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Contribution

Résoudre la crise de l’enseignement en Algérie

02 juin 2021 à 10 h 00 min

L’enseignement supérieur doit être l’objectif principal de notre pays pour un meilleur avenir. Dans l’agenda 2030 des Nations unies, il est dit qu’ «aujourd’hui, plus que jamais dans l’histoire de l’humanité, la richesse et la pauvreté des nations dépendent de la qualité de l’enseignement supérieur.» L’enseignement cependant connaît une crise en Algérie.

Parler de crise nécessite deux conditions (Pauchant, Mittrof, 1995) : premièrement, le système doit être affecté dans son ensemble. Deuxièmement, les membres de la communauté sont dans l’obligation de reconnaître la fausseté d’une des suppositions de base. La certitude de la bonne qualité de l’enseignement reçu dans notre pays est devenue fausse.

Avant la Covid-19, l’université était déjà dans une situation difficile. En fait, ses déclins sont dus aux problèmes de démographie et de leurs conséquences dans un pays qui ne peut pas faire face. Sur les vingt dernières années, le nombre d’étudiants a été multiplié par plus de quatre, passant de 425 000 à plus de 1,7 million. Le ministre de l’Education a déclaré au début de l’année scolaire que le nombre d’élèves a augmenté de 3,8%. Cela fait 361 000 élèves en plus. Pour maintenir le cap, il faut construire 361 établissements scolaires de 1000 élèves chacun par année, soit un établissement par jour.

L’autre problème est une question de modernisation de l’enseignement. Il y a eu une révolution numérique depuis vingt ans et nous n’avons pas réagi. Toutes les écoles et universités du monde développé utilisent l’internet dans leurs enseignements sous une forme mixte avec des cours en ligne et en présentiel. Cette pédagogie innovante qui résulte d’une conception et d’une planification minutieuse des cours est inexistante chez nous.
Arrive la date fatidique de la fermeture des écoles et des universités du 12 mars 2020, comment pouvait-on assurer la continuité des cours sans une connexion internet adéquate, sans une généralisation de supports informatiques, sans contenus numériques et sans formation des enseignants à l’enseignement en ligne ?

Jusqu’à aujourd’hui, nos campus ne sont pas encore stabilisés.

Les cours ont donc été délivrés de manière non structurée dû à une urgence sans précédent. Ce qui a été mis en place, en réalité, c’est l’enseignement de crise, ce n’est pas de l’enseignement en ligne. Tous les auteurs sont unanimes pour affirmer qu’enseigner à distance en mode d’urgence est loin d’être suffisant pour permettre aux étudiants d’être suivis et d’apprendre correctement et aux universités d’assurer la continuité pédagogique (Lamrandeau, 2020), (Veyret, 2020), (Burns, 2020).

Il y a deux manières de gérer les crises : l’approche événementielle qui tend à réduire les conséquences avec une attitude attentiste et l’approche processuelle qui tend à initier un changement profond et qui demande une attitude proactive. La situation de crise dans ce cas est appréhendée comme une opportunité.

A titre d’exemple, nous évoquerons Winston Churchill qui disait : «Ne jamais laisser une bonne crise se perdre» et le travail d’Edgar Morin qui écrit « La crise est le moteur de l’innovation et de l’évolution» et « la crise est un révélateur de défauts et de nos erreurs qui étaient jusque-là cachés et un effecteur qui met en marche le changement» (Morin, 1976 ; 1994). Sur le plan de l’enseignement, nous devons utiliser cette situation pour rattraper notre retard. Autrement dit, c’est le moment de changer ou jamais.

La solution à la crise de l’enseignement

C’est d’abord traverser avec détermination cette période d’enseignement à distance d’urgence pour ensuite aller vers un enseignement à distance amélioré et finalement arriver à un enseignement hybride résilient (Quintana & De Vaney, 2020). En prévision de l’automne 2021-2022, nous pouvons commencer à passer à des stratégies d’enseignement d’urgence amélioré. Garder le même emploi du temps, quel que soit le mode d’enseignement est une nécessité. Chaque enseignant doit avoir au moins une version Power Point de son cours et envoyer à ses étudiants l’enregistrement fait en synchrone sur une plateforme de vidéoconférence.

Il faut maintenant définir ce qu’est un enseignement hybride résilient dans le domaine des technologies éducatives. La meilleure définition (Lebrun, Peltier, Peraya, Burton & Mancuso, 2014), est citée dans les rapports de la commission européenne.

Quand on parle de ce mode d’apprentissage, on fait allusion aux MOOC qui sont des enregistrements qui obéissent à des techniques pédagogiques précises (Khan, 2012). En contexte «l’Enseignement, la résilience en temps de crise et de changement veut dire que les enseignants sont prêts à faire face aux changements et disposent, en plus des contenus, des ressources nécessaires. Parmi celles-ci, il faut citer en premier l’adéquation de la technologie qui demande la disponibilité de connexions et de supports informatiques pour tous les étudiants et les enseignants.

