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Trump, ou comment la politique est mise au service de son empire et celui de sa dynastie

27 octobre 2018 à 10 h 00 min

«Once Trump is president, there will have to be a wall between him and his children with regards to government matters.»
(Rudy Guliiani, Trump’s Attorney, former Mayor of New York)»
«I could actually run my business and run government at the same time.»
(Donald Trump)

Introduction

Lorsqu’on analyse les décisions que Trump a prises depuis qu’il est arrivé au pouvoir, un vendredi 20 janvier 2017, on est tenté de penser qu’il a choisi de devenir président des Etats-Unis non pas, comme il le pretend, pour rendre «America Great Again» (AGA), ou comme il le dit ailleurs, placer «America First», mais plutôt pour mettre la politique au service de son empire (Trump Organization) et celui de sa famille. Son obsession, en effet, est la déconstruction de tout ce qui a été fait auparavant par les présidents démocrates et notamment celui parmi eux qu’il déteste le plus : Barack Obama.

Son objectif ultime est, par-dessus tout, avant de terminer son ou ses mandats présidentiels, de mettre à bas les obstacles règlementaires et administratifs de toutes sortes pouvant, selon lui, empêcher son empire et celui de sa famille devenir encore plus puissant. Pour atteindre cet objectif, il n’hésitera pas à utiliser tous les moyens légaux et illégaux et à défier la volonté populaire qu’il qualifie de «mob» (populace). Il dira, pour appuyer cette thèse, que «The country should be governed by the rule of law, not by the mobs» (Le pays doit être gouverné par la règle de droit et non pas par la règle de la populace).

Ce faisant, il oppose la clause la plus importante de la Constitution américaine qui, dans ses premières lignes, commence par ces mots quasi sacrés : «We The People» (Nous le peuple) à quelque chose qu’il préfère : «Me The President» (Moi le président). En d’autres termes, il oppose le gouvernement autocratique et plutocratique qu’il veut instaurer au gouvernement démocratique que la Constitution américaine a inscrit depuis des siècles dans la Magna Carta américaine signée le 17 septembre 1787. Avant de donner des exemples concrets des actions et mesures prises par Trump pour mettre la politique au service de son empire et celui de sa famille, nous donnerons un apercu de ce que représente cet empire.

L’empire de Trump : Un véritable état dans l’état

L’Organisation Trump (Trump Organization) est le nom collectif d’un groupe comprenant environ 500 entreprises (ou affaires) dont Donald Trump est le propriétaire. Le groupe a été fondé en 1923 sous le nom de Trump and Son par ses parents Elizabeth et Frederick Trump. Entre 1971 et 2017, le groupe est dirigé par Donald Trump, qui a renommé la compagnie en 1973. Le siège de l’organisation est situé à New York. Les principaux managers de l’organisation sont : Donald Trump Jr. (son fils aîné), Allen Weisselberg (Chief Financial Officer), Matthew F. Calamari (COO).

Les principaux secteurs d’activités de l’organisation sont aussi divers que : la construction, le développement immobilier, l’entertainment (spectacles et casinos), l’hôtellerie, le commerce de detail, le commerce on-line, les investissements, les stations balnéaires (resorts), les courts de golf, les maisons d’édition de livres et magazines, les médias, le management des modèles, et l’organisation de Miss USA et de Miss Universe, tout cela dans plusieurs endroits aux Etats-Unis et dans le monde. L’Organisation Trump possède aussi une entreprise de production télé qui produit, entre autres, le programme appelé «The Apprentice».

L’Organisation Trump comprend aussi des entrerprises de mode, de bijoux, de litterie, d’appareils électriques, de textiles, parfumerie, cuirs, chocolateries, et eau minérale. Comme Trump n’a pas rendu publiques ses déclarations fiscales (à l’instar de tous les présidents qui l’ont précédé), il est difficile d’attribuer une valeur exacte à son organisation. Il faut signaler que l’Organisation Trump a fait faillite pendant la Grande Dépression 1929-33, puis a refait surface après la Dépression. Donald Trump a officiellement rejoint la compagnie en 1968 et en est devenu le président en 1970.

