Manifeste pour une Algérie laïque, démocratique et républicaine | El Watan
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lundi, 30 novembre, 2020
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Manifeste pour une Algérie laïque, démocratique et républicaine

31 octobre 2020 à 10 h 00 min

Le mouvement citoyen du 22 février 2019 a marqué un grand tournant dans l’histoire de notre pays. Grâce à cette mobilisation historique, notre dignité collective a été retrouvée. Notre parole s’est libérée à nouveau. Nous nous sommes remis en mouvement.

A rêver et à espérer des jours meilleurs pour nos enfants. Cette nouvelle dynamique populaire a précipité la chute du président Bouteflika et de son entourage immédiat. Malgré cette accélération de l’histoire, l’essentiel reste encore à accomplir.

La crise qui frappe notre pays est sans précédent. Le blocage que nous vivons n’est pas conjoncturel mais structurel. Remplacer une équipe par une autre ne garantit en rien l’émergence d’un horizon fécond.

Le pouvoir actuel a beau faire semblant de se renouveler, il ne représente qu’un vestige du passé. En effet, l’Etat tel qu’il a été créé dans la foulée du mouvement de libération nationale a épuisé toutes ses possibilités et atteint ses limites.

Il s’agit, dès lors, de redéfinir les fondements d’un nouveau contrat social. Tel est le principal défi à relever. Quel Etat voulons-nous pour quelle société ?

Certes, depuis le 22 février 2019, de grands pas ont été franchis. L’espoir du changement court sur toutes les lèvres et notre unité nationale s’est consolidée sur l’ensemble du territoire autour de la volonté de rupture
radicale avec le système et le rejet de la violence.

L’emblème amazigh a acquis une légitimité nationale, ressoudant ainsi notre nation dans sa pluralité culturelle et linguistique. Dans une synergie exceptionnelle, le mouvement citoyen a agrégé plusieurs générations et compte dans ses rangs aussi bien des femmes que des jeunes.

La mobilisation a déferlé dans les diasporas, en Europe et dans les Amériques, donnant au mouvement
une dimension internationale.

Si le mouvement donne l’impression aujourd’hui de faire du surplace, c’est en raison d’un écueil majeur.
Évidemment, la pandémie freine momentanément le cours du mouvement mais le problème est ailleurs.

L’islam politique n’a pas renoncé à son projet d’islamisation de l’Etat et de la société. Il a simplement changé de stratégie. Face à ses ambitions inavouées, les démocrates sont divisés. Certains d’entre eux souhaitent sa banalisation et ont pris l’initiative de créer les conditions de sa participation à la transition.

Or, l’existence même de cette mouvance, loin d’être «normale», représente une menace permanente pour la stabilité et le bien-être de notre nation. Si l’islamisme n’a jamais demandé pardon pour les crimes dont il s’est rendu coupable durant les dernières décennies, c’est parce qu’il considère que «sa» violence est une violence légitime dès lors qu’elle revêt un habillage religieux.

Dans ces conditions, envisager une transition démocratique et pacifique passe nécessairement par une double rupture : rupture avec le système rentier et rupture avec l’islam politique. Nous, citoyennes et citoyens laïques, militant pour la double rupture, partageons dans ce Manifeste sept propositions pour créer les conditions d’une transition pacifique et démocratique.

Nous appelons nos concitoyennes et
concitoyens à se mobiliser en faveur
d’une Algérie laïque, démocratique
et républicaine.

PROCLAMER LE CARACTÈRE  LAÏQUE DE L’ÉTAT : SÉPARER LES SPHÈRES POLITIQUE ET RELIGIEUSE

Nous, citoyennes et citoyens
laïques, militant pour la double
rupture, réaffirmons avec force
notre attachement à la laïcité : principe
humaniste de séparation du
temporel et du spirituel. Le politique
et le religieux appartiennent
à des sphères distinctes, qui répondent
chacune à des impératifs
différents. Leur dissociation et la
reconnaissance de leur autonomie
est une donnée fondamentale de la
modernité qui permet l’émancipation
de l’individu, l’émergence de
la citoyenneté et la reconnaissance
de la souveraineté populaire. Le
caractère laïque de l’Etat algérien
doit être clairement défini dans la
Constitution. Par conséquent, la
disposition qui stipule que «L’islam
est la religion de l’Etat» doit être
abrogée dans la Constitution. Il
convient de préciser que la laïcité
n’est pas une guerre contre les religions
mais un principe humaniste
qui garantit le respect absolu de la
personne humaine, affirme l’égalité
de toutes et tous devant la loi et
assure à chacun la liberté d’adhérer
aux idées, convictions ou croyances
de son choix. Dans un Etat laïque,
les religions sont une affaire privée.
Les partis politiques fondés sur cette
base sont voués à disparaître puisque
la religion n’a pas vocation à servir
les desseins politiques et idéologiques
d’une mouvance singulière
quelle qu’elle soit.

ABROGER LE CODE DE LA FAMILLE ET GARANTIR L’INDÉPENDANCE DE LA JUSTICE

Nous, citoyennes et citoyens
laïques, militant pour la double
rupture, exigeons l’abrogation du
code de la famille et l’instauration
de lois égalitaires entre les femmes
et les hommes. La promulgation en
1984 de ce code, gage du pouvoir
aux islamistes, s’est faite en violation
de la Constitution qui prône
l’égalité entre les hommes et les
femmes. L’Algérie, qui a ratifié la
Convention sur l’élimination de
toutes les formes de discrimination
à l’égard des femmes (CEDAW) en
1996, doit adhérer pleinement à ce
traité international et lever toutes ses
réserves. Dans un Etat laïque et démocratique,
la seule source du droit
est la loi positive et non les canons
religieux, la séparation des pouvoirs
(législatif, exécutif, judiciaire) est
consacrée et l’indépendance de la
justice est respectée.

GARANTIR LA PRIMAUTÉ DU POLITIQUE SUR LE MILITAIRE

Nous, citoyennes et citoyens
laïques, militant pour la double
rupture, dans la continuité de l’esprit
de la Soummam, faisons nôtre
le principe de la primauté du politique
sur le militaire. Le militaire
n’a pas vocation de se substituer
au politique, ni d’interférer dans
la gestion des affaires de l’Etat. Si
l’ANP ne peut se mettre au service
d’un groupe particulier, sa mission
essentielle est de protéger le pays, de
veiller à son unité, et de préserver le
caractère républicain de l’Etat.

ÉMANCIPER L’INDIVIDU PAR LE BIAIS DE L’ÉDUCATION ET DE LA CULTURE

Nous, citoyennes et citoyens
laïques, militant pour la double
rupture, célébrons la raison, la
pensée critique, la science ainsi
que la culture. L’école est la fabrication
du futur. C’est pourquoi,
l’Algérie doit oeuvrer pour une école
du savoir et de la rationalité, une
école émancipatrice, creuset du citoyen,
qui refuse les tutelles autoritaires
et l’endoctrinement par l’épanouissement
de la pensée critique.
Elle doit assumer aussi le caractère
pluriel et plurimillénaire de l’identité
algérienne. L’Histoire doit être
repensée sur une base scientifique
pour lui permettre de jouer pleinement
son rôle dans le cadre du
débat démocratique. La place accordée
aux langues populaires mérite
une reconsidération totale. Dans un
monde de plus en plus complexe,
le meilleur gage de réussite est une
éducation de qualité et une intégration
de la culture dans les apprentissages.
Or, l’école algérienne est
sinistrée. Si toutes les tentatives de
réformes ont échoué, c’est en raison
de son instrumentalisation éhontée
par les islamo-conservateurs. Nos
enfants ne doivent plus être les
otages de ces luttes stériles. L’école
tout comme l’université doivent préparer
l’individu à distinguer entre ce
qui relève de la croyance et ce qui est
de l’ordre du savoir.

