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INTERNATIONALISATION DES BANQUES ALGÉRIENNES

Le nouveau défi du futur : «Sortir du gué des banques traditionnelles» (1re partie)

16 novembre 2020 à 10 h 18 min

La nouvelle Algérie se projette enfin dans l’internationalisation bancaire. Le sign-on vient d’être donné par les pouvoirs publics aux banques algériennes de s’installer dans d’autres pays. Telle est donc la volonté du président Abdelmadjid Tebboune lors de la réunion du Conseil des ministres du 20 septembre 2020.

Une décision qui renforce sa nouvelle vision pour la relance économique et les réformes bancaires avec l’introduction pour la première fois de la notion «multinationale» aux banques algériennes. Quelque temps après, voilà que le ministre des Finances, Benabderrahmane Ayman, donne un signal fort. Il affirme lors de sa déclaration à la télévision en date du 08/10/2020, à l’occasion du forum économique algéro-espagnol, l’ouverture de la première succursale, en Europe, (fort probablement la BEA) dans les prochains jours. L’approche actuelle nécessite une présence à l’étranger pour accompagner les entreprises.

Cette excellente nouvelle vient répondre expressément au besoin, tant manifesté, des entreprises nationales désireuses d’aller conquérir des parts de marché ailleurs qu’en Algérie. Au même titre, cela aura aussi comme finalité de servir la diaspora algérienne à l’étranger avec 2 millions de résidents enregistrés dans les consulats, qui effectuent quotidiennement des transactions bancaires vers l’Algérie par le biais de banques étrangères. Selon les statistiques de la Banque mondiale sur les transferts de migrants africains vers leurs pays d’origine, la diaspora algérienne n’a transféré que 1,8 milliard de dollars, en 2019, soit plus de 300 millions de dollars en moins par rapport à 2018, où les transferts ont été estimés à plus de 2,157 milliards de dollars.

Si la diplomatie économique devient un axe stratégique pour développer l’Algérie avec l’installation des banques algériennes à l’étranger, la diplomatie financière n’en demeure pas moins un outil important aux mains de l’Etat. Les premiers ambassadeurs vont être les patrons de ces banques, car ils seront en contact direct et permanent avec les grands décideurs économiques du pays d’accueil. Les premières sentinelles peuvent anticiper n’importe quelle nouvelle orientation et auront accès à l’information économique et parfois même politique, dont le pays d’origine pourra tirer profit au regard des questions stratégiques avec le pays hôte et en ayant la possibilité de l’attirer dans sa sphère d’influence.

L’intégration de l’économie algérienne à l’économie mondiale est désormais une évidence qui fait l’unanimité. Le dynamisme de cette intégration pourrait être possible à travers des réformes tous azimuts, que les institutions économiques du pays, à leur tête la Banque d’Algérie, envisagent de mettre en place.

Les politiques d’ouverture suscitées par les accords de libre-échange votés dernièrement, à l’APN, ont acté l’adhésion de l’Algérie à la ZLECAF en attendant celles avec l’Union européenne. Le processus d’internationalisation et d’ouverture de l’économie algérienne sur les pays d’Afrique est aujourd’hui lancé.

Partir s’installer dans d’autres nations est devenu nécessaire et même inévitable pour accompagner l’internationalisation relative aux autres activités économiques. Toutefois, cette initiative ne s’accomplit pas dans n’importe quelle condition, cela requiert de la méthode, une certaine réflexion, de la prévoyance et des ressources avant le passage à l’action. L’internationalisation exige donc une vision à long terme et a pour finalité première la compétitivité de la banque. Initialement, lorsque la banque s’internationalise dans des pays ayant une forte diversité économique, technologique et culturelle par rapport à son pays d’origine, elle ne peut pas bénéficier pleinement des avantages de l’expansion internationale car la somme des coûts supportés est supérieure aux économies d’échelle réalisées.

Parmi les pays en développement qui ont ouvert leurs secteurs bancaires à la concurrence étrangère figurent les pays asiatiques émergents, ainsi que les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Dans les pays asiatiques, les banques étrangères sont principalement originaires du Japon, d’Amérique du Nord et de quelques pays européens (France, Allemagne, Pays-Bas, Royaume-Uni). Par ailleurs, les banques françaises représentent les principales banques étrangères dans les pays du Maghreb, à côté de quelques banques arabes et américaines.

