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dimanche, 05 juillet, 2020
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Une alimentation adéquate, un bon allié dans la lutte contre le Covid-19

09 mai 2020 à 9 h 39 min

En cette période de crise sanitaire mondiale inédite marquée par la pandémie Covid-19, la vie humaine a presque perdu son sens devant la mort qui s’empare progressivement de la population mondiale en proie au coronavirus (SARS-CoV-2).

A défaut de médication, hormis les mesures de prévention appliquées plus ou moins strictement, notre alimentation peut-elle être mise à contribution pour renforcer notre défense contre ce coronavirus dangereux ? Le confinement prolongé de plus de la moitié de la population mondiale ne risque-t-il pas de favoriser la morbidité chez les personnes sédentarisées, sans activité physique habituelle ?

Aussi, les personnes guéries du Covid-19 n’ont-elles pas besoin d’une alimentation appropriée pour aider leur corps à réparer les dommages causés par le coronavirus ? Autant de questions qui viennent s’ajouter à la pathologie virale qui est au cœur de la crise sanitaire actuelle.
Notre ennemi SARS-CoV-2, agent infectieux invisible à l’œil, s’est révélé plus puissant et invincible avec les moyens de lutte et de prévention utilisés à ce jour.

En dépit de toutes les avancées scientifiques accomplies jusqu’à maintenant dans divers domaines (médecine, biologie, biotechnologie, pharmacologie, etc.) pour préserver de façon pérenne l’espèce humaine, le génie de l’Homme s’est montré encore une fois plus faible face au génie de l’être invisible qui démontre sans cesse sa suprématie. Selon les scientifiques, ce coronavirus est redouté pour sa virulence (pouvoir de se multiplier et de nuire) jamais connue auparavant, il est environ 1000 fois plus virulent que les autres virus pathogènes connus.

Paradoxalement, la propagation rapide de Covid-19 dans les pays développés n’invoque-t-elle pas la théorie Hygiene hypothesis (hypothèse hygiéniste) stipulant qu’une hygiène excessive réduit l’exposition de l’organisme humain aux infections en rendant son système immunitaire moins actif et peu efficace. Tous ces aspects expliquent en grande partie les risques de contagion amplifiés chez les personnes exposées à la contamination (surtout en cas de comorbidité) via le contact avec les personnes présentant des symptômes (malades) ou non (porteurs sains) ou avec les surfaces.

La présente contribution sera focalisée d’une part, sur l’effet positif d’une alimentation adaptée sur les défenses (immunité) du corps des personnes atteintes par l’infection Covid-19 et, d’autre part, sur la nécessité de conserver l’équilibre alimentaire en période de confinement, où les apports alimentaires quotidiens ne doivent pas dépasser de loin les dépenses énergétiques journalières de l’individu.
En absence de remède miracle, toutes les stratégies de lutte et de prévention déjà mises en œuvre pour contrecarrer tant bien que mal la pandémie Covid-19 sont concentrées sur la distanciation sociale, les gestes barrières, le confinement, etc.

Mais, le rôle positif que peut jouer l’alimentation dans le renforcement des défenses de l’organisme des personnes infectées par le coronavirus n’est que rarement évoqué, voire ignoré dans les approches ou perspectives de lutte et de prévention développées jusque-là. Pourtant, tout le monde s’accorde à dire que l’alimentation est l’un des piliers de la santé humaine. A ce titre, la célèbre phrase d’Hippocrate, père de la médecine (460 avant J.-C.), «Que ta nourriture soit ton médicament et que ton médicament soit dans ta nourriture» illustre parfaitement le fondement de la relation intime entre l’alimentation et la santé humaine.

En effet, selon la pharmacopée ancienne (basée sur les plantes à usage thérapeutique) les plantes à usage médicinal ou culinaire traditionnellement utilisées ont indéniablement joué un rôle crucial dans le traitement ou la prévention de diverses maladies ayant atteint l’humanité. Ceci affirme alors les vertus thérapeutiques de certains produits végétaux servant de réservoir de molécules phytochimiques bioactives, objet de convoitises de la médecine alternative fondée sur la phytothérapie ou l’aromathérapie.

A plus forte raison, l’alimentation est, telle que rapportée dans la littérature scientifique contemporaine, au cœur de l’immunité, sachant que les aliments ont la capacité de moduler ou d’adapter la réponse immunitaire de notre organisme lors d’une agression menée par des agents extérieurs, comme les virus pathogènes. Il est bien établi qu’une alimentation inadaptée peut engendrer une malnutrition protéino-énergétique, la cause la plus commune de déficience immunitaire dans le monde, et que des carences en certains nutriments (zinc, sélénium, fer, cuivre, vitamines) peuvent réduire significativement la réponse immunitaire.

Il faut comprendre que notre cops est doté d’un système de défense (immunité) contre tous les agents pathogènes (virus, bactéries, champignons, etc.). Il est très complexe et réactif, il jouit d’une communication cellulaire extraordinaire via sécrétion de cytokines (messagers de nature protéique) assurant la régulation de la réponse immunitaire produite. Selon l’agression subie, la réponse immunitaire est soit rapide (quelques heures) et non spécifique (réponse innée), soit lente (quelques jours) mais spécifique (réponse acquise ou adaptive). C’est cette dernière qui est impliquée dans la réponse à l’infection Covid-19.

La réaction des cellulaires immunitaires se traduit par une inflammation générant un stress oxydatif produit grâce aux radicaux libres comme le peroxyde d’hydrogène (H2O2) tuant les agents infectieux. Cependant, l’inflammation étant fortement influencée par l’alimentation, l’activité physique, la pollution, le stress, etc. Le contrôle de l’inflammation est vital, car sans l’inflammation il n’y a pas de défense immunitaire et une inflammation excessive pouvant être mortelle. Dans le cas de l’infection Covid-19, il y a une hyperactivation du système immunitaire qui génère une inflammation exagérée (afflux de leucocytes dans les poumons) suivie d’une fibrose, voire syndrome de détresse respiratoire aiguë.