RESPECTER LA LIBERTÉ D’EXPRESSION, LA LIBERTÉ DE LAPRESSE ET L’UNIVERSALITÉ DES DROITS HUMAINS

Nous, citoyennes et citoyens
laïques, militant pour la double
rupture, sommes convaincus que
la libre expression des idées est
nécessaire tout autant que la liberté
de la presse et la liberté
d’association. Ces libertés chèrement
acquises grâce aux luttes
menées par notre peuple depuis
l’indépendance doivent être protégées
et consolidées. Or, aujourd’hui,
une terrible menace pèse à l’endroit
des militantes et militants engagés
dans le mouvement citoyen et des
journalistes sont emprisonnés pour
le simple fait d’avoir exercé leur
métier. Nous exigeons la libération
immédiate des journalistes et de tous
les détenus d’opinion.

INSCRIRE L’ÉCONOMIE DANS UNE PERSPECTIVE PRODUCTIVE EN CASSANT LES CIRCUITS DE LA RENTE, EN COMBATTANT LA CORRUPTION ET EN CONSOLIDANT LE SERVICE PUBLIC

L’usage quasi exclusif des revenus
des hydrocarbures à des fins de
consommation a dévitalisé le pays
et hypothéqué son avenir. Ce qui,
conjugué aux effets du terrorisme
islamiste, a conduit de nombreux
diplômés à l’exil et poussé les jeunes
à la harga. Nous, citoyennes et
citoyens laïques, militant pour la
double rupture, considérons qu’il
est impératif de refonder l’économie
sur une base radicalement
nouvelle pour en faire un véritable
levier de développement du pays
par la production de richesses
matérielles, pour résorber la plaie
du chômage et oeuvrer à la justice
sociale. Un système articulé de façon
aussi suicidaire à la rente pétrolière
et dont le point aveugle est l’économie
productive, ne peut pas libérer
les énergies nécessaires pour assurer
l’essor du pays.

CONSOLIDER LA PLACE DE L’ALGÉRIE DANS LE MONDE

Le contexte international dans lequel
évolue l’Algérie est délétère. Les
agressions militaires des Etats-Unis,
de certains pays européens contre
la Syrie et l’Irak et celles dirigées
contre la Libye ont fragilisé gravement
les assises des Etats-nations du
Moyen-Orient et d’Afrique du Nord.
A cela s’ajoutent les rivalités et les
interférences de la Turquie, de l’Arabie
Saoudite, du Qatar, des Emirats
arabes unis et de l’Iran. Par ailleurs,
les manœuvres turques en Méditerranée,
l’instabilité politique en Tunisie,
l’effondrement de l’Etat libyen et
la crise au Mali rendent difficile la
gestion des frontières de notre pays,
surtout, qu’il demeure une cible
privilégiée du terrorisme islamiste
international. Face à une telle situation
géopolitique, nous, citoyennes
et citoyens laïques, militant pour
la double rupture, plaidons pour
la souveraineté politique et économique
de notre pays et exhortons
notre peuple à demeurer vigilant
et mobilisé pour déjouer toute tentative
d’immixtion étrangère dans
les affaires intérieures de l’Algérie
et toute visée de mainmise ou de
démembrement de son territoire
national.

 

 

PREMIERS SIGNATAIRES

Kamel Amari, enseignant
et journaliste ; Mohand
Abdelli. Ingénieur
retraité ; Ait-Tahar
Rachida, enseignante ;
Kamel Bencheikh,
poète, romancier et
chroniqueur ; Djemila
Benhabib, politologue
et écrivaine ; Miloud
Bouchenafa, militant
laïque ; Mansour Brouri,
professeur de médecine,
Jeanine Caraguel,
universitaire, Ferid R.
Chikhi, conférencier et
formateur ; Lalia Ducos,
militante associative ;
Féve Amel, ingénieure ;
Marieme Hélie-Lucas,
sociologue ; Sophia
Hocini, autrice et
militante pour les droits
humains ; Mohamed
Kacimi, écrivain et
dramaturge ; Yasmina
Kebir, militante laïque,
Redouane Khriss,
ingénieur retraité ; Lazhari
Labter, écrivain et poète ;
Leila Lesbet, enseignante ;
Boualem Sansal, écrivain,
Abdellatif Tadjeddine,
enseignant ; Hamid
Zanaz, essayiste ;
Ali Kaidi, docteur en
philosophie, Rabah
Rabah, professeur de
mathématiques ; Slimani
Hassan, informaticien ;
Nacera Zergane,
conseillère financière.

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