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La protection des sols dans le contexte des changements climatiques

Un capital précieux menacé par de multiples aléas

05 janvier 2019 à 8 h 37 min

Le sommet de la COP24, «Conference of parties», regroupant 197 pays membres qui ont signé la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (Ccnucc), s’est tenu du 3 au 14 décembre à Katowice, en Pologne.

Le sommet s’est penché sur les changements climatiques, dans le sillage des précédentes conférences, et particulièrement celle de 2015 à Paris (COP21) qui fixe l’ambition de limiter la hausse de la température moyenne globale de la planète à moins de 2°C d’ici 2100. Mieux, la Conférence de Paris à instruit les Etats à une ambition plus élevée, à savoir «poursuivre les efforts en direction de seulement 1,5 °C d’augmentation de température». On remarque ici que l’humanité a déjà accepté une part de «fatalité», sachant que, visiblement, le réchauffement climatique est inscrit dans le destin de l’atmosphère et de la planète

A l’occasion de la Conférence mondiale sur le climat, nous nous sommes penchés ici sur ce capital précieux et irremplaçable qu’est le sol. C’est là une thématique qui a nourri notre action sur le terrain, mais aussi plusieurs de nos interventions dans les médias nationaux. L’opportunité de revenir sur le sujet est offerte par la Journée mondiale des zones de montagne, célébrée le 11 décembre de chaque année.

L’on se souvient que l’année 2015 a été déclarée par l’Assemblée générale des Nations unies «Année internationale des sols». Le sol, support physique, organique et minéral des activités de l’homme, qui subit les aléas climatiques et les autres pressions et dérives anthropiques, nous rend bien la mal gouvernance dont on l’afflige. Les rendements de l’agriculture s’amenuisent, les éboulements et coulées de nappes terreuses ferment les routes et envahissent les villes, les sources d’eau qui jaillissaient des entrailles de la terre tarissent, le béton réduit drastiquement les surface cultivables, les barrages hydrauliques se remplissent de matériaux solides arrachés à la terre, la matière organique et les sels minéraux se perdent et se lessivent, le sel jaillit à la surface de beaucoup de parcelles stérilisant la couche productive, etc. L’énumération des voies de perte du sol et de la dégradation de sa valeur agrologique serait fastidieuse.

En tout cas, le mal est en marche à travers plusieurs pays du monde, aggravé par l’intensité des changements climatiques. En septembre 2014, l’Assemblée générale de l’ONU, lors de sa 68e session, a déclaré l’année 2015 Année internationale des sols. Le thème peut être perçu par certains comme relevant d’une certaine curiosité.

Comme l’air que nous respirons, le sol est partout présent. Pourtant, il n’est pas né avec la formation de la terre. Le sol, qu’un membre de jury d’une thèse de pédologie a défini tout simplement comme la couche de terre qui commence sous nos pieds et qui se termine au niveau de la roche-mère, est le résultat d’un lent processus de production qui a duré plusieurs millions d’années. Ce processus, la pédogenèse, est essentiellement alimenté par le phénomène de l’altération physique ou chimique des roches. Sans cette couche, il n’y aurait pas eu de vie sur Terre. Une Terre qui serait… de la roche !

Le sol est le support physique de l’alimentation humaine et animale, comme elle en est le réceptacle des éléments qui nourrissent et entretiennent cette alimentation (matière organique, minéraux, eau). L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a été désignée pour mettre en œuvre l’Année internationale des sols 2015, dans le cadre du Partenariat mondial sur les sols et en collaboration avec les gouvernements et le secrétariat de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification.

Cette manifestation vise à accroître la sensibilisation et la compréhension de l’importance des sols pour assurer la sécurité alimentaire et permettre à l’écosystème de remplir ses fonctions essentielles.

Le directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), José Graziano da Silva, en même temps écrivain et agronome, exprime d’une manière poétique le rôle et la mission du sol : «Les multiples fonctions des sols passent souvent inaperçues. Ils n’ont pas de voix, et peu de gens s’expriment en leur nom. Les sols sont nos alliés silencieux dans la production alimentaire […] Nous avons besoin de sols en bonne santé pour atteindre nos objectifs de sécurité alimentaire et de nutrition, lutter contre les effets du changement climatique, et garantir un développement général durable. Vous pouvez compter sur l’engagement de la FAO et sur sa participation active à cet effort.»
En Algérie, les sols son menacés par plusieurs facteurs naturels et anthropiques, faisant ainsi peser une menace sérieuse sur l’activité agricole (rendement et qualité), outre d’autres dommages collatéraux liés à notre environnement et à notre mode de vie quotidien.

