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mercredi, 14 novembre, 2018
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Dr Madani Azzeddine. Maître de conférences (HDR) en géographie et aménagement du territoire, expert en adaptation des villes aux changements climatiques et en politiques des transports

Quelle adaptation pour les changements climatiques en Algérie ?

05 octobre 2018 à 1 h 21 min

“Il faut s’attendre à plus de dégâts en l’absence d’un guide actualisé d’aménagement urbain des villes mis à la disposition des communes”

Les inondations continuent de montrer les faiblesses de nos villes à faire face à ces précipitations de quelques dizaines de minutes. Dans les différentes régions de l’Algérie, la situation est semblable puisque la nature des dégâts enregistrés est pratiquement la même. Depuis des années, nous parlons des changements climatiques, sans évoquer les mesures d’adaptation. Et comme nous le savons, entre changement climatique et adaptation c’est une grande différence.

Il est connu que l’adaptation aux changements climatiques doit passer par une stratégie nationale et des plans d’action. En Algérie, il est encore difficile de répondre à la question sur la présence de ces deux outils très importants. Et ce, pour la simple raison que l’accès à l’information n’est pas encore assuré.

Pour les chercheurs universitaires, il est difficile aujourd’hui de trouver l’information et les statistiques pour les traiter et proposer des solutions à des problèmes de la société. Donc, comment les experts universitaires peuvent-ils intervenir en Algérie pour aider à trouver les bonnes démarches à suivre pour assurer une bonne adaptation aux changements climatiques ?

Dans d’autres pays, les sites des départements ministériels diffusent la stratégie, les plans d’action ainsi que les bilans et reçoivent la réaction et l’avis de la population et des experts, et ce, dans le cadre d’une approche d’acceptabilité sociale.

Aujourd’hui, il est important de reconnaître que notre façon de penser, d’aménager et de développer la ville en Algérie est très loin de répondre aux normes universelles ; on doit aussi reconnaître que les travaux de l’amélioration du tissu urbain, de son aménagement ou toute intervention sur les tissus urbains de nos villes favorisent la survenue des inondations. On pourra dire clairement que nous consommons de l’argent dans ces actions pour détruire nos villes par nous-mêmes.

La cause principale à cette situation c’est qu’on intervient n’importe comment et loin des normes ; la cause, c’est aussi l’absence d’un guide d’aménagement urbain actualisé en Algérie et cette façon d’essayer de développer les villes dans un cadre d’urgence où tout se fait très rapidement sachant que les évaluations de la qualité des études ne prennent pas le temps nécessaire pour une bonne expertise en vue d’une validation.

En plus de cela, le vide flagrant en matière de formation continue et de mise à niveau du personnel technique public ou privé vient influer gravement sur la qualité des études techniques et des travaux de réalisation des différents projets à l’intérieur, ainsi qu’à l’extérieur des villes.

Un nouveau guide d’aménagement urbain pour les communes

Il faut reconnaître aussi qu’en Algérie les services techniques des communes ne disposent pas de cet outil actualisé qui les oblige à suivre les normes.

Aujourd’hui, le contrôle de la qualité des travaux d’amélioration urbaine et d’aménagement se font malheureusement sur estimation visuelle qui dépend simplement de la compétence de la personne chargée du suivi des travaux, alors qu’on réalité cette personne doit œuvrer sur la base du guide d’aménagement urbain actualisé.

Il est important ici de mettre la lumière sur ce guide d’aménagement que de nombreux pays au monde utilisent et actualisent à chaque fois que les chercheurs universitaires et les experts introduisent de nouvelles actions pour améliorer le cadre de vie des citoyens.

Ces dernières années, l’actualisation de ce guide s’effectuait pour introduire les actions de lutte contre les accidents de la circulation et prendre en compte l’accidentologie dans les villes ainsi que les inondations et l’adaptation des villes aux changements climatiques.

Ce guide prend en considération également la mobilité des personnes âgées. Avec plus de détails, ce guide prend en compte les normes des trottoirs, la chaussée, le mobilier urbain, l’évacuation des différents types d’eaux, les espaces verts, les aménagements liés à la mobilité ainsi que d’autres normes dont a besoin une ville pour assurer son fonctionnement.

L’actualisation du guide d’aménagement urbain sur la base d’adaptation aux changements climatiques nécessite l’implication des experts universitaires, lesquels doivent accompagner par la suite les services techniques des communes pour les former sur l’application sur terrain des dispositions du guide.

