces Fonds, qui pour la plupart proviennent de l’économie informelle, de la fraude et de l’évasion fiscale et enfin de tous les trafics liés à l’économie souterraine, aux trafics aux frontières et aux commerce de produits prohibés (drogues, armes, explosifs, alcools, traites humaines et autres produits pyrotechniques…). Seules les entreprises publiques excédentaires (il en existe) ont été «invitées» lourdement à y souscrire sous peine de représailles administratives. C’est d’ailleurs, pourquoi, aucun bilan de l’opération n’a été rendu public et l’opération s’est soldée par un remboursement «quasi clandestin» pour la boucler !

Quant à son impact et son objectif premier, de drainer les milliards de dinars (je n’ose plus donner de chiffres tant ceux avancés, ça et là, sont fantaisistes, sans une étude scientifique sérieuse), hors système bancaire, cette opération a été un échec cuisant, attendu d’ailleurs de tous ceux qui ont pratiqué, pendant de longues années, dans le secteur monétaire et financier. L’annonce faite dernièrement de recourir à l’emprunt public va-t-elle rééditer la même opération avec un échec certain en bout de course ? Pour l’instant, rien n’a filtré de cette opération !

Mais notre pays ne tire également pas les enseignements de nos succès, car la seule opération d’émission de bons du Trésor qui a réellement permis de drainer des milliards de dinars, du «bas de laine» des ménages et des entreprises privées, fut celle qui a consisté à octroyer un «droit de change», au cours officiel de la Banque d’Algérie, le jour de leurs échéances (1) !

Cette attractivité venait du fait de la différence entre le taux de change formel et celui informel, pratiqué sur le marché clandestin du square Port-Saïd, s’accommodait avec leur besoin qu’ils ont vite calculé, même si l’échéance arrivait à maturité plusieurs années après (entre 5 et 7 ans) ! La réflexion, à cet endroit, mérite un détour en termes de coût-avantage. En effet, en termes de coût, la validité de l’opération réside dans la capacité de la Banque d’Algérie de consacrer une partie de ses réserves de change pour la couverture de l’opération et donc de permettre un droit de change en contrepartie des effets publics arrivés à maturité.

Le montant de l’opération doit être évalué précisément et pourrait s’interpréter financièrement comme une consolidation de la convertibilité partielle de dinar. Au niveau des avantages, ils sont à plusieurs niveaux, allant de l’assèchement du marché parallèle des devises, à la satisfaction des besoins primaires, en devises des consommateurs (santé, tourisme, études à l’étranger, importations de produits spécifiques…), qui étaient livrés «pieds et poings liés» au diktat des trafiquants de tout genre.

En outre, cette opération va réellement mobiliser l’énorme manne financière thésaurisée et l’injecter dans l’investissement productif, sans recourir à la «planche à billets» dont tout le monde connaît ses limites et ses conséquences directes sur l’inflation. Enfin, cette opération va mettre fin partiellement à la dépréciation du dinar, qui subit de fortes pressions émanant du marché parallèle. Il me semble donc temps que les autorités monétaires se munissent de leur calculette et quantifient l’opération pour tester sa validité, avant de prendre la décision de sa mise en œuvre. En tout état de cause, cette opération a au moins l’avantage de s’appuyer sur une opération antérieure réussie.

 

Par le Dr Mourad Goumiri 

Professeur associé

(1) L’opération a eu un tel succès que la Banque d’Algérie a été obligée de procéder à un autre tirage pour satisfaire la demande solvable à plusieurs reprises. En outre, sur le marché secondaire, pour ceux qui n’ont pas pu en acquérir ou pas suffisamment, les bons étaient revendus jusqu’à trois fois leur valeur d’émission.


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