Erosion hydrique, érosion éolienne, avancée des sables, processus de salinisation, urbanisations effrénée, sont les principales formes de dégradation des sols sur lesquelles sont engagées depuis plusieurs années une multitude de réflexions académiques.

Dans cet aperçu par lequel nous tenons à participer au travail de sensibilisation engagé par la FAO, l’on se contentera de la variante des zones de montagne, telle qu’elle est connue en Kabylie, et des efforts qui sont entrepris par les scientifiques pour contrer le processus de dégradation des sols de montagne. Sur les différents massifs de Kabylie, du Djurdjura aux Babors, en passant par les Bibans, le déboisement sous toutes ses formes a gravement dégarni les versants de montagnes et de collines, laissant apparaître des affleurements rocheux, des bancs caillouteux, des marnes bleues, des schistes, etc.

Le processus d’érosion est enclenché dès les premiers orages de fin août, emportant alluvions, cailloux, parfois des roches ou blocs erratiques, qui se déposeront dans la plaine ou la vallée. Lorsqu’en aval il y a ouvrage hydraulique, comme les barrages d’eau de Taksebt, Tilesdit, Koudiat Acerdoune, c’est un dépôt qui se forme au fond de l’ouvrage, occupant le volume initialement pris par l’eau. Ainsi, la durée de vie des barrages est étroitement liée au degré d’érosion qui affecte son bassin versant. Cette érodabilité augmente au fur et à mesure du processus de déboisement ou des mouvements de terres lorsque il y a des infrastructures qui sont prévues sur le bassin versant (pistes, routes, autoroutes). Outre la durée de vie des ouvrages hydrauliques, l’érosion des bassins versants fait également courir de gros risques pour les installations techniques (appareils, pompes, tuyauterie,…). Les entretiens, dans ce cas, peuvent revenir trop chers par rapport aux premières prévisions.

L’Algérie perd 300 000 ha de terres/an à cause de l’érosion

Sur l’ensemble du territoire national, plus de treize millions d’hectares sont touchés par l’érosion, dont quatre millions de manière «grave», a noté Samir Grimes, cadre au ministère des Ressources en eau et de l’environnement, en précisant que l’Algérie perd annuellement près de 300 000 ha de terres à cause du phénomène d’érosion. La perte, dans ce cas de figure, se caractérise par l’amenuisement de la fertilité des sols, qui peut aller jusqu’à leur stérilisation.
Aux incendies de forêts et maquis, s’ajoute la pression pastorale qui s’exerce sur les grands espaces des Hauts-Plateaux et sur les versants des montagnes du Tell, amenant le sol à réduire au plus bas son offre fourragère.
L’action irréfléchie de l’homme dans son rapport avec l’écosystème, la mauvaise gestion des ressources, le non-respect des principes du Schéma national de l’aménagement du territoire (SNAT), sont autant de facteurs qui renforcent et aggravent les incidences des changements climatiques sur l’écosystème algérien.

Les mesures classiques mises en œuvre par les pouvoirs publics depuis les années soixante-dix – à savoir les reboisements, les repeuplements, l’installation des ouvrages de corrections torrentielles – ont été complétées par des actions contenues dans les projets de développement rural. Mais cela reste largement insuffisant. La législation algérienne en la matière est souvent dépassée. Les convoitises sur le foncier ont, dans certaines régions, fait obstacle aux actions de reboisement. Une législation plus coercitive pourrait faire récupérer à l’Etat les espaces passés sous le contrôle de riverains ou de barons locaux afin de mieux les protéger contre l’érosion.

Le travail de sensibilisation demeure, lui également, incomplet. L’école, la presse, la radio, la télévision devraient être impliquées totalement dans cette grande œuvre de sauvegarde des terres contre l’érosion.
La restauration des terres de montagne constitue actuellement un des axes majeurs de la recherche en aménagement du territoire et en agronomie. En Algérie, outre l’enseignement assuré dans les universités inhérent à ce chapitre important de la protection des sols, des stages réguliers ont été assurés aux étudiants et même aux fonctionnaires du ministère de l’Agriculture dans certaines universités étrangères.

Lieu de la complexité et de la gageure

Actuellement, les actions visant la restauration des terres de montagne priorisent souvent les bassins versants de barrages hydrauliques. Il est vrai que la protection de ces bassins revêt une priorité absolue, aussi bien pour la pérennité de l’ouvrage hydraulique que pour la promotion des territoires limitrophes sur le plan du développement agricole.