A titre d’exemple, l’inondation du métro d’Alger montre les faiblesses liées à l’aménagement des bouches d’entrée des stations de métro, des bouches non couvertes, alors que l’adaptation aux changements climatiques exige des bouches couvertes et même intégrées dans les immeubles, le modèle canadien convient le mieux pour contrecarrer ce genre de situation.

Il faut savoir que le réseau actuel des eaux usées et pluviales ne pourra pas répondre aux besoins de l’évacuation de ces types d’eaux puisque le dimensionnement des conduites reste loin de répondre à cette nouvelle forme de changement climatique qu’observe le monde entier.

Ce qui nous pousse à aller chercher des solutions ailleurs, loin du réseau puisqu’il est pratiquement très difficile, pour ne pas dire impossible d’agrandir le dimensionnement du réseau d’une ville en entier. En revanche, l’entretenir est une priorité.

Le dallage et le béton partout dans les espaces urbains des villes ne laissent aucune place pour que l’eau des pluies s’infiltre dans le sol, ce qui la dirige directement vers les habitations, les constructions, les ruelles et les routes. Dans ce cadre, il est nécessaire d’enlever ces dallages et ces revêtements des sols pour permettre à l’eau de s’infiltrer.

A cet effet, les trottoirs ou revêtements perméables sont efficaces pour le drainage de l’eau. L’expérience de la ville de Rotterdam (Pays-Bas) dans l’adaptation aux changements climatiques est un bon exemple à suivre et mérite une visualisation sur place pour les spécialistes des villes.

Les séparatifs en béton sur les autoroutes constituent aussi une grande erreur technique, lesquels bloquent l’eau dans la chaussée pour l’emprisonner et inonder les chaussées. Dans ce cadre, il est important de s’inspirer de l’expérience canadienne en matière d’aménagement des routes et des autoroutes, d’autant que ce pays est connu pour ses hivers très rudes et des précipitations très fréquentes.

Quelles mesures pour une bonne gestion des villes ?

La gestion de la ville concerne l’ensemble des départements ministériels puisque chacun à un angle d’intervention pour améliorer le cadre de vie des citoyens, lequel exige des recherches scientifiques très poussées pour la mise en place de nouvelles actions innovantes dans les différents horizons. Ainsi, les chercheurs universitaires et cadres supérieurs et moyens ainsi que les cadres techniques doivent travailler en étroite collaboration selon leurs compétences pour la réalisation des stratégies et des plans d’action.

Et pour que cela se réalise, il est aujourd’hui nécessaire que chaque ministère au sein du gouvernement se dote d’une direction de la recherche scientifique et d’innovation. Cette dernière doit comprendre en son sein des chercheurs universitaires très qualifiés, lesquels constituent et animent un réseau d’experts et chercheurs universitaires travaillant sur les champs d’intervention du département ministériel.

Ainsi, les chercheurs et experts trouvent l’espace où échanger sur les résultats des travaux de recherche et traitent entre autres les problématiques formulées par la direction de la recherche et de l’innovation. Des journées d’études, des séminaires et colloques organisés par cette direction seront l’occasion de rassembler ces chercheurs et experts pour exposer les solutions aux problèmes soulevés par le département ministériel.

Il est encore temps que les départements ministériels en Algérie optent aussi pour le recrutement de docteurs dans les différentes spécialités en qualité de professeurs et maîtres de conférences comme cela se fait dans de nombreux pays. Le recrutement se fait par voie de concours puisque certains docteurs préfèrent le travail de terrain que l’enseignement ou simplement la recherche scientifique.

Certains pays dans le monde utilisent cette méthode pour impliquer davantage les chercheurs universitaires et les experts dans les stratégies et les plans d’action pour le développement de leurs territoires.

Les départements ministériels doivent financer la recherche scientifique

Le financement des projets de recherche scientifique n’est pas une dépense mais un investissement. Dans de nombreux pays de par le monde, les départements ministériels subventionnent des projets de recherche et lancent des appels d’offres pour les chercheurs universitaires et les laboratoires de recherche pour trouver des solutions à des problèmes de leur secteur à travers des projets de recherches.

Dans ce cadre, il est nécessaire de revoir totalement les textes réglementaires dans ce cadre pour motiver les deux parties à travailler conjointement comme cela se fait dans de nombreux pays.

Pour conclure, je reviens sur l’importance de la création des directions de la recherche scientifique et de l’innovation dans les organigrammes de l’ensemble des départements ministériels, car sans cela on ne pourra jamais trouver des solutions scientifiques et novatrices qui peuvent faire face aux problèmes que rencontre la société algérienne.

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