Quant aux effets des aliments sur la santé, rien que le site web de la bibliothèque nationale virtuelle américaine de médecine (https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/) indique que près de 661.316 publications internationales de recherche scientifique ont été consacrées à la relation Alimentation-Santé, dont 114.680 publications dédiées à la relation Alimentation-Immunité et 45.722 publications à la relation Alimentation-Immunité-Virus. Toute cette recherche scientifique colossale démontre bien l’importance que revêt l’alimentation dans la santé humaine en général et l’immunité en particulier.

A ce juste titre, Yufang Sh et ses collaborateurs (2020), dans leur publication Covid-19 infection : the perspectives on immune responses, ont affirmé que la vitamine B3 a un effet hautement protecteur sur les poumons des personnes souffrant de l’infection Covid-19. Il faut dire qu’en dehors des préparations pharmaceutiques, la vitamine B3 (ou PP ou niacine) est présente dans plusieurs aliments comme la cacahuète, les céréales, le foie, la levure de bière, le thon, le poulet, la viande rouge, etc.

De même, le nutritionniste Anthony Berthou (2020), dans publication intitulée : «Quelle alimentation contre le coronavirus (Covid-19) ?» a rapporté que la vitamine C a une activité virucide (tue les virus) lorsqu’elle est associée à des ions métalliques libres (fer et le cuivre).La vitamine C apportée par les oranges, les fraises, le kiwi, les poivrons rouges, etc., incite le système de défense à produire davantage de cellules immunitaires qui attaquent et détruisent de nombreux agents pathogènes.

Lang et collaborateurs (2013) ont affirmé dans leur publication «How important isvitamin D in preventing infections ?», que la vitamine D joue un rôle clé dans la régulation de la réponse immunitaire (innée ou adaptative).

Elle stimule les macrophages et intervient dans la différenciation des lymphocytes B et T, la maturation des cellules dendritiques, etc. Le besoin en vitamine D doit donc être couvert suffisamment durant l’infection virale qui survient en hiver, période durant laquelle la vitamine D n’est quasiment pas produite par le corps à cause de l’ensoleillement faible ou absent. D’autres éléments comme les vitamines E et A, le sélénium, le zinc, le fer, etc. apportés par les aliments d’origine végétale ou animale influencent positivement la réponse immunitaire de notre corps lors de son agression par des agents externes.

Globalement, une alimentation riche en éléments protecteurs et régulateurs (vitamines, minéraux, antioxydants) a des bienfaits sur la santé comme la réduction de la durée et de la gravité des symptômes, la récupération rapide après l’infection virale, la prévention des infections ultérieures en renforçant les défenses immunitaires. Les éléments protecteurs et régulateurs sont présents dans les soupes de légumes, les bouillons maison, les fruits et les légumes (crus) colorés, etc.

Parmi les composés bioactifs, les antioxydants ont une action de régulation sur la fonction immunitaire. La quercétine est un excellent exemple d’antioxydant pouvant jouer un rôle important dans la lutte contre le Covid-19. Cette molécule potentiellement active contre le stress oxydatif se trouve naturellement dans les oignons, les agrumes, les pommes, etc. De même, l’ail contient des composés soufrés qui contribuent au contrôle du stress oxydatif.

De plus, une source de protéines animales (idéalement) ou végétales doit être intégrée à chaque repas pour booster les défenses immunitaires. Les aliments riches en protéines, comme les viandes rouges, les volailles, les produits laitiers, les œufs, les poissons, les fruits de mer et les légumineuses permettent de produire des anticorps (immunité). Remplacer le sucre de table par le miel (riche en microélements). Le «bons gras» présent dans le poisson gras (saumon, sardine, etc.), l’huile d’olive et de colza, l’avocat, les noix, etc., apporte les acides gras oméga-3 améliorant la fonction immunitaire.

L’eau et les boissons sont aussi bénéfiques, ces liquides non seulement aident à dissoudre l’excès de mucus gênant la respiration, mais aussi ils préviennent la déshydratation produite par la fièvre due à l’infection virale. Le thé ou les tisanes sont appréciés pour leur apport en antioxydants. Les produits alimentaires additionnés de probiotiques (bactéries ou levures bénéfiques) sont aussi des aliments qui stimulent ou modulent la fonction immunitaire de notre organisme. Le yaourt aux bifidobactéries est un exemple très connu de produit probiotique.

Par contre, une mauvaise alimentation due à une consommation en trop du sucre, des graisses saturées, des fritures, des produits raffinés, de l’alcool, du tabac, etc., aurait un effet négatif sur le fonctionnement du système immunitaire.

Le bilan énergétique (aliments consommés) et hydrique (eau consommée) doivent être équilibrés par une prise alimentaire contrôlée, c’est-à-dire la consommation ne doit être supérieure à la dépense pendant le confinement (sédentarité) pour ne pas favoriser la morbidité (obésité, diabète, hypercholestérolémie, etc.). Enfin, une alimentation bien adaptée aux exigences de la santé de l’individu ne peut être que bénéfique et salvatrice, elle doit donc être mise à contribution pour renforcer notre lutte contre l’infection Covid-19. Cela suppose évidemment que l’accès aux aliments en cette période de confinement soit toujours assuré.

 

Par Amrouche Tahar

Docteur en Sciences et technologie des aliments Université Mouloud Mammeri de Tizi ouzou



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