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Réponse à l’article de Nacereddine Kazi Tani

«Panorama des ressources naturelles géologiques de l’Algérie»

12 août 2018 à 4 h 55 min

Dans le passage «…Elles (ressources hydriques) existent tant au Sahara qu’en Algérie du Nord. On ne discutera pas ici de celles présumées du Djurdjura afin de ne pas initier de polémique stérile.

Disons simplement que cette chaîne de montagnes que nous connaissons bien pour avoir cartographié un de ses segments dès 1965 en compagnie du regretté Téfiani et de M. Mégartsi, présente un des systèmes karstiques les plus remarquables avec des gouffres à plus de 1000 m de profondeur, c’est-à-dire que c’est un système où l’eau ne fait que circuler et s’évacuer par des exutoires situés en contrebas (sources, etc.) excluant pour cela toute accumulation en aquifère de grande ampleur tel qu’il a été décrit récemment.

En outre, la géologie structurale de la région telle qu’elle est décrite par J. Flandrin (1952) et la cohorte de chercheurs qui lui on succédé jusqu’à récemment ne permet pas d’envisager des réceptacles de type ‘‘flower-structures’’…» je suis directement visé ! Et, contrairement à ce qu’il écrit, la polémique est vraiment initiée ! Donc, voici ma réponse !

Cet article qui me rappelle un rapport de l’ancienne Sonarem, plein de chiffres, que l’auteur ne cite même pas ses sources, ce n’est pas étonnant, c’est son habitude. Quant à l’insinuation du réservoir du Djurdjura, il dénie tout simplement, sans aucun argument, car il ne peut pas en donner, il n’a jamais travaillé sur le Djurdjura. Il a dû faire des tours de géotourisme dans le Bouzegza avec feu Tefiani, qui n’a jamais terminé sa thèse sur cette région et encore moins fait une carte, ni géologique ni structurale. Alors que tous les élèves de Durand Delga, de la génération de Tefiani, ont terminé et soutenu leur thèse avec cartes publiées.

La base de l’existence structurale du réservoir perché du Djurdjura est la structure en fleur plongeante vers l’W, bordée au N par les schistes, au S par les flyschs et par-dessus dans la partie plongeante en profondeur par la molasse post tectonique éocène, spécifique à la Chaîne calcaire. Ces trois formations assurent l’étanchéité presque parfaite du réservoir aquifère.

En ajoutant à cette perfection de son étanchéité, le fait d’une faille normale importante, relève la Chaîne calcaire pour la faire affleurer dans les gorges de Tenia (ex-Palestro). Colmatant donc tout exutoire vers l’oued Isser, qui est à sec en été, preuve une fois de plus de la perfection de l’étanchéité. Alors que les sources en hauteur sur le flanc N coulent avec force toute l’année, comme celle de Tinzert à plus de 900 m d’altitude débite plus de 400 litres par seconde tout en alimentant deux centrales hydroélectriques depuis la période coloniale.

Cette structure en fleur je l’ai publiée, avec des collègues, en 1996 dans Geodynamica Acta, revue internationale spécialisée dans les chaînes alpines, où beaucoup de spécialistes alpins ont publié et y sont reviewers. Un lieu d’échanges où des articles importants se trouvent comme celui de Wildi (1983) qui avait fait le point de la Chaîne Tello-Rifaine, pour ne citer que ce géoscientiste. Et je ne parle pas de l’article que j’ai publié avec un collègue et ami dans Tectonophysics (1996), en anglais et donc il n’a pas pu le lire. Et de nouveau dans la série d’articles pour rendre hommage à Durand Delga en 2013.

Donc, pourquoi dans ces lieux d’échanges pour spécialistes et depuis toutes ces années n’a-t-il pas proposé un article pour présenter ses arguments contre cette structure en fleur ? Quant à Flandrin, bien sûr sa carte est excellente sous l’œil de 1952, car il n’y avait rien avant.

Cependant, l’essentiel est raté, pourtant frappant sur le terrain, c’est que les contacts entre les formations subverticales sont tous tectoniques, à quelques exceptions près, des formations qui se répètent, qui sont étirées d’W en E, diminuant d’épaisseur et se terminant en lame souvent vers l’E, au point que Coutelle (1982) dans sa thèse décrit de façon remarquable la terminaison d’une lame d’une unité «…on peut facilement suivre la diminution d’épaisseur des calcaires blancs, puis leur débitage en petits copeaux étonnamment alignés…» p. 319).

Malgré cela, il n’avait pas fait le saut pour évoquer une tectonique transcurrente, restant fermé dans la conception des charriages vers le Sud ou des rétrocharriages vers le Nord.

Pourtant ce sont des faits indéniables qui prouvent que nous sommes en présence de tectonique cisaillante verticale, le générateur des structures en fleur. Pour Kazi Tani, sa référence ce sont souvent les auteurs des années 30’, 40’ et 50’, il est vrai que leurs observations dans un pays à géologie très riche, ouverte en plein ciel, un vrai musée géologique, au point que leurs observations sont dans beaucoup de cas exemplaires et fort utiles de nos jours.

Mais, et un grand mais, le tout sous l’angle des géosciences de ce temps, c’est la vision géosynclinale et la tectonique nouvelle du courant de progrès de ce temps-là des allochtonistes et leurs nappes, contre les autochtonistes où rien ne se déplace. Les contacts anormaux subhorizontaux, souvent chevauchants, étaient devenus la mode au point qu’Alger organisa le Congrès international de géologie en 1952. Pas encore ces notions de tectonique transcurrente et de contacts subhorizontaux en faille normale. Et surtout la révolution de la tectonique des plaques qui ne fera son apparition qu’en 1962 avec Harry Hess.

Ce n’est pas assez pour changer les mentalités de beaucoup de géoscientifiques encore moulés par la théorie précédente du géosynclinal, lisez l’article de synthèse sur le Nord de l’Algérie de Durand Delga de 1969, pour en saisir toute la dimension.

C’est peut-être cet attachement à cette vision géologique, dépassée dans les années 1970, qui a fait que Kazi Tani, alors qu’il dirigeait pendant de longues années une «cohorte» de géoscientistes en étant chef du Département Exploration Nord de l’Algérie de Sonatrach, a pris pour pièges pétroliers classiques les «anticlinaux étroits» de l’Atlas saharien, qui sont plutôt des antiformes générées par des décro-chevauchements, relevant les couches de part et d’autre, simulant de faux anticlinaux. Aussi, il avait ordonné des forages en plein cœur dans ces structures, pour constater l’échec final.

Combien de forages inutiles ?

Quant à moi, je n’ai cessé depuis 1993 de proposer, à chaque fois que l’occasion se présentait, ce projet de recherche sur ce réservoir aquifère énorme du Djurdjura. Notre dernière proposition regroupant les Universités de Tizi Ouzou, de Constantine, de l’Institut de Recherche de PQWT en Chine et GASS se perd dans les dossiers bureaucratiques. Mais nous ne désespérons, car nous sommes encore à la recherche de sponsors privés ou publics, nationaux ou internationaux, pour le démarrer dans l’intérêt de la population de la vaste région tout autour du Djurdjura, de l’économie du pays et de la recherche-formation universitaire en Algérie.

 

Par le Dr Abdelkader Saâdallah

Géoscientifique

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