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L’exploitation des ressources naturelles : Entre indépendance, souveraineté et droit d’ingérence

04 mars 2020 à 9 h 30 min

«Notre maison brûle littéralement. L’Amazonie, le poumon de notre planète, qui produit 20% de notre oxygène, est en feu. C’est une crise internationale ; membres du G7, rendez-vous dans deux jours pour en parler.»

C’est le message que le président Emmanuel Macron a adressé aux dirigeants du G7 deux jours avant la réunion du 24 août 2019. Ce message qui fait écho au tweet, en date du 16/08/2019, plus radical de Jacques Attali «la forêt amazonienne n’appartient au Brésil que s’il en fait bon usage, dans l’intérêt des générations futures de Brésiliens et des autres habitants, humains ou non, de la planète. Et ce n’est pas le cas.

Cela devrait être le sujet majeur du prochain G7», a naturellement fait réagir dans la précipitation et de manière maladroite le président brésilien Bolsanero, ce dernier, allant jusqu’à entretenir une polémique inutile, alors que le sujet est bien plus profond et renvoie à des concepts autrement plus sérieux de souveraineté et d’indépendance des Etats.

Ce message est quelque peu truffé d’imprécisions puisque, selon les spécialistes des questions climatiques et environnementales, le véritable poumon de la planète, ce sont les océans et les mers ; l’Amazonie en tant que telle, lorsque son apport en oxygène n’est pas neutre, il est estimé à quelques pour cents. De même que les surfaces touchées par les incendies volontaires semblent beaucoup moins importantes que ce qui est laissé entendre par le post.

Mais là n’est véritablement pas la question, car on peut comprendre que pour que la portée du message soit suffisamment forte, il faille en exagérer l’ampleur et grossir l’image pour choquer et donc mieux sensibiliser face aux dangers réels des dérèglements climatiques. C’est, disons-le, «un mal pour un bien».

Cet appel à l’internationalisation et à l’implication de la communauté internationale sur des questions climatiques localisées, avec à l’appui des ONG, des représentants des populations autochtones, une couverture médiatique et des relais multiformes, présenté sous la forme d’aide à la lutte contre les incendies, devrait nous interpeller sur nos choix stratégiques vis-à-vis notamment des ressources naturelles disponibles et exploitables encore aujourd’hui, mais qui pour des raisons qui pourraient être rattachées à la protection de l’environnement et/ou de préservation de ressources rares, car qualifiées comme étant des réserves de la planète, pourraient, dans le futur, faire l’objet de moratoire et donc de limitation, voire carrément d’interdiction de leur exploitation.

EXPLOITATION DES RESSOURCES NATURELLES

Nous faisons ici référence :

– Au pétrole et au gaz conventionnel

– Au gaz de schiste, objet en ce moment dans notre pays de débats passionnés et dont, selon les différentes publications, l’Algérie détiendrait parmi les plus importantes réserves (3e réserve mondiale, selon l’Alnaft, source NAPEC, 10 au 11 mars 2019). D’autres sources évoquent des réserves estimées à 700 TCF, soit l’équivalent de 20 000 milliards de mètres cubes, soit 5 fois les réserves actuelles. Tous ces chiffres qui ressortent d’estimations établies par des organismes étrangers restent toutefois à vérifier.

– Aux réserves en eau de l’Albien estimées à

50 000 milliards de mètres cubes (à confirmer).

Aujourd’hui, notre pays fait face à une grave crise économique aux conséquences non mesurables et qui requiert des réformes de fond couplées à une stratégie de reconstruction basée sur les atouts et avantages comparatifs avérés, le tout, dans un contexte régional instable.
Quelle que soit la stratégie retenue, il faudrait mobiliser des ressources financières importantes pour soutenir l’effort de redressement, dans un contexte interne défavorable (baisse des réserves de change, non attractivité des IDE, déséquilibres de la balance des paiements, baisse des réserves de pétrole et gaz conventionnel, baisse de la production, élévation des coûts de production, augmentation de la consommation interne, dépendance alimentaire, (…) absence de confiance et méfiance entre gouvernés/gouvernants et très grande attente de la population), et par ailleurs de ralentissement de l’économie mondiale.

RESSOURCES FOSSILES (Conventionnelles et non conventionnelles)

Outre l’endettement extérieur pour des projets économiques dont la rentabilité est avérée, et encore à quelles conditionnalités et contraintes, l’absence d’alternatives financières immédiates, ou même à moyen terme qui proviendraient de la chimérique diversification des exportations, doit conduire à l’élargissement de la réflexion et à l’exploration d’autres pistes probantes, potentiellement génératrices de ressources financières.