QUELLE MODÉLISATION BANCAIRE À L’INTERNATIONAL ?

Une problématique centrale vient systématiquement à l’esprit du lecteur : pourquoi les banques algériennes, en l’occurrence publiques, sachant qu’actuellement il n’y a pas de banques privées à capital algérien opérant en Algérie, s’implantent-elles à l’étranger ? Et, quelle est la stratégie à mettre en œuvre pour faire face à la concurrence locale dans le pays hôte ?

Des questions secondaires peuvent en découler, à savoir :

– Pourquoi les banques choisissent-elles de s’internationaliser ? Pourquoi maintenant et non pas avant ?
– Quelles sont les critères de localisation pour les banques algériennes ?
– Quel est l’apport des banques algériennes pour séduire les pays d’accueil ?
– Quels sont les objectifs envisagés des banques algériennes pour s’installer à l’étranger ?
– Quelle est leur situation concurrentielle ?

Généralement, les raisons qui incitent les banques algériennes à s’implanter sur des marchés à l’international sont : l’accompagnement des entreprises, des opportunités potentielles dans le pays cible ou un choix stratégique en lien avec la diversification de leur portefeuille d’activités. On peut également citer le rôle de ces banques dans le développement économique local des pays hôtes.

Comment et à travers quelle ingénierie les banques algériennes pourront-elles s’adapter dans un système bancaire concurrentiel nouveau, qui pourrait être sensiblement différent de leur contexte habituel ?

Il est connu, à travers les expériences de certains pays leaders dans l’internationalisation bancaire, qu’il y a principalement deux facteurs-clés, qui poussent les banques locales à s’internationaliser :
– Facteurs internes : la réalisation de profit – Suivre la clientèle – Chercher de nouveaux clients – L’accès au capital et à la liquidité – Motivations managériales.
– Facteurs externes : saturation du marché local, un secteur bancaire déréglementé et une activité diversifiée, les avantages que le pays hôte offre, les déterminants historiques et culturels, etc.

Il est cependant nécessaire de distinguer une banque internationale d’une banque multinationale. En effet, la banque internationale agira principalement à partir de ses politiques d’exportation depuis son pays d’origine. En revanche, la banque multinationale va se différencier par sa présence physique à l’étranger.

L’établissement à l’étranger se fait généralement à travers quatre principales formes d’implantation :
– La banque affiliée, la filiale : elle possède un certain degré d’indépendance vis-à-vis de la société mère.
– La succursale : le premier choix stratégique des pouvoirs publics est de créer une succursale, une entité qui n’est pas autonome. La maison mère détient 100% du capital de la succursale. Généralement, les pays hôtes n’aiment pas beaucoup ce type d’investissement car il n’y a pas une valeur ajoutée pour leurs économies locales.
– Le bureau de représentation : il assure une présence dans le pays cible et contribue à créer un lien avec les clients locaux. Il permet par conséquent à la société mère d’adapter ses services et produits dans le but de créer une filiale. En Algérie, par exemple, il existe deux banques espagnoles présentes en tant que bureau de liaison (Caixabank et Banco de Sabade ll).

– Les partenariats et alliances stratégiques : ils représentent un autre moyen d’expansion internationale. Ce type de développement rentre dans le cadre de la croissance conjointe. Il s’agit pour la banque de s’allier avec un autre établissement de manière plus ou moins formalisée. L’objectif étant de réaliser un projet commun sur le plan commercial ou industriel. Cette croissance peut aller de la simple relation commerciale au partenariat ou à l’alliance stratégique.

LA DÉRéGLEMENTATION ET LA LIBÉRALISATION FINANCIÈRE

Il est primordial pour le modèle d’internationalisation algérien de passer tout d’abord par une déréglementation globale des règles et lois régissant le secteur bancaire. Car la réglementation a également un impact sur le choix de diversification géographique des banques. Elle désigne le processus d’assouplissement des réglementations régissant l’activité bancaire.

En effet, la déréglementation ne signifie pas l’absence de réglementation, mais une certaine adaptation avec celle déjà existante pour la rendre plus efficace. La déréglementation financière va conduire à l’explosion des innovations financières dans la place bancaire locale, entraînant une très forte diversification des produits d’épargne et de financement.

On attend de cette libéralisation financière qu’elle apporte non seulement de nouveaux produits mais qu’elle permette aussi une meilleure liaison macroéconomique entre la finance et l’économie.

Il va ensuite falloir privatiser quelques banques publiques idéalement via l’introduction en Bourse de certaines banques telles que la BDL et la CPA. Notons que la BNA et la BEA détiennent toutes les deux des présences à l’étranger (BACE, UBAF, BIA). Une fois cette privatisation bancaire accomplie, les banques seront agiles et autonomes vis-à-vis de l’intervention politique dans leurs décisions stratégiques. Les banques algériennes citées ci-dessus vont être les premières banques championnes qui s’installeront à l’étranger. Elles possèdent des qualités intrinsèques élevées (qualités des hommes, puissance financière ou encore une approche du produit adapté au marché) leur permettant de faire face à la concurrence dans un contexte de mondialisation et ainsi attirer les acheteurs étrangers. La meilleure illustration de l’efficacité de cette approche dite de déréglementation financière, selon le classement des 200 premières banques d’Afrique, est Attijariwafa Bank (Maroc), laquelle se trouve être une banque privée classée première, devançant ainsi la National Bank of Egypt et la BEA.
A ce titre, les trois principaux moyens d’expansion à l’étranger conduisent les banques à se mondialiser de trois manières distinctes :

– L’implantation de filiales véhiculant le cachet de la banque.
– L’implantation de filiales sans l’enseigne.
– La réalisation de fusions-acquisitions transfrontalières.
– L’accomplissement de partenariats ou alliances stratégiques avec l’étranger.

Le monde des finances est un domaine particulièrement connu pour son évolution, qui ne cesse de s’accentuer. Les récentes évolutions ont fait qu’il rompt carrément avec le système classique et conventionnel.
Avant de songer à une probable internationalisation des banques algériennes, il est aujourd’hui plus que nécessaire pour les pouvoirs publics de se situer par rapport aux nouveaux facteurs-clés, qui encouragent les banques à aller s’installer dans d’autres pays, tels que la désintermédiation bancaire, le développement des activités financières, l’avènement d’une nouvelle technologie et le renforcement de la réglementation prudentielle. Ce sont ces éléments marquants qui peuvent tourner à l’échec l’internationalisation de certaines banques.

LES START-UP BANCAIRES DE LA FINTECH

Dans un secteur bancaire mondial en constante mutation, pressé par de nouveaux entrants à la pointe de la technologie tels que les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon), il est impératif pour les banques algériennes de repenser leurs modèles de fonctionnement.
L’offre sur les services bancaires s’est considérablement étoffée ces dernières années et les clients sont présentement connectés, informés et exigent de leur banquier une expertise qui va au-delà de ce qu’ils peuvent facilement trouver sur le web.

S’ajoute à cela le fait que le digital a amorcé l’ère des services gratuits. Les banques traditionnelles, avec leurs agences physiques et leurs conseillers, deviennent coûteuses et sont obligées de diminuer leurs marges pour éviter l’attrition du portefeuille client. Ainsi, le défi actuel des banques est de s’adapter aux nouvelles attentes relationnelles des clients, de réinventer le métier de conseiller et de trouver de nouveaux relais de croissance.

Le secteur bancaire est l’un des plus concurrentiels. En effet, entre les banques traditionnelles, les banques en ligne et désormais les néo-banques la concurrence est particulièrement rude et nécessite donc que les acteurs concernés se démarquent. Les néo-banques tendent à avoir les mêmes fonctionnalités que les banques traditionnelles. La différence demeure dans le pilotage, qui se fait intégralement depuis un smartphone. On les appelle aussi «mobile first» ou «mobile only». Leur but est de créer un système plus facile, plus accessible et plus transparent.

Les néo-banques sont principalement des start-up issues de la Fintech et n’ont pas toutes l’agrément bancaire. Certaines choisissent des acteurs traditionnels comme partenaires dans le but d’opérer en tant qu’établissement de paiement voire de crédit. La collaboration entre les banques et les Fintechs ne cesse de se renforcer pour offrir les dernières prouesses technologiques à des clients de plus en plus aguerris et intéressés d’intégrer de nouvelles innovations dans leur quotidien. Grâce aux avantages qu’offrent le Cloud, les Chatbots dotés d’intelligence artificielle et l’adoption en masse d’internet, la tendance, en 2020, s’oriente vers la banque 3.0 : l’IA d’abord.

(A suivre)

Par Mohamed Haïchour

MSc, EMBA
Membre du club d’Alger du Centre Algérien
de Diplomatie Economique


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