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mardi, 11 mai, 2021
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Le mouvement ouvrier en Algérie : quelle nouveauté ?

02 mai 2021 à 10 h 00 min

La fête du travail est largement célébrée à travers le monde par des marches pacifiques de grande envergure. La fête du 1er Mai devint alors une grande date symbolisant la lutte pour l’émancipation sociale, notamment une journée de célébration des combats des travailleurs et des travailleuses.

L’Algérie salue la mémoire de ceux qui ont rendu ses lettres de noblesse au pays dans l’histoire de la patrie, du devoir et de la démocratie dans la longue lutte ouvrière comme ceux des militants syndicaux du Zaccar, Boucaïd, l’Ouenza, ouvriers des forges, des dockers d’Alger et des martyrs du devoir Aïssat Idir, le père fondateur, le martyr de la Révolution Aïssat Idir, premier secrétaire général de l’Union générale des travailleurs (UGTA).

En Algérie, ce jour est traditionnellement et essentiellement marqué par de forts enjeux politiques exprimés par des meetings, des réceptions et des cérémonies de récompenses. On se demande où sont passés les défilés des années 1970, qui ont disparu de notre paysage. Ceux des travailleurs qui avaient l’ambition de faