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Quand un Franco-Algérien répond au président Macron (2e partie et fin)

13 octobre 2021 à 10 h 00 min

En réalité, le président Macron s’est laissé emporter par ses ambitions excessives et ses propos volatils qui révélaient, au grand jour, une analyse opportuniste et tronquée de l’Algérie, passé et présent. Il n’a pu obtenir ce qu’il voulait de l’Algérie et il en a été vexé, car le pouvoir algérien avait su résister habilement à ses diverses ambitions en Algérie.

La stratégie d’influence du Président Macron sur l’Algérie a été débusquée malgré lui par ses propos arrogants à l’égard de la nation algérienne, allant jusqu’à impliquer d’une manière outrageante la Turquie pour espérer se dédouaner de la tragédie coloniale française en Algérie.

6. La Turquie n’est pas responsable de la colonisation française en Algérie.

Le souhait du Président Macron de réaliser une production éditoriale portée par la France, en arabe et en berbère sur l’histoire entre la France et l’Algérie, pour contrer ce qu’il qualifie de «désinformation» et «une propagande» portée par les Turcs qui «réécrivent complètement l’histoire» est une supercherie grossière.
Qu’il ait un problème avec le Président Erdogan et avec la Turquie, c’est certain, mais c’est une affaire franco-turque. En quoi l’Algérie est-elle impliquée, si ce n’est par ses bonnes relations avec la Turquie. La présence ottomane en Algérie n’a rien de comparable à la présence coloniale française. En premier lieu, ce sont les Algériens qui ont fait appel à l’Empire ottoman pour leur protection, le contraire de la conquête française en Algérie qui s’est imposée par effraction en volant, violant et massacrant à grande échelle les populations locales. Certes les janissaires, cette milice prétorienne et le pouvoir de l’époque sous protection ottomane étaient autoritaires en Algérie, mais ils n’ont jamais commis de crimes contre l’humanité comme l’a fait la France en Algérie.

7. Le bilan médiocre du Président Macron sur l’Algérie

Sur la mémoire, le candidat Macron en 2017 avait fait un pas significatif en reconnaissant les crimes contre l’humanité et le devoir de repentance envers les victimes algériennes. Devenu Président, il développera une stratégie contraire facile à démasquer, concéder des éléments mineurs avec une politique de petits pas soutenus par des historiens politiques et ne rien concéder sur le principal, c’est-à-dire la reconnaissance réparation des crimes coloniaux. Son bilan est édifiant : pas de repentance, pas d’excuses, pas de restitution des archives, pas de nettoyage des sites nucléaires et chimiques pollués, pas d’indemnisation des victimes des effets nucléaires, pas de réparation si ce n’est quelques mesurettes pour masquer l’essentiel.

Aussi, je ne peux oublier que le Président Macron est l’instigateur de la loi sur le séparatisme supposé lutter contre l’entrisme communautariste ou finalement les musulmans et les Algériens en particulier sont encore un peu plus visés. Enfin, je constate que le Président Macron a cédé à certains lobbys en affirmant son engagement fort à considérer l’anti-sionisme comme une forme moderne de l’antisémitisme où les Franco-Algériens sont là encore en première ligne. L’Algérie dernier pays du front de la fermeté contre un des derniers Etats colonial de la planète, Israël qui se rapproche dangereusement avec son allié marocain de l’Algérie et où la France est silencieuse.

Pour toutes ces raisons, je suis convaincu qu’il est urgent que l’Algérie revoie en profondeur son analyse et sa relation avec sa diaspora, souvent malmenée des deux côtés, alors qu’elle peut être un puissant levier de rapprochement.

Sur l’économique, le Président Macron n’a toujours pas intégré que l’Algérie a besoin d’investissements directs et non de flux commerciaux limités à l’envoi de matières et produits manufacturés français en Algérie. Ce ne sont pas les déclarations triomphantes et déconnectées de la réalité économique de l’ambassadeur Gouyette sur l’état des investissements français en Algérie qui nous persuadera de l’existence d’un flux véritable de partenariats franco-algériens. Le cas Renault en Algérie et beaucoup d’autres prouvent la supercherie de ces investissements mirages matérialisés d’une manière scandaleuse par des taux d’intégrations quasi nuls.

8. Le Président Macron face aux harkis

Faut-il oublier les actes barbares de certains de ces supplétifs regroupés en commandos de choc faisant des ravages terribles à l’encontre des Algériens, jamais, en respect à la mémoire des chouhada, c’est pourquoi je suis choqué lorsque le Président Macron a déclaré le 20 septembre dernier au Palais de l’Elysée : «Aux combattants (harkis), je veux dire notre reconnaissance, nous n’oublierons pas. Je demande pardon, nous n’oublierons pas.»
Comment croire à la réconciliation des mémoires avec ce type de déclaration sans un mot pour les victimes algériennes, c’est un exercice de style que tout patriote algérien ne peut accepter. Le rapport de la France à ses harkis n’est pas uniquement un débat franco- français, mais renvoie toujours aux victimes algériennes.