A cet égard, même si très peu de découvertes économiquement exploitables ont été enregistrées ces dernières années, il faut gager sur le fait que l’adoption de la nouvelle loi sur les hydrocarbures sera de nature à attirer des compagnies étrangères maîtrisant le know how et les dernières technologies dans le cadre de partenariat dans l’exploration et l’exploitation avec Sonatrach, ce qui permettra d’accroître le niveau des découvertes, synonyme d’élévation des réserves, d’améliorer le taux de récupération et d’élever la production.

La réflexion doit aussi s’étendre aux ressources non conventionnelles pour le moment venu, c’est-à-dire lorsque les conditions optimales de gouvernance, de sécurité, de vigilance et de protection de l’homme et de l’environnement et de rentabilité seront réunies, procéder à leur exploitation, en complément aux ressources conventionnelles et à celles solaires, ces dernières devant revêtir une absolue priorité.

ÉNERGIE SOLAIRE

En effet, l’Algérie, qui se trouve située à l’épicentre du pôle solaire de la configuration énergétique mondiale, ce qui confirme son formidable potentiel solaire, objet d’intérêt et pour lequel des projections avaient déjà été établies (Desertec,…), tarde malheureusement à définir une stratégie claire, à afficher ses prétentions et à s’arrimer véritablement au lot des pays fortement engagés dans le développement du solaire.
Notre pays gagnerait à mettre les bouchées doubles et afficher plus de dynamisme pour promouvoir l’investissement dans le solaire, photovoltaïque notamment.

Il faut voir grand et ambitionner de construire un réseau géant à même de capter l’intérêt des majors du secteur (par exemple, la Chine dans le cadre de l’OBOR et son projet de réseau électrique intercontinental, mais aussi l’Europe, les USA,…) et attirer des investisseurs, pour exploiter en commun et fournir de l’électricité au marché local, et ainsi préserver le gaz et le réserver à l’export, et alimenter en électricité les pays voisins, notamment ceux du Sud.

Il faut comprendre que de la même manière que pour le pétrole et l’eau, l’électricité est un levier de développement, particulièrement pour les régions du Sud (route électrique = mise en valeur, occupation et aménagement du territoire développement) et, par ailleurs, un vecteur d’influence par excellence à l’international.

A cet égard, l’approche ne doit pas seulement résider dans le taux d’intégration, mais plutôt dans la courbe d’apprentissage et de maîtrise des métiers, ou de l’ingénierie inversée, qui pourrait être mise en place. Les exemples de l’Arabie Saoudite ou de l’Afrique du Sud en solaire photovoltaïque nous montrent que les taux d’intégration locaux ont évolué de 0% pour les premières installations, jusqu’à atteindre 50 à 60% au fil du temps.

C’est cette courbe d’apprentissage et d’expérience qui est essentielle et qui montre la capacité d’appropriation d’une industrie locale par rapport à une innovation exogène qui s’impose.

INVESTIR DANS LE PÉTROLE POUR SORTIR DU PÉTROLE

Enfin, dans l’état actuel de l’économie du pays, il faut se rendre à l’évidence et comprendre qu’il n’y a pas d’autre alternative sérieuse que de continuer encore pour au moins les 10 à 15 années à venir, à investir massivement dans le pétrole, pour générer les ressources financières indispensables à la construction d’une économie alternative génératrice de revenus suffisants, qui permettrait de sortir du pétrole.

Ce n’est certes pas la solution idéale, mais a-t-on d’autres solutions, aux côtés de celle du solaire, pour faire face à nos besoins en énergie et produire de l’électricité (98% de notre électricité provient du gaz), dégager des excédents pour l’export et ainsi disposer de ressources financières indispensables au fonctionnement du pays ainsi qu’à toute velléité de relance.

Aujourd’hui, l’idée même du recours aux énergies fossiles non conventionnelles (schisteux) relève d’un sujet tabou, tellement mobilisateur dans la société que même les spécialistes hésitent à aborder ou à prendre position. Force est de constater que ce sujet très sensible, agité périodiquement, souvent pour des considérations politiques, est la noblesse de la cause écologique aidant, porté par des associations et de simples citoyens sincères, mais très peu ou insuffisamment au fait des tenants et aboutissants de la question.

Le gaz de schiste gagnerait à être véritablement pris à bras-le-corps par les spécialistes des questions énergétiques : les géologues, les experts en économie pétrolière et en stratégie prospective (…) pour en vulgariser le concept, donner une information juste sur les techniques d’exploitation, les risques sur l’homme et l’environnement, les avancées technologiques, les ressources disponibles, les expériences par ailleurs, et ainsi éviter toute manipulation et amalgames dommageables à notre pays.