Des efforts visant à répondre aux besoins des plus vulnérables doivent être prévus. L’autre nécessité est la préparation des enseignants qui demande des centres de soutien pédagogique mis à leur disposition dans chacune des facultés. Les comités pédagogiques de section doivent être particulièrement actifs pour vérifier que les enseignements à distance se déroulent normalement.

L’e-leaming nécessite surtout une stratégie de conduite du changement, ça veut dire évaluer les conditions de mise en œuvre du projet pour mieux préparer les enseignants et les étudiants à accepter la nouvelle forme d’apprentissage. En général, il y a lieu de changer leurs mentalités et les motiver. Il faut mettre l’accent sur la clarté de la communication en gardant le message cohérent et stimulant.

La pédagogie de l’enseignement à distance est très différente de la pédagogie en présentiel

L’ordinateur et l’Internet permettent à l’étudiant de comprendre et de combler ses lacunes plus rapidement.

Il y a près de trente-cinq ans, un président américain s’est dit choqué par les mauvais résultats obtenus par leurs élèves dans les examens internationaux. Il a mis alors en place une commission qui a conclu dans un rapport intitulé «Une nation en péril» que l’école américaine était à refaire et que le principe de base était très simple : « l’important, ce n’est pas ce que l’enseignant enseigne, l’important c’est ce que l’étudiant comprend». Que faut-il faire pour que l’étudiant comprenne ?

On a trouvé que si l’étudiant arrivait à acquérir cinq choses, ça voudra dire qu’il a compris. Ces cinq «acquis d’apprentissage» sont : la connaissance et la compréhension, l’application des connaissances et de la compréhension, la capacité de former un jugement, le savoir-faire en termes de communication et la capacité d’apprentissage en autonomie.

Seule une plateforme pédagogique (Leaming Management System, LMS) avec ses différents outils permet à l’étudiant d’acquérir ces apprentissages en un minimum de temps.

Il faut de plus dans la conception du cours numérique appliquer ce qu’on appelle la pédagogie de la maîtrise (PM) (Bloom, 1968) qui est une stratégie pédagogique reposant sur l’hypothèse que tout apprenant peut arriver à une maîtrise totale ou du moins 90% des notions et des opérations enseignées si on lui laisse suffisamment de temps et qu’on utilise des moyens adéquats. Mais est-il possible de faire comprendre tout le monde ? Il y a un Monsieur qui a eu un prix Nobel en 2000 sur ce sujet (Kandel, 2000).

IL a trouvé que l’apprentissage est une série de changements qui se produisent dans les cellules nerveuses composant notre cerveau. Quand impliquée, la cellule grossit. Un neurone « éduquée» développe de nouvelles terminaisons synaptiques. Le réseau de connexions et d’associations forme ce qu’on appelle la compréhension. Apprendre, c’ est collecter des informations, relier des idées et des souvenirs, exploiter l’apprentissage par association et identifier et combler ses lacunes. Apprendre, c’est aussi revoir le concept jusqu’à ce qu’on le comprenne et avoir un accès rapide et illimité aux leçons déjà étudiées et aux questions communément posées. Dans un MOOC, ces techniques sont programmées.

Le Centre National de Modernisation de la Formation (CNMF)

Les contenus doivent être produits par un centre national pour la sortie de crise de l’enseignement. L’école et l’université ne peuvent pas attendre que les enseignants produisent des cours numériques. Aucun enseignant n’a les aptitudes technologiques et audiovisuelles demandées pour le faire. La charge de travail étant importante, ces cours doivent être mutualisés, c’est-à-dire, produits par un groupe de personnes pour chaque module, pour servir les autres enseignants. Cette idée a vu un début de réalisation depuis près de quatre années. Nous avons produit tous les modules universitaires de tronc commun en sciences et technologie avec la contribution de près de deux cent enseignants. Tous les cours sont visibles gratuitement sur le site campus avicenne.dz.

Ce travail s’est réalisé dans le cadre du «projet Avicenne de l’USTHB », qui reste la seule entité à produire des cours à grande échelle avec la technologie de l’enseignement en ligne. La gratuité de l’enseignement étant une condition nécessaire pour les étudiants, un modèle économique susceptible d’apporter une pérennité à ce centre est nécessaire.

Plusieurs modèles juridiques adéquats sont possibles, à l’instar de ce qui est utilisé pour certaines plateformes en Europe, telles que les groupements d’Intérêt Public (GIP) issus de projets de recherche, qui ont des missions d’intérêt général et sont à but non lucratif. D’autres modèles possibles ont fait leurs preuves dans le monde à travers des partenariats publics-privés.

Les coûts de production sont très abordables, à titre d’exemple, tous les cours de l’Éducation Nationale peuvent être délivrés en moins d’un an au coût d’un masque par élève. Nous possédons la technologie et un dispositif mature et durable de production massive de cours, construisons dessus. «Que l’avenir ne soit plus ce qui va arriver, mais ce que nous allons en faire» (Henri Bergson).

 

Par le Pr   Taha Houssine Zerguini

Ancien recteur de l’Université des Sciences et Technologie de Bab Ezzouar (USTHB)


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