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Mouvement citoyen : quelle forme de structuration ?

26 mars 2019 à 8 h 05 min

La situation économique et politique en Algérie interpelle nos chercheurs en sciences sociales pour revoir en profondeur leur appareil d’analyse concernant les évolutions de notre pays. En premier lieu, personne n’a prévu un sursaut d’une telle ampleur et d’une telle maturité.

Il nous rappelle la Révolution de Novembre, qui a été méticuleusement préparée au nez et à la barbe de la puissance coloniale, sans que son appareil sécuritaire détecte les minutieuses préparations qui ont eu lieu en amont de l’action.

On peut qualifier cette situation de «deuxième révolution», qui ira inéluctablement consacrer une IIe République plus en adéquation avec les valeurs et les attentes de notre peuple. Tout un chacun doit y contribuer, de façon à orienter les événements vers des issues salutaires, sans pour autant prétendre au leadership. Nous avons payé cher durant la Révolution et, en temps de paix, les prétentions de leadership des individus.

Il y a bien des menaces qui pèsent sur l’évolution du mouvement. Les expériences internationales sont riches en enseignements sur la dynamique des manifestations de ce genre. Nos historiens, nos sociologues et nos politologues sont outillés pour nous décrire les mécanismes en jeu et les moyens par lesquels différentes tendances essayent d’orienter les événements en leur faveur. Les premiers intéressés seraient les cercles qui avaient fait main basse sur le pouvoir et les ressources par le passé.

Ils vont agiter le spectres du vide politique, administratif et sécuritaire pour influer sur les périmètres de pouvoir et de ressources qu’ils sont en train de perdre. Pour certains, c’est une question de vie ou de mort. Ils pensent qu’en plus de perdre le pouvoir et les ressources, leur liberté et parfois leur vie leur semblent menacées. Alors, à toute action il y a une réaction. Ils vont réagir avec l’énergie du désespoir et essayeront des solutions ingénieuses pour récupérer le maximum de privilèges perdus.

Mais il y a beaucoup d’autres incertitudes

Les parties qui essayent de récupérer le maximum de pouvoir des nouveaux développements sont nombreuses. L’opposition avec sa diversité, des personnes et des institutions qui ont souffert le martyre durant les deux décennies, avec aussi ceux qui se sont compromis, ont bénéficié de largesses du pouvoir pour synchroniser leurs actions avec les exigences des autorités en place.

La plupart des analystes et activistes de tous bords, qui ont fait preuve d’une constance régulière dans leurs critiques des agissements du pouvoir, ou qui ont seulement écrit quelques lignes ou prononcé quelques phrases contre la manière de diriger le pays, se désignent comme d’anciens militants de la cause et réclament secrètement quelques parcelles de pouvoir.

Le vice le plus dangereux et le plus incontrôlé de l’être humain demeure la quête du pouvoir. Sans garde-fous efficaces, un être humain normal serait capable des pires atrocités pour s’en emparer. Bien sûr qu’il y a des personnes exceptionnelles qui n’idolâtrent en rien le pouvoir, l’exemple de Mandela est frappant. Mais la vaste majorité des êtres humains seraient capables d’exterminer des millions de leurs semblables pour le monopoliser.

Bien sûr que les personnes s’en défendent, en prétextant que le bien-être économique et social des citoyens ne peut se produire qu’à travers la saisie du pouvoir par eux-mêmes. Les autres, tous les autres, seraient incapables de produire pour la nation ce qu’ils vont eux-mêmes lui offrir. «L’enfer c’est les autres» disait Jean-Paul Sartre, c’est ce que pensent à voix basse, consciemment ou inconsciemment, les gens en quête de pouvoir.

Pour le moment, le degré de vigilance est à la hauteur des défis de l’heure. Mais la dynamique va évoluer et demander de nouvelles prises de position qui vont être de plus en plus compliquées. Il faut s’y préparer dès maintenant et mettre en place des mécanismes automatiques, des références qui vont inspirer les ripostes aux futurs défis. Sans référentiel écrit, on a davantage de chances de créer plus de divisions qu’il n’en faut et plus de désorganisation qu’il n’en faut. C’est ce qui a amené le FLN à organiser le Congrès de la Soummam pour rédiger une plateforme orientant les actions et les décisions, tout comme la Déclaration du 1er Novembre, afin que les revendications soient des plus claires.

Faut-il rédiger une plateforme ?

A cette étape de l’évolution historique du mouvement, on ne sent pas la nécessité de la rédaction des principes cardinaux qui doivent contribuer à éviter les dissensions et faire en sorte de trancher les différends qui ne manqueront pas de surgir. Anticiper pour mieux gérer les futures situations serait de loin meilleur que d’être dans l’expectative. Mieux encore, lorsqu’une décision s’impose, on a un référentiel pour orienter les choix. La plateforme ne va pas régler tous les problèmes ni éviter toutes les dissensions.

Mais elle a le mérite de rétrécir le périmètre des différences et de clarifier les positions de principe qui font presque consensus. Par exemple, spécifier que le but serait de créer une IIe République démocratique inclusive, consacrer la transparence dans les urnes comme ultime choix des dirigeants, la décentralisation, une allocation des ressources qui favorise l’effort avec une meilleure prise en charge sociale, consacrer l’équilibre régional, l’égalité d’opportunités, etc.

Nous sommes dans une période où les avis circulent à une vitesse incroyablement élevée. Il est important de respecter les idées de tous et de mettre en place les mécanismes pour en retenir les meilleurs afin de les affiner et les proposer pour exécution. Malgré le flot énorme d’idées qui fusent chaque jour et les difficultés à filtrer les plus méritoires, le jeu serait plus sain que de réprimer les voix dissidentes et ne laisser s’exprimer que les voix des officiels. Le facteur-clé du succès le plus important dans la réussite des entreprises et des pays serait la gestion de l’intelligence humaine : comment développer les cerveaux et s’organiser pour mettre à exécution les idées les plus appropriées.

De nos jours, une partie de l’éducation se fait par le Net, qui ne véhicule pas que des thèmes inappropriés. On apprend comment dans beaucoup de pays on dépouille le peuple de sa volonté et de ses ressources. Forcément, on devient plus mûr et on érige des exigences de plus en plus efficaces contre la spoliation du peuple de sa volonté et de ses ressources. Mais à mon avis, la rédaction d’une plateforme est plus que nécessaire.

Certes, ce n’est pas la seule alternative, il y en a d’autres. Mais chaque option a des mérites et des côtés négatifs. C’est en pesant le pour et le contre qu’on arrivera forcément à une position qui sera agréée par une vaste majorité d’acteurs, sans jamais prétendre à une unanimité.

 

Par Abdelhak Lamiri , Expert et consultant en économie

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