Au vu des débats passionnés que ces sujets drainent, il est recommandé que les nouvelles institutions qui ressortiront après le référendum sur la Constitution (Parlement, gouvernement, Conseil de l’énergie,…), Sonatrach, les experts…, se penchent et se prononcent sur cette alternative, loin de toute surenchère politique et dans un contexte serein et apaisé, pour voir les conditions d’intégration de ces ressources, aux côtés de celles du solaire et des autres ressources conventionnelles, dans le cadre d’une véritable stratégie de développement à long terme (développement économique, sécurité énergétique, sécurité alimentaire…).

Il serait néanmoins réducteur de considérer le sujet sur la base de ses seuls aspects techniques, tant son impact requiert une approche multidimensionnelle et des arbitrages géo-écolo-politico-économiques d’ensemble, sur le long terme, c’est-à-dire à l’horizon 2050.

A défaut de le faire maintenant, il est à craindre que les avancées technologiques, notamment le développement conséquent des énergies renouvelables, la généralisation de l’électrique dans un certain nombre de domaines, la montée en puissance des ONG de défense de l’environnement et de préservation de la nature, ne traduisent l’adoption de normes encore plus strictes au plan environnemental (objectif de neutralité carbone), ce qui pourrait aller jusqu’à restreindre, voire interdire, l’exploitation de ces ressources aujourd’hui encore accessibles et, pire encore, rendrait obsolètes les ressources carbonées.

RESSOURCES HYDRIQUES : L’ALBIEN

Les nombreuses publications consultées montrent pour la nappe albienne un niveau de réserves estimé à 50 000 milliards de mètres cubes d’eau douce, à cheval entre l’Algérie, la Tunisie et la Lybie ; l’Algérie en couvre 70%. Pour rappel, la consommation annuelle globale de l’Algérie en eau est de l’ordre de 10,6 milliards de mètres cubes.

Tel un prisme dogmatique, ces réserves extraordinaires Don de Dieu sont laissées en «réserve pour les générations futures» (…) C’est de bonne intention, mais quelque peu philosophique.

Lorsque l’on sait que notre pays est constitué aux ¾ de régions désertiques, qu’il souffre de stress hydrique et que le désert ne cesse de progresser et de grignoter la faible bande du littoral, que des milliards de dollars sont annuellement consacrés à l’importation de produits alimentaires, alors que des réserves immenses d’eau sont «thésaurisées», cela interpelle pour le moins.

N’est-il pas possible de réfléchir à l’utilisation d’une partie de ce réservoir pour – dans le cadre d’un vaste programme d’édification d’un rempart vert et de lutte contre la désertification – participer à reverdir le pays, œuvrer à la modification de l’écosystème et au développement durable, créer des zones humides, régénérer et pérenniser les ressources en eau, développer par irrigation l’agriculture saharienne notamment, contribuer à assurer la sécurité alimentaire, fixer les populations et donc permettre l’occupation spatiale de notre vaste pays.

Il faut comprendre que les ressources hydriques sont souvent comparées aux ressources pétrolières. Elles constituent en soi un levier fondamental en matière d’influence dans les relations géopolitiques. On parle aujourd’hui couramment de concept hydro-politique et de puissance hydro-hégémonique, tant le manque d’eau pourrait conduire à une crise de l’eau, aujourd’hui localisée (Egypte/Ethiopie, Turquie/Irak/Syrie/Israël/Jordanie/Liban,…), mais qui pourrait être globale en cas de pénurie grave, comme cela l’a été pour le pétrole, véritable cause de guerres et de conflits au Moyen-Orient, en Libye, des tensions au Venezuela et en mer de Chine (Iles Spratleys, Iles Paracels), et partout ailleurs dans le monde.

De la même manière qu’aujourd’hui, on s’inquiète des effets des feux de forêt sur l’environnement au Brésil, on pourrait demain, c’est-à-dire dans les 20 à 30 années à venir, nous opposer avec le soutien de l’ONU, des grandes puissances et des satellites «utiles», des restrictions sur les énergies fossiles conventionnelles et non conventionnelles…, et d’autres restrictions par rapport à l’utilisation de l’eau, sous le prétexte de préserver les réserves stratégiques de l’humanité.

La posture du G7 à l’égard du Brésil, soutenue par des lobbies et autres parties agissantes, est inquiétante et laisse présager une nouvelle forme d’interventionnisme et d’ingérence, qui remet dans les faits en question les concepts d’indépendance et de souveraineté, le tout emballé et présenté sous des contours de protection de la nature et de l’environnement.

La condition «du bon usage», associée à un territoire appartenant à un pays indépendant et dont les frontières ne souffrent d’aucune contestation, est un précédent dangereux qui doit donner matière à réflexion.

 

 

Par Abdenour Kashi , Expert en Intelligence économique, 3e Cycle – Ecole de Guerre économique, Paris


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