Sur les différents espaces géographiques d’Algérie où l’activité humaine est attestée depuis des millénaires, l’espace montagneux se présente presque toujours, aussi bien pour les techniciens et les potentiels investisseurs que pour les pouvoirs publics, comme le lieu de la complexité et de la gageure. Rien de bien surprenant lorsqu’on met sur la table les critères de classification des zones de montagne : pente, altitude, rigueurs climatiques, fragilité du support édaphique (érosion, ravinement, glissements de terrains), etc. C

es critères, aux yeux des populations, des pouvoirs publics et des entreprises y intervenant ont un seul nom : contraintes. En effet, ces paramètres physiques charrient des difficultés multipliées souvent par la densité démographique : absence ou insuffisance des infrastructures de desserte et des équipements publics, régression de l’offre fourragère, restriction de l’offre foncière et litiges de propriété ainsi que d’autres aléas qui rendent l’action des pouvoirs publics et des entreprises pour le moins ardue. Le coût social est plus élevé sur des territoires qui offrent moins de facilités naturelles. Et c’est la raison pour laquelle, à travers tous les pays du monde où des actions de développement sont entreprises en direction des populations et en concertation étroite avec elles, ce sont les collectivités territoriales et les pouvoirs publics de l’Etat central qui supportent le plus grand effort de développement en termes financiers.

Sur le plan technique, les terres de montagne posent des problématiques qui s’imbriquent les unes dans les autres et qui posent des défis auxquels il faudrait faire face généralement de façon simultanée et synergique. C’est d’abord la protection du sol contre l’érosion de façon à maintenir ou à restaurer sa fertilité ; des combinaisons de méthodes culturales rationnelles et d’ouvrages antiérosifs d’accompagnement sont souvent sollicitées dans ce cas. Il s’agit ensuite de la réhabilitation des tissus forestiers – bois, sous-bois, niches faunistiques – grevés par toutes sortes d’agression, d’autant plus que les montagnes algériennes sont fortement peuplées (Djurdjura, Atlas blidéen, Bibans, Ouarsenis, Babors,…).

L’intervention à ce niveau fait appel à des reboisements (en plein, sur banquettes), des repeuplements et des fixations biologiques de berges (végétalisation). L’autre objectif précieux à travers ces actions : la protection des ouvrages hydrauliques en aval (barrages, retenues) contre l’envasement et la destruction de certains équipements hydrauliques, protection des agglomérations menacées par les inondations. La combinaison des méthodes biologiques (reboisement et végétalisation) et des méthodes mécaniques (ouvrages d’art [barrages] au travers des grands talwegs, enrochements et gabionnages sur des rivières et ruisseaux de moindre taille, branchages et fascines sur d’autres talwegs qui se prêtent à cette opération) revêt un caractère important pour la réussite d’une telle entreprise.

Contraintes liées à la nature juridique

Le premier point d’achoppement qui se révèle aux agents et cadres algériens forestiers dans leur mission de protection des bassins versants et des terres de montagne est la nature juridique des terrains. On en est arrivé à ne pouvoir agir que sur des poches de terres publiques (domaniales ou communales) qui représentent généralement moins de 10% de la superficie des bassins versants théoriquement destinés à un traitement antiérosif. Quelles que soient les méthodes d’approche développées en direction des populations pour les intégrer dans les projets où elles seraient des bénéficiaires directes, les superficies gagnées ne s’accroîtraient que de quelques hectares dans le cadre de la mise en place de vergers fruitiers. L’expérience est faite dans plusieurs endroits que, là où la sensibilité à l’érosion est la plus forte (berges en pente décharnées donnant sur des vallons impluvium de barrages), les résistances à la plantation sont encore de rigueur. Ces espaces sont destinés à un maigre pâturage dont les exploitants n’admettent pas leur changer de «vocation».

Ce qui, dans les modèles présentés dans certains pays étrangers, a attiré l’attention des stagiaires algériens, c’est bien la prise en charge préalable des problèmes juridiques par le moyen de l’achat par l’Etat des terres de montagne destinées à subir un traitement d’aménagement global. La marge de manœuvre se trouve ainsi amplifiée pour les intervenants pour, en plus de l’action protectrice proprement dite, vont pouvoir aménager des espaces de parcours (réglementation des parcours avec conventions contractées avec les éleveurs), création d’espaces d’éco-tourisme et de stations d’expérimentation. Dans notre pays, des solutions innovantes de ce genre tardent à se profiler. Les agents de terrain sont appelés à composer avec de lourdes contraintes qui, parfois, arrivent même à compromettre les projets de développement.

Par Amar Naït Messaoud , Ingénieur forestier

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