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Le mouvement syndical en Algérie et la dynamique des syndicats autonomes

22 juin 2019 à 10 h 00 min

L’Algérie est aujourd’hui au premier rang des mouvements sociaux dans le monde arabe et l’Afrique organisés à ce jour.

En effet, on assiste, ces deux dernières décennies, à la montée de fortes protestations sociales menées par les syndicats autonomes de l’enseignement, de la santé, de la navigation, de la Fonction publique, du secteur économique… qui ont émergé après la promulgation de la Constitution de 1989, qui consacre le pluralisme syndical et des lois sociales 90-14 et 90-02.

Pour aborder la question, il serait plus judicieux de souligner d’emblée : l’Algérie salue la mémoire de ceux qui ont rendu ses lettres de noblesse au pays dans l’histoire de la patrie, du devoir et de la démocratie dans la longue lutte ouvrière, comme ceux des militants syndicaux du Zaccar, de l’Ouenza, ouvriers des forges ou des dockers d’Alger, des martyrs de la cause nationale Aïssat Idir (père fondateur de l’UGTA), Abdelhak Benhamouda, secrétaire général de l’UGTA, ces grands «Hommes et militants-syndicalistes d’honneur», qui se sont sacrifiés pour l’Algérie, ont marqué l’histoire du mouvement syndical algérien d’une empreinte indélébile…

Comme ce fut le cas pour les autres martyrs de la République durant la décennie noire des années 1990, qui renferme des milliers de talents de grande qualité dont des docteurs, chercheurs, ingénieurs, artistes, écrivains, journalistes, professeurs, enseignants, cadres supérieurs par leur combat pour l’Algérie durant la décennie noire ou encore les autres militants – syndicalistes arrêtés et incarcérés au camp de concentration de Berrouaghia (w. de Médéa) entre autres : Tahar Gaïd, Madjid Ali Yahia, Kiouar Baroudi, Slimane Rebba, Rabah Djermane, Mogamed Abib, Attalah Benaissa, Boualem Bourouiba, Mohamed Zioui, Amar Lamini, Mayouf Hanachi, Ali Boudjellal, Hassen Bourouiba et tant d’autres martyrs de la République.

Ils resteront gravés dans la mémoire de l’ensemble des Algériens intègres. On ne peut que se réjouir aujourd’hui de leurs combats passés et de leurs sacrifices pour sauver la République et l’Algérie à qui nous dédions cette modeste contribution pour que nul n’oublie.

Tout en sachant aussi que les syndicats autonomes ne sont pas restés à la marge du processus du mouvement populaire pacifique en cours (hirak), qui exige aujourd’hui la fin du régime actuel non représentatif et non démocratique.

Dans les pays démocratiques, les organisations syndicales et professionnelles jouissent du droit à plus de libertés syndicales et d’expression, notamment le pluralisme syndical comme fer de lance qui constitue la base du modèle de démocratie économique et social et pas seulement politique.

Si nous refusons toujours le débat contradictoire et écartons les grèves où nous nous interdisons l’esprit critique, nous ne pourrons pas combler nos lacunes et corriger nos erreurs et permettre aux sociétés de s’observer mutuellement et de vérifier si elles ont des lacunes, maladresses ou des défauts, l’une des règles d’or de notre pays aujourd’hui, symbole de richesses et d’évolution et de progrès où les enjeux économiques seront davantage construits autour des ressources humaines et des intelligences.

Par conséquent, donner une nouvelle vie économique et sociale au monde du travail, de la science et de l’économie en général, en vue de consolider le front interne et lever ce climat de suspicion pour mieux affronter les défis auxquels est confronté notre pays. Sinon, quel rôle pour les syndicats en Algérie ?

Sur ce pari, on doit restaurer la «transition économique», «défi le plus important» pour l’Algérie ; l’enjeu est en effet considérable : l’entreprise, symbole de la richesse et du progrès social et économique.

En effet, cela fait un peu plus de deux décennies que les instances nationales de l’UGTA ont tourné le dos à la classe ouvrière en se mettant au service de l’administration et de la politique partisane au lieu de s’engager dans les valeurs du travail comme une priorité nationale de manière à faire en sorte que notre bien commun qui est l’Algérie renoue véritablement avec la croissance hors hydrocarbures, afin de garantir à chaque Algérien un emploi et un revenu stables.

Selon les statistiques, le travail temporaire dans nos entreprises est de 40% dans le secteur public et 84% dans le secteur privé, 96% des entreprises privées n’ont pas de partenaires sociaux et 75% des travailleurs du secteur privé ne sont pas déclarés à la sécurité sociale.

Le rapport des salaires sur le Produit intérieur brut (PIB) est inférieur à 30%, contre une moyenne dépassant un peu plus 60% pour les pays développés et émergents.

Ajouter à cela 2 cotisants en moyenne pour 1 retraité, alors qu’il faut 5 à 8 cotisants pour assurer l’équilibre financier de la caisse de retraite.

Quant aux salaires trop bas socialement et trop élevés économiquement, alors que nos travailleurs sont les premiers contributeurs en matière d’Impôts (IRG) dans le budget de l’Etat, il y a lieu de s’interroger sur les causes de cette situation aux conséquences dangereuses à l’heure où la situation est difficile pour le pays aux plans politique, économique et social.

En effet, le pluralisme syndical en Algérie n’est pas en train de constituer un enjeu socio-économique pour permettre l’émergence d’une élite compétente et intègre dans les entreprises et institutions de l’Etat pour préparer une force productive et l’avenir générationnel des classes ouvrières en Algérie.

Oui, comme à chaque fois, les partenaires sociaux (syndicats autonomes) sont mis à rude épreuve depuis plusieurs années au point où l’unique partenaire social reconnu reste l’UGTA, même quand elle ne fait pas la grève et même quand elle n’a plus ou moins de représentativité dans certains secteurs, malgré la présence de dizaines d’organisations agréées mais ignorées par les pouvoirs publics.

Alors que l’impératif était de consolider et construire un appareil productif et une organisation syndicale efficace pour répondre à la demande intérieure qui est en perpétuelle croissance, et espérer ensuite pouvoir exporter l’excédent.

Pour rappel, dans les années 1970, la part de la production industrielle annuelle était de 18 à 25% du PIB contre actuellement 5%, le taux de chômage de la force de travail non agricole est passé de 17% en 1974 à 8% en 1978 et le PIB a augmenté de 11%/an contre actuellement entre 2 et 3% en moyenne.

La stabilité du taux de change dinar/dollar avec un cours de change fluctuant entre 4 DA et 5 DA pour 1 dollar.

La mondialisation-globalisation de l’économie a fait rentrer les pays dans la logique de compétition généralisée, et on ne peut, par conséquent, qu’être inquiet, car c’est Sonatrach qui nourrit à ce jour notre pays, voire la Banque centrale d’Algérie : la machine à fric.

Une société sans rente est beaucoup mesurée, utile et rentable au pays. Pourtant, la politique est la science de la bonne gouvernance.

La faiblesse du pouvoir d’achat avec un SMIG validé par une centrale des travailleurs en totale inadéquation avec les travailleurs alors que ce minimum vital devait être de l’ordre de
30 000,00 DA, soit 8% en moyenne des rentes des députés et ministres et autres nantis de l’Etat.

Le rapport salaires sur le produit intérieur brut est inférieur à 30%, contre une moyenne dépassant les 60% pour les pays développés et émergents.

Le salaire d’un footballeur des Ligues professionnelles I et II, subventionnées par l’Etat, touche 100 fois et plus le montant du SNMG (Salaire minimum garanti par l’Etat), soit l’équivalent de 2 000 000 de DA/mois et 10 fois et plus celui d’un cadre de haut niveau, d’un chercheur, d’un professeur d’université, ou de médecine, d’un journaliste…

Là encore, le statut d’un cadre politique ou d’un footballeur vaut mieux que n’importe quel diplôme universitaire.

Aujourd’hui, le pays crée peu de richesses, manque cruellement d’entreprises de taille intermédiaire. Il existe un peu plus de 1 000 000 de PME et PMI, dont 98% sont de taille petite (TPE). L’économie algérienne continue de dépendre des hydrocarbures qui représentent 98% des exportations et près de 45% du PIB.

Cette hausse multiple et généralisée des prix à la consommation s’explique par la chute chaque année de près de 25% du pouvoir d’achat, la faiblesse d’une politique salariale cohérente privilégiant les créateurs de valeur ajoutée et le travail, le recours au financement non conventionnel sans contreparties productives, les énormes déficits budgétaires et la révision à la hausse des taxes et impôts accroît l’endettement des ménages et accélère les revendications sociales pour une augmentation des salaires qui, à leur tour, en cas de non-augmentation de production et de productivité et enfin, le taux d’intérêt bancaire ne joue pas encore son rôle normatif d’attraction de l’épargne pour agir sur le niveau des prix des biens et services et, par conséquent, juguler le niveau d’inflation avec un impact au niveau du pouvoir d’achat, accélèrent l’inflation où les prix ont augmenté ces dernières années entre 50% et 100% en moyenne.

Nous estimons que ce recul du pouvoir d’achat de la classe ouvrière et retraités est le prix à payer dans un pays qui ne produit presque rien, car près de 75% de la population algérienne vit de la rente pétrolière, or que plus de 70% des populations des pays voisins vivent du tourisme, de l’agriculture, de l’industrie et des services.