Le 11 janvier 2017, une fois élu président des Etats-Unis, Trump a annoncé que lui et sa fille Ivanka ne feraient plus partie de Trump Organization et que celle-ci serait gérée par ses deux enfants Eric et Donald Trump Jr. ainsi que le CFO Allen Weisselberg.

En dépit de cette annonce, la frontière entre les entreprises possédées et gérées par Trump et sa famille et l’Etat américain n’est pas claire. Ce qui rend cette frontière encore plus opaque est que chaque membre de la dynastie Trump possède ses propres entreprises et affaires aussi bien sur le territoire américain qu’à l’étranger. C’est le cas, entre autres, de Jareed Kushner, le mari de la fille de Trump, Ivanka. Kushner est lui-même un développeur immobilier à New York. Sa plus importante affaire est le marché résidentiel de New Jersey. Il possède aussi Puck Building, une autre entreprise de construction, également à New York. Son père, qui a créé ce groupe, appelé Kushner Real Estate Group, a été accusé et emprisonné pour évasion fiscale.

C’est alors son fils, Jareed, qui prendra la tête du groupe. Une étude faite par Bloomberg News en décembre 2017 indique que Kushner a une participation dans plus de 60 buildings à New York. Ivanka, sa femme, est la vice-présidente de Trump Organization. Elle est aussi juge dans le show de télévision «The Apprentice». Elle occupe aussi, depuis que son père est élu président des Etats-Unis, le poste officiel à la Maison-Blanche de «Senior Advisor» de son père. En 2007, elle établit un partnership avec Dynamic Diamond Corp, la compagnie de vente de diamants Moshe Max et créa sa propre compagnie appelée «Ivanka Trump Fine Jewelry», vendant des diamants et des bijoux en or dans son magasin de Manhattan.

Mais son principal magasin de bijoux est localisé à la Trump Tower, le siège même de Trump Organization. Trump Organization a des succurales et des affaires dans plusieurs pays dans le monde : Canada, Koweït, Arabie Saoudite, Emirats arabes unis, et plusieurs autres. Ivanka possède aussi une importante entreprise de vêtements et chaussures de mode également vendus dans plusieurs pays, notamment en Chine. Le 24 juillet 2018, Ivanka décide de mettre en veilleuse ses affaires privées pour se consacrer à son nouveau poste à la Maison-Blanche. Avant de se marier avec Jareed Kushner, Ivanka, qui a été élevée en tant que chrétienne presbytérienne, s’est convertie à la religion de son mari, la religion juive.

Donald Trump Jr., le fils aîné de Donald Trump, est, lui aussi, dans le domaine immobilier. Il est présentement l’équivalent de CEO de Trump Organization, en tandem avec son frère, Eric Trump. Ce dernier a créé sa propre entreprise : Eric Trump Organization, une entreprise charitable qui fait du «fund-raising» (collecte de fonds) pour aider, selon lui, l’hôpital des enfants appelé Saint Jude Childrens’ Research Hospital. Cette entreprise charitable a contribué au financement de la Trump Organization lorsque celle-ci se trouvait en difficulté financière. Eric est, comme son frère Donald Trump Jr., vice-président dans l’organisation de son père. Comme Ivanka, il est aussi un des juges dans le show «The Apprentice».

Avec toute cette panoplie d’affaires et cet empire familial, la question est de savoir si la dynastie Trump peut se séparer totalement de ses affaires et se consacrer, comme elle le prétend, et comme le veulent la Constitution et l’éthique des affaires américaines, à la fonction publique la plus haute des Etats-Unis : gouverner le plus puissant pays du monde sans en tirer des bénéfices pour Trump Organization.

Les décisions et actions de déconstruction que Trump a prises au cours de ces deux premières années de gouvernement et que nous analyserons dans la seconde partie de cet article semblent indiquer que l’objectif ultime du président est plutôt d’utiliser la politique pour agrandir et enrichir davantage son empire et celui de sa famille.

