Non, ce n’est pas facile d’être une femme en Algérie | El Watan
toggle menu
lundi, 21 septembre, 2020
  • thumbnail of elwatan07092020





Non, ce n’est pas facile d’être une femme en Algérie

22 octobre 2019 à 9 h 13 min

L’émancipation des femmes en général et de la femme algérienne en particulier est une cause qui m’est très chère, je pense, objectivement, que le degré d’avancement d’une société est étroitement lié à la place qu’elle accorde aux femmes, une place dont le chemin pour y parvenir est tortueux, l’arrivée est éreintante et l’état des lieux est, je le dis, chaotique.

Depuis hier, certains internautes s’enflamment contre les déclarations d’une actrice algéro-française, qui milite d’où elle est pour la cause féminine algérienne, plus que n’importe quelle personne qui lui a manqué de respect ces derniers jours, et à ma grande déception, on retire «l’affaire» Souhila El Hachemi qui date d’une année.

On a attaqué Nadia Kaci parce qu’elle a osé dire «qu’elle ne supportait plus de vivre en Algérie en tant que femme», et ce, durant la décennie noire en plus, aujourd’hui, je dis haut et fort, et à qui veut bien l’entendre ou non, que très souvent je partage le sentiment de l’actrice, qu’elle soit instruite ou pas, voilée ou pas, travailleuse ou femme au foyer, citadine ou campagnarde, mariée ou célibataire, divorcée ou veuve, ayant fait le choix de fonder une famille ou non… La liste, hélas, n’est pas exhaustive ; la vie de la femme algérienne est très loin d’être un long fleuve tranquille.

La femme algérienne n’est pas épanouie ; dans la superbe du mot, j’entends de quel épanouissement on parle ? De quelle joie de vivre on parle ? De quelle liberté on parle ? En Algérie, la femme algérienne n’est ni respectée ni valorisée, ni aimée par ses frères, si elle ne porte pas le voile, elle aura droit à des leçons de «morale», que dis-je, à des rappels à l’ordre à chaque occasion qui se présente, on lui dira qu’elle n’est pas «mestoura», qu’elle provoque les hommes, que ses cheveux, sa peau, ses formes sont la cause des tremblements de terre et de tout ce qui pourrait lui arriver comme malheur ; si elle le porte, elle sera taxée d’arriérée et de soumise, si elle travaille, on lui reprochera de privilégier son métier à son mari, ses enfants et son foyer, si elle est femme au foyer, elle sera souvent rabaissée, si elle est divorcée ou même veuve, elle sera la proie de vicieux prédateurs, qui la prendront pour une proie facile… Si une femme réussit professionnellement, c’est sûrement parce qu’elle a eu une promotion canapé, si elle voyage pour son boulot ou participe à des conférences, fait des gardes, travaille tard, elle sera étiquetée de femme légère dont le mari est un «jayeh»… et j’en passe !

Non, il ne fait pas bon d’être une femme dans un pays quand une loi telle que le code de la famille actuel régit nos droits ; Non, il ne fait pas bon d’être une femme dans un pays où dans les tribunaux on oblige la fille mineure à se marier avec le voyou qui l’a violée (j’ai assisté plusieurs fois à ça dans les tribunaux) ; non, il ne fait pas bon de vivre dans un pays où on est taxées de catins parce qu’on fume ; non, il ne fait pas bon d’être une femme dans un pays où la polygamie existe et qui plus est est encouragée par une autre femme apocalyptique dans ses positions politiques ; non, il ne fait pas bon d’être une femme dans un pays où l’on doit supporter un mari violent ou volage pour… les enfants ou parce que ça ne se fait pas de déposer plainte contre lui, Lahchouma, voyons ! Non, il ne fait pas bon d’être une femme dans un pays où l’on a peur de son petit frère parce que c’est un «homme» ; non, il ne fait pas bon d’être une femme dans un pays où l’on est traitée de tous les noms par des illustres inconnus cachés derrière leur PC, atteints soudainement de chauvinisme primaire, comme ce fut le cas pour Nadia Kaci, ou Souhila El Hachemi, qui fut victime d’insultes pour sa tenue vestimentaire il y a une année de cela, faisant fi de son niveau intellectuel pour mieux se concentrer sur le niveau de son décolleté .

Ah, les femmes algériennes ont résisté au terrorisme, oui, j’en conviens fièrement, mais que l’on soit clair, et j’en appelle à un minimum d’honnêteté intellectuelle, et même humaine, les femmes de la ville étaient épargnées par la barbarie que l’on a vécue ; les plus horribles massacres ont eu lieu dans les petits villages, dans les douars, les faux barrages n’étaient jamais dressés sur les autoroutes, et quand cela se passait, les femmes de la ville ne partaient ni étudier ni travailler le lendemain.

Et ces femmes-là, les vraies victimes du terrorisme, quelqu’un veut en parler ? Qui veut parler de ces femmes violées par les terroristes qui se sont retrouvées jetées à la rue par leurs pères et leurs frères ; qui veut parler de ces femmes qui sont devenues prostituées à cause de cela ? Ou violées une autre fois par les employés des centres de jeunes filles où elles partaient se réfugier ? Qui veut parler de ces femmes dont on rejette le bébé né suite à un viol et qui est obligée de le déposer devant une mosquée, une cage d’escalier, ou même dans un sac poubelle pour être encore une fois insultée de tous les noms et d’avoir des
par milliers ? Qui veut parler de ces femmes dont on a mis le bébé au four sous ses yeux, pour la violer devant son mari ? Mais surtout, qui veut parler de la loi qui a pardonné aux responsables de tout cela, jetant encore plus l’opprobre sur elles, car elles n’ont même pas la valeur de victimes désormais, puisqu’on a pardonné à leurs bourreaux ?

Dois-je parler de la femme qui doit payer son mari violent, infidèle, ou irresponsable pour divorcer ? Dois-je parler de la miséreuse pension alimentaire qu’elle perçoit et de la façon dont elle est traitée une fois revenue chez ses parents ?

Des femmes au Sénat, des femmes à la télévision, des femmes au barreau, dans les blocs opératoires, presque dans tous les domaines il y en a, oui, mais à mon sens, ce n’est que de la poudre aux yeux face à la réalité sociétale que vit la femme algérienne, qui subit de jour en jour les affres des esprits étroits et renfermés, qui subit sans parfois même s’en rendre compte l’obscurantisme qui s’en prend à son statut et à son mode de vie, usant vicieusement de notre religion pour mieux la contraindre, pour mieux la cacher ou même la enfermer, et toujours à la confiner dans un rapport de soumission à l’homme.

 

Par  Soraya Benourine



S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!