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Mohamed Hennad, politologue : Le branle-bas du référendum du 01/11/20

27 octobre 2020 à 15 h 38 min

Les développements en cours ne présagent rien de bon pour le pays. Il est triste de constater qu’il ne s’agit point d’une préparation plus ou moins acceptable à un rendez-vous électoral de cette importance mais bel et bien d’un forcing à la manière de l’ordre serré connu dans les casernes. La campagne pour le « oui » est conduite tambours battants, faisant feu de tout bois au point où même les zaouias ont été mises à contribution alors qu’elles ne sont nullement censées être de la partie ! Aucune voix dissonante n’est autorisée à s’exprimer face à un discours si vil et envahissant qu’il pousse au désespoir dans l’avenir du pays, au moins à court terme.

Le discours officiel, toujours relayé par les mêmes forces gravitant autour de lui, apparaît comme une simple incontinence verbale pour masquer le forcing. C’est à peine si l’on ne nous dit pas que l’Algérie se trouvera au lendemain du référendum du 1er novembre avec un nouveau fuseau horaire politique et un pays de toute beauté ! Les propos tenus sont si insipides qu’ils inspirent l’indignité. Certains propos rendent carrément choquants, notamment ceux qui attestent de la volonté du Pouvoir de faire main basse sur le Hirak comme si ce dernier était de son fait ! Ou encore ces propos prononcés par le président de la République lors de son entrevue avec le journaliste de New York Times au début de ce mois ou lors de sa dernière visite au Ministère de la défense nationale, médiatisée d’une manière théâtrale. Dans ladite entrevue, le président déclare que le pays se porte déjà très bien maintenant qu’il est devenu « libre et démocratique » et que « l’ancien système corrompu est fini !». Mais, M. Tebboune n’omet pas d’avertir, en même temps, que « le Hirak, lui aussi, est fini » ! Or rien n’est moins sûr, loin s’en faut !

N’est-ce pas choquant aussi d’entendre l’Algérie officielle proclamer que la nouvelle constitution « jettera les bases d’une nouvelle Algérie comme voulue par le Hirak », alors que cette Algérie-là est en train de se faire, précisément, sans ce Hirak, voire carrément contre lui ?!

Il faut dire que c’est depuis la toute première constitution du pays que l’on entend les mêmes propos sans que le « système FLN » ne change son bonhomme de chemin vers toujours plus de corruption. Il n’a jamais été question, donc, de constitution mais de non respect de celle-ci par ceux-là même qui l’ont imposée au peuple.

Par ailleurs, qui de nous ne se souvient pas de cette vidéo où M. Tebboune, alors ministre, répondait à une question du journaliste Khaled Drareni, aujourd’hui emprisonné, concernant son opinion au sujet du projet de la nouvelle constitution de 2016 ? Dans cette interview, M. Tebboune affirme que la nouvelle constitution serait la dernière étape dans le processus de démocratisation que le président Bouteflika avait entamé « crescendo »! Pour lui, la nouvelle constitution « fera de l’Algérie un vrai pays démocratique » dit-il ! Et il finit par cette éloge fort éloquente : «…Personnellement, je ne pense pas que je puisse avoir une vision meilleure (c’est nous qui soulignons) que celle du président de la République ». Pourquoi, donc, tiendrait-il tant à modifier une constitution qu’il avait déjà encensée ?

De toute évidence, le pays ne donne guère l’impression de vouloir une nouvelle constitution, bien au contraire ! Pour le moment, il semble se suffire amplement de celle en vigueur datant de quatre ans seulement. Le Hirak lui-même n’a jamais revendiqué une constitution pour en lui faire une mais la simple application des articles 7 et 8. Or, aujourd’hui le système le lui en impose une (à l’emporte-pièce, de surcroit !) à travers un référendum dont le résultat est d’ores et déjà connu. Car il faut toujours garder à l’esprit que les référendums, dans un pays comme le nôtre, servent toujours de simples plébiscites au régime de gouvernance en place. Que les citoyens aillent voter ou non importe peu ! Que la majorité vote pour, c’est bien. Mais si elle vote contre, ce n’est pas à elle de décider du sort de la consultation ! L’expérience le confirme à chaque fois.

Par ailleurs, un malheur est en train de se produire dans notre pays deux ans presque après le Hirak. Il s’agit du retour des partis de l’ancienne « alliance présidentielle » sur la scène politique !

Le retour de ces partis est justement un signal fort du « changement dans la continuité » après que le « système » ait pu reprendre l’initiative, notamment à la faveur du corona qui a obligé le Hirak de surseoir à ses marches. Aujourd’hui, ce retour nous rappelle un événement que l’on n’oubliera jamais. Celui de cette rencontre cauchemardesque que la issaba a organisée à la Coupole, en février 2019, pour fêter, à la manière de gens drogués, « l’acceptation » de leur candidat chéri de rempiler pour un cinquième mandat.

Encore une fois, ce sont ces mêmes partis qui font front commun derrière les maîtres du moment pour soutenir la feuille de route de sauvetage du système imposée par le haut commandement des forces armées déjà au temps de l’ancien chef d’état-major, A. Gaïd Salah.

À vrai dire, on s’y attendait, puisque le renoncement de Bouteflika à candidater pour un cinquième mandat, puis sa démission forcée sous la pression du Hirak ne signifiait point le « dégagement » du système. Pour que ce dégagement pût avoir lieu, il eut fallut qu’il se fît à l’extérieur du système et non pas en son sein à travers la reprise en main du haut commandement des forces armées. Aussi, nous courons le risque de voir nos espérances se dissiper quand nous apprendrons que toute l’affaire n’aura été qu’un jeu de chaises musicales qui aura permis à un nouveau clan de remplacer l’ancien, honni par la population. C’est le propre de tout système de gouvernance corrompu lequel ne peut survive que grâce à la lutte des clans, quitte à devoir essayer de faire un peu plus de forme dans la gestion du pays.

Il faut le dire haut et fort, les tenants du pouvoir actuels sont en train d’ôter tout espoir à leurs concitoyens et tout amour du pays de leur cœur. Sans doute, ils ne se rendent-ils pas compte qu’ils sont en train de détruire le pays en faisant fuir sa jeunesse au péril de leur vie et en obligeant ses élites à l’exil interne.

Le vrai problème de l’Algérie est dû au fait que ceux qui sont à la tête de l’État continuent de nier qu’il y a une profonde crise de confiance à leur égard, voire à l’égard de l’État en tant qu’institution. Toutes les mesures politiques qu’ils ont prises depuis la démission de l’ancien président vont à l’encontre de l’instauration de cette confiance sans laquelle rien ne saurait être accompli.

Enfin, puisque le forcing actuel ne sera, de toute évidence, qu’une énième perte de temps coûteuse pour le pays, la sagesse et l’amour supposé du pays auraient recommandé l’ouverture d’une série de négociations-concertations pour une sortie de crise qui serait honorable pour tout le monde et salutaire pour le pays ? Il faut que nos politiciens réalisent que les choses ont profondément changé et que le peuple est aujourd’hui plus conscient et plus exigeant parce qu’il voit tout ce qui se passe ailleurs. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir les critiques et les railleries dont notre personnel politique fait l’objet à chaque occasion.


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