Nous rappelons brièvement pour la mémoire historique : au lendemain de l’indépendance, l’Algérie vivait une situation socio-économique critique : la pauvreté et la misère, un taux de chômage de 70%, un taux d’analphabétisme de 90%, un déficit important en main-d’œuvre qualifiée et en encadrement.

L’histoire économique du pays n’omettra pas qu’après l’indépendance, une classe moyenne (travailleurs, fonctionnaires, médecins, journalistes, économistes, enseignants, professeurs, ingénieurs, techniciens, agriculteurs, cadres intermédiaires…) s’est constituée en une force économique et productive où elle a grandement milité dans le processus des nationalisations et contribué à la bataille du développement économique national pour mettre sur pied un ensemble de complexes, d’usines, d’infrastructures et d’équipements publics dans tous les domaines sur lesquels comptait la politique économique du pays ou même préserver, protéger et développer le patrimoine public contre toute forme d’abus de biens publics ou sociaux au service de la collectivité nationale pour renforcer l’indépendance politique nouvellement acquise au prix d’un million et demi de martyrs.

Elle a payé le prix fort de sa jeunesse en travaillant sans répit, sans confort, sans revendications salariales et d’une précarité sociale en général.

Tous ont apporté la preuve de leur sacrifice dans la douleur de leur jeunesse et en se passant d’une vie meilleure ailleurs (outre-mer) et sans pour autant demander des avantages ou profiter de leurs postes.

La norme de travail dépassait le plus souvent douze heures/jour, avec un salaire mensuel dérisoire qui se situait à cette époque en moyenne entre 500 DA et 1500 da/mois. Certains travailleurs étaient même payés en nature en bons de semoule, de sucre, de café, d’huile, etc.

C’est une vraie révolution du travail, cela ne leur a rien rapporté aujourd’hui. Ce bref rappel historique revêt toute son importance dans la mesure où l’Algérie était économiquement, socialement, culturellement et sportivement plus avancée qu’aujourd’hui. En effet, ces travailleurs qui avaient l’ambition de faire marcher un pays à l’orée de l’indépendance, une agriculture, des usines des nouveaux secteurs industriels : électronique, sidérurgie, mécanique, chimie, plastique, énergie et pétrochimie, pharmacie, nucléaire, chantiers navals, ciment et matériaux de construction… par eux-mêmes, par leurs propres efforts, honnête et dédié à la patrie. Qui a vu la dislocation des grandes sociétés nationales de l’époque, y compris Sonatrach par la fameuse restructuration organique des années 1980.

Il serait souhaitable à notre humble avis de soumettre à grands débats «les questions sociales». En espérant en dynamique un accroissement de la production et de productivité, d’autant que l’Algérie est forte de plusieurs atouts, la chance que n’ont pas d’autres pays, à savoir : l’avant- projet de loi du code du travail qui considère que les contrats de travail indéterminés comme exception ou encore facilitant les licenciements ; les salaires demeurent tirés vers le bas par l’érosion de la monnaie nationale et l’inflation ; la revalorisation des pensions de retraite jugées en inadéquation avec l’évolution du coût de la vie.

En effet, la revalorisation annuelle des pensions de retraite, soit 1,5 et 6%, demeure insuffisante, d’où la nécessité de revoir les niveaux actuels le taux d’inflation réel ; les retraités sont près de 3 millions à vivre dans la précarité.

Ainsi, une personne ayant eu sa retraite en 1996 et une autre en 2018, ayant assumé la même fonction dans la même entreprise, n’ont pas la même pension, puisque «cette dernière est calculée sur la base du salaire touché par chacun» ; la révision du salaire national minimum garanti (SNMG), l’allègement de l’Impôt sur le revenu global (IRG) qui pénalise lourdement les salariés au même titre que les retraités, concernant l’IRG, de revoir le taux de perception pour les salariés et d’exempter les retraités de cette imposition, sinon jusqu’à quand cette solidarité peut-elle aller ?

Rendre le travailleur actionnaire dans son entreprise, comme aussi tous les Algériens doivent devenir des actionnaires dans le capital des entreprises publiques en mettant sur le marché obligataire la vente de valeurs mobilières.

L’objectif étant leur participation aux fruits du développement, au moment où 50% de la masse monétaire est dans les circuits de l’informel et les bas de laine.

Tout cela doit apparaître comme le plus grand défi à relever et une grande priorité nationale pour mobiliser le mouvement social pour construire une Algérie nouvelle dont son fondement est l’instauration de la IIe République, telle que s’en réclame aujourd’hui l’impressionnante mobilisation pacifique du peuple algérien.


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