9. Reconnaissance réparation pour tous, sauf pour les algériens

Le Président Macron entre en campagne électorale et toutes les stratégies sont actives, il sait désormais que le vote harki lui sera acquis avec cette future loi de reconnaissance et de réparation. La France aura finalement reconnu, amnistié ou réparé l’ensemble des acteurs ayant participé à la colonisation et à la guerre d’Algérie (rapatriés, militaires, activistes de l’Oas, harkis) sauf les principales victimes, les Algériens, qui ont subi dans leur chair la barbarie coloniale de 1830 à 1962, avec près d’un tiers de sa population décimée, avec des crimes contre l’humanité et des pratiques qui furent pires que celles du nazisme.
Ces Algériens à qui on ne daigne même pas aujourd’hui un pardon comme s’ils n’existaient pas. Le rapport Stora est une insulte aux Algériens quand on voit la tournure des choses avec le déni de la nation algérienne avant 1830, la tentative d’instrumentalisation du hirak et de l’armée algérienne, le refus de s’excuser et la réparation politique et financière des harkis en excluant les principales victimes algériennes.

10. L’idéologie française sur l’Algérie, considérez- nous vos égaux

L’idéologie française sur l’Algérie perdurera si la France n’assume pas la pleine reconnaissance de cette tragédie où les responsabilités sont unilatérales, imposant une réparation globale inéluctable. Réparer, c’est considérer l’autre, l’étranger, l’indigène, l’ennemi algérien d’hier comme son égal aujourd’hui. Tout le reste est tactique politicienne d’universitaires ambitieux, de journalistes, écrivains et de gouvernants opiniâtres qui tentent de duper les populations françaises et algériennes afin de continuer à alimenter un fonds de commerce mémoriel. Le couple Macron-Stora en est la plus sinistre illustration.

11. Si nous venions à mourir, défendez nos mémoires (Chahid Didouche Mourad)

La légitimité faible de nos gouvernants successifs en Algérie a souvent été instrumentalisée par la France pour neutraliser les revendications. L’absence de réponse officielle au rapport Stora en est là encore la plus sinistre illustration. Les instrumentalisations diverses où l’on tente de manipuler les faits, les chiffres et les conclusions ne sont possibles que parce que nous n’avons jamais pu élire réellement et démocratiquement nos gouvernants avec un grand projet pour l’Algérie sans complexe et approche victimaire à l’égard de la France.

Il faut aussi admettre aujourd’hui que les harkis ont obtenu ce que les Algériens n’ont su revendiquer, une triste réalité pour la mémoire de nos chouada.
Les slogans du hirak en référence à l’histoire coloniale mais aussi anti-française sont l’expression d’une conscience collective que la jeunesse algérienne souhaite s’approprier. Le drame de la neutralisation du hirak est aussi par prolongement le drame d’une mémoire imposée amnésique.
Conclusion

La nation algérienne une et indivisible est une réalité chez tous les Algériens avec cette histoire commune traversée de succès et de crises mais avec une constante, la fierté d’être Algérien en n’oubliant jamais la mémoire des chouada. L’histoire profonde dans chaque famille algérienne est traversée parce ce que nous appelons chez nous «El Assal» qui est un constituant ancestral, une forme de trajectoire historique, essentiel dans la construction de l’identité algérienne.

Je suis fier d’être Algérien, car j’ai une histoire, des ancêtres, une lignée, la mienne vient de très loin, bien avant la colonisation jusqu’à mon ancêtre Zyad Bel Ramez, qui avait combattu la conquête française en 1830. Toutes les familles algériennes portent précieusement cette «Assal» et n’a pas attendu la France coloniale pour exister dignement.

C’est pourquoi, les Algériens ne peuvent se voir offensés par des propos d’une rare violence, de surcroît par un Président de la République française en exercice.
Aujourd’hui, que faire ?, en tant que Franco-Algérien, je suis condamné à toujours être un fervent défenseur du rapprochement entre les peuples français et algérien.

Je suis aussi convaincu que le génie français existe aussi et qu’il peut triompher dans ces rapports sous tensions permanentes. Pour ces raisons, je veux bien croire, le Président Macron dans son souhait déclaré d’apaisement mais il devra l’illustrer par des actes concrets. Le premier sera de poursuivre sa démarche de reconnaissance et de réparation aux principales victimes de cette tragédie coloniale, ces victimes algériennes qui ne demandent rien, sinon une dignité retrouvée de leur passé avant, pendant et après la colonisation qu’on tente de leur nier pour construire enfin de véritables relations d’amitié entre la France et l’Algérie.

 

Par Pr  Seddik Larkèche

Professeur des universités, écrivain

*Auteur de l’ouvrage : Du poison algérien au génie d’une nation, lettre ouverte au président de la République algérienne (Editions ENA, Paris, 2021).
* Auteur de l’ouvrage : Réponse d’un Algérien au rapport Stora (Editions ENA, Paris, 2021).


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