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UGCA (1956-2018) : Le FLN au Cercle du progrès

19 septembre 2018 à 0 h 30 min

Il aura fallu piocher du côté des archives de l’ONU pour trouver des informations précises et capitales quant à la création de l’UGCA, mais aussi pour comprendre l’implication de cette glorieuse association dans le combat pour l’indépendance de l’Algérie.

Si en Algérie l’absence de référence sur l’UGCA est criante, au niveau de l’ONU nous retrouvons ce texte fort et plein de sens qui rapporte les plaintes du gouvernement français faites à cet organisme onusien afin de faire taire la voix renaissante de l’Algérie[1].

«En guise d’introduction à sa réponse, le gouvernement présente les observations suivantes : l’Union générale des commerçants algériens (UGCA) a été créée à Alger le 6 mai 1956, dans le but avoué de défendre les intérêts professionnels des commerçants algériens. Elle constitue, en fait, une filiale du Front de libération nationale (FLN). Cela ressort, dit le gouvernement, de ses origines, de ses propres déclarations (articles de presse, tracts, documents divers), des antécédents politiques de ses principaux dirigeants et de ses activités».

Et d’ajouter : «L’UGCA a été constituée sous l’égide du FLN, qui cherche à étendre son influence sur tous les éléments actifs de la population musulmane d’Algérie.» Pour enchaîner : «Le gouvernement cite alors le passage suivant relevé dans les archives du chef rebelle Krim Belkacem : «L’UGCA, en gestation depuis de longs mois, doit prendre une place importante, à côté de l’organisation ouvrière sœur, l’UGTA. Le FLN doit l’aider à se développer rapidement en créant les conditions politiques les plus favorables: a) lutter contre les impôts ; b) boycott des grossistes colonialistes, poujadistes, apportant un soutien actif à la guerre impérialiste ; c) la récolte des fonds pour la résistance ; d) grèves politiques à solidarité insurrectionnelle.»

Puis suit : «Le premier congrès de l’UGCA s’est tenu à Alger les 13 et 14 septembre 1956 sous la présidence de M. Ben Ouenniche. La journée du 14 septembre s’est terminée par une grande réunion politique à laquelle ont assisté quelque 300 personnes. En termes violents, tous les orateurs : Aïchoune Omar (syndicat des laitiers), Belloul Akli (syndicat des boulangers) et Kerma Mohamed (Union tunisienne de l’artisanat et du commerce) ont fait l’apologie du F.L.N et déclaré qu’il ne pouvait y avoir qu’une seule issue au problème algérien : la négociation avec les combattants, c’est-à-dire avec le FLN, seul interlocuteur valable.»

C’est en effet les 13 et 14 septembre 1956 que les commerçants et industriels algériens se réunissent à la place des Martyrs — anciennement place du Gouvernement — pour finaliser le projet cher à Abane Ramdane, celui de la création de l’Union générale des commerçants algériens, avec, entre autres, Abbas Turqui et Omar Aïchoun élus à la direction, en organisant le premier congrès de l’UGCA, où des délégués venus de toutes parts ont assisté à ces assises. Cette organisation choisira le très emblématique Nadi Ettarakki -le Cercle du progrès d’Alger était alors sous la présidence de Mahmoud Ben Siam [2].

Le Nadi Ettarakki, créé en 1927, quatre ans avant la création de l’Association des oulémas algériens par des personnalités algéroises connues et respectées pour leurs valeurs morales et leurs refus de voir leur identité algérienne disparaître, telles qu’El Mansali, Benmerabet, Bel Haffaf, El Mouhoub, Ben Ouenniche, etc.

En 1930, les fondateurs du Cercle du progrès, conscients qu’ils tenait là un véritable outil d’éducation et de propagation du savoir, avaient fait appel au Cheikh El Okbi, dont le verbe, fluide et honnête, allait donner cette impulsion nécessaire pour élargir l’audience du Nadi à toutes les couches de la société algérienne, en dispensant des conférences et en dirigeant un véritable cercle de réflexion pour tenter de construire quelque chose de solide et de durable.

Ce travail en profondeur ne tarda pas à porter ses fruits, puisqu’à la suite d’El Djazaïria, du MCA et de la Chabiba, plusieurs associations, telles que la Kheïria, les Scouts musulmans (1936) puis la Fédération des scouts, en 1939, virent le jour et deviendront par la suite un véritable vivier pour le Front de libération nationale, puisque bon nombre de ces militants avaient transité par l’une d’elles avant de rejoindre le FLN.

Pour l’exemple, on citera Omar Aïchoun, l’une des personnalités sûres du FLN et du Cercle du progrès, militant très engagé, comme de nombreuses personnalités du Cercle, très lié avec Mohamed Lebdjaoui, qui était en contact permanent avec Abane Ramdane [3].

Ce travail associatif a aussi permis la rencontre de personnalités, dont les aïeux étaient liés à la Régence d’Alger, à l’Emir Abdelkader ou bien encore à Ahmed Bey et dont on peut citer quelques noms, tels que Ben Merabet, Kouaci Mohamed Belbey, Bisker Aïssa -père de Mme Hafsa Bisker, secrétaire de l’UGEMA-, Bentami – dont le grand-père est Si Mustapha, déporté au château d’Amboise, compagnon d’armes et époux de la sœur de l’Emir Abdelkader, et Cheikh El Okbi, un Ath Abderrahmane (ou Aït Abderrahmane) — connu aussi sous le nom de Ouled Abderrahmane — du nom de la tribu des Aurès d’où il est originaire et qui a été à un moment donné le centre de la résistance de l’Est algérien, puisque Ahmed Bey a vécu et été soutenu par ces gens jusqu’à la date de sa reddition en 1848.

Reddition qui, d’ailleurs, s’est faite sans le consentement de ses hôtes, selon le commandant de Saint-Germain, celui-là même qui a été tué quelques mois plus tard lors de la bataille des Zaâtchas[4].

En 1958, sous le commandement du général Massu, la puissance coloniale revient à la charge en fermant le Cercle du progrès, afin d’interdire toute activité anti-française et y installa une association pour «l’émancipation féminine», dirigée par Madame Massu [5].[

Ce jour anniversaire est une date importante dans la résistance algérienne, qui célèbre l’adhésion officielle et organique des entrepreneurs et commerçants algériens à la lutte armée, l’adhésion individuelle de la plupart d’entre eux s’était faite dès le début de 1955.

 

Par Nacim El Okbi

 

Références :

[1] Organisation internationale du Travail (OIT) – Cas N° 156 (France) – Date de la plainte: 29-NOV. -56
[2] Défis démocratiques et affirmation nationale – Le Cercle du Progrès – Edition Chihab
[3] Vérités sur la Révolution algérienne – Mohamed Lebdjaoui
[4] Monographie géographique et historique de la tribu des Ziban Par J. Maguelonne. 1892)- BNF
[5] Reconquête de l’identité algérienne et défense du savoir et du dialogue – El Watan du 16/12/2017.


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