Les actions de déconstruction de Trump : ou comment la politique est mise au service d’un empire

Pour montrer comment Trump a utilisé son pouvoir de président des Etats-Unis pour servir les besoins et intérêts de son Organisation, nous donnerons cinq exemples :
1)- la politique de réduction de taxes en faveur des grosses entreprises, à commencer par la sienne ;
2)- le démantèlement des principales régulations qui, selon lui, étaient «business unfriendrly» (non favorables aux affaires) ;
3)- la politique vis-à-vis de l’environnement ;
4)- la déconstruction de l’Obamacare ; 5)- la nomination de deux juges à la Cour suprême des Etats-Unis.
S’agissant des taxes, Trump les a réduites pour les entreprises de 35% à 21% en 2018. La théorie défendue par les économistes du «supply-side economics» et sur laquelle se base Trump est que, en réduisant les taxes des entreprises, l’effet dit «trickle-down economics» s’appliquerait et résulterait en une augmentation de la croissance économique.

Sauf que, dans la réalité, cela ne se produit pas mécaniquement et parfois même joue dans le sens contraire, entraînant une réduction des investissements et par suite une réduction de la croissance. Dans ce cas, les entreprises deviennent plus riches suite à la réduction des taxes, mais ne connaissent pas le «trickle-down effect» espéré.

Par ailleurs, et au contraire de tous les présidents qui l’ont précédé, Trump a refusé de rendre publiques ses déclarations fiscales récentes, ce qui fait dire aux analystes financiers et aux spécialistes de «Business Ethics» qu’il a quelque chose à cacher (évasions fiscales éventuelles). Bien entendu, l’Organisation Trump est parmi les premières à bénéficier de la réduction des taxes décidée par Trump, ce qui ne manquera pas d’enrichir son groupe et celui de sa famille.

La seconde grande décision prise par Trump pour servir son empire est la dérégulation de toutes les mesures qui, selon lui, ne sont pas «business-friendly», c’est-à-dire sont un obstacle au développement des entreprises. L’objectif initial de Trump était de réaliser, à travers ces mesures de dérégulation, une épargne de 686.6 millions de dollars pour 2018.

En réalité, à la suite des mesures de dérégulation, il a dépassé cet objectif et a atteint un niveau d’épargne budgétaire de 1 308 millards de dollars résultant de 47 actions de dérégulation. La plupart des mesures prises concernent l’industrie manufacturière et le développement immobilier dans lequel Trump opère. Il n’y a aucun doute que l’Organisation Trump est une des entreprises qui bénéficiera de cette dérégulation, la rendant plus riche qu’elle ne l’était. Un autre domaine où la dérégulation s’est appliquée est celui des traités internationaux et d’alliance tels que l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), le traité sur le nucléaire iranien signé par Obama en 2015 avec l’Iran et plusieurs pays européens, le traité dit NAFTA avec le Canada et certains pays d’Amérique latine, et d’autres traités encore.

Dans le cas du traité nucléaire iranien, Trump s’est carrément retiré alors que tous les autres pays signataires considèrent le traité comme toujours valable. En se retirant du traité avec l’Iran, Trump a voulu aussi, et peut-être surtout, satisfaire Benyamin Netanyahu, le Premier ministre israélien, qui voulait absolument l’annulation de ce traité qu’il considérait, lors d’un speech fait au Congrès américain en 2017, comme un «bad deal».

La troisième décision que Trump a prise pour stimuler la croissance de son organisation et celle des entreprises possédées par sa famille a été le retrait de l’Accord de Paris sur le changement climatique (COP21) adopté par consensus par 196 pays le 12 décembre 2015. Trump a aussi nommé, comme administrateur de «L’Environment Protection Agency (APA)», Andrew R. Wheeler, quelqu’un qui ne croit pas au changement climatique et qui pense que les informations scientifiques prouvant le changement climatique sont fausses et que la politique de protection de l’environnement prônée jusqu’à présent par tous les présidents précédents a des effets négatifs sur la croissance économique. Trump a ordonné à Wheeler de déconstruire toutes les règlementations tendant à la protection de l’environnement.

Il a aussi renforcé, dans le cadre de son «American First Energy Plan», l’utilisation des fuels fossiles qui sont scientifiquement prouvés être les plus grands pollueurs de l’environnement. A cet effet, Trump a réduit le budget de l’APA de 31% en 2018. Il a également ordonné l’exploration pétrolière et gazière offshore dans l’ensemble des eaux maritimes américaines et à l’étranger. Par ces mesures, Trump espère booster la croissance économique, et cela en dépit des fortes critiques populaires et celles de personnalités nationales et internationales contre ces mesures.

La quatrième action prise par Trump a été de démanteler l’Obamacare. Rappelons que l’Obamacare, du nom de son initiateur, Barack Obama, a permis à des millions d’Américains qui n’ont pas les moyens de contracter une assurance bon marché. Trump a effacé complètement ce programme et instauré un système selon lequel chaque individu, peu importe ses moyens, devrait contracter sa propre assurance au prix du marché. Ce faisant, il a complètement fait abstraction des millions de gens qui ne peuvent pas payer ce type d’assurance et qui se retrouveraient, du jour au lendemain, sans assurance, avec tout ce que cela a comme conséquences.

Le raisonnement à la base de cette décision est que l’Obamacare coûte plus cher que le système d’assurances privées, et que, par conséquent, des économies importantes seraient faites après l’abandon de l’Obamacare. Inutile de dire que l’objectif ultime de cette décision est d’enrichir advantage les compagnies d’assurances et les compagnies pharmaceutiques privées qui sont déjà hyper-riches et d’appauvrir davantage les millions d’Américains qui luttent pour la survie.

Enfin, la cinquième action de Trump est de nommer à la tête de la Cour suprême le maximum de juges qui appuieraient ses politiques économiques et qui le défendraient au cas où ces politiques venaient à échouer. Il a déjà réussi à nommer Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh. Il faut noter que ce dernier a été nommé en dépit du scandale sexuel qui a été révélé lors de la séance de hearing (audiences du Sénat) et des manifestations populaires gigantesques ayant eu lieu dans les principales villes américaines. En nommant ces juges, Trump pense qu’il contracte une sorte d’assurance contre toutes les poursuites politiques et judiciaires auxquelles il pourrait être soumis.

Plus que cela, il veut se prémunir contre toute tentative «d’impeachment» (destitution politique) par le Congrès américain et contre toute obstruction de la justice dont il pourrait être accusé par le «Special Prosecutor», Robert Muller, qui conduit une enquête sur les actions éventuelles de collusion de Trump dans l’affaire dite «RussiaGate» (collusion de l’équipe Trump avec la Russie pour modifier les résultats de l’élection présidentielle et favoriser Trump sur Hillary Clinton), enquête toujours en cours.

Conclusion

Les actions décrites ci-dessus — et tant d’autres prises par Trump et qu’il n’est pas possible de relater dans cet article —indiquent bien que tout ce que fait l’actuel président américain n’est pas orienté en direction du peuple américain dans son ensemble — qu’ils soient républicains, démocrates, indépendants, ou autres —ou pour placer, comme il le prétend, «America First», mais plutôt pour servir son empire et celui de sa famille. Comme nous l’avons suggéré, le président américain n’est pas intéressé par la politique en soi.

Ce qui l’intéresse, c’est de prendre toutes les mesures en son pouvoir ayant pour objectif immédiat de libéraliser l’économie et l’entreprise et pour objectif final d’agrandir son empire et celui de sa famille. Comme nous l’avons vu, l’Organisation Trump n’a pas que des avoirs dans le territoire américain. Ces avoirs s’étendent à de nombreux pays, notamment l’Arabie Saoudite où le gendre de Trump, Jareed Kushner, a des biens et des liens très étroits avec le royaume.

Ces biens et ces liens sont si étroits que, dans l’affaire récente de l’assassinat de Jamal Khashoggi, le journaliste saoudien (et résident américain) travaillant pour le Washington Post, les observateurs pensent que la Maison-Blanche hésite à condamner l’Arabie Saoudite — qui est soupçonnée d’avoir orchestré l’assassinat du journaliste — précisément en raison de ces liens économiques étroits avec le régime en place en Arabie Saoudite, notamment les liens et les biens que Jareed Kushner a dans le royaume.

Par Arezki Ighemat

Ph.D en économie
Master of Francophone Literature (Purdue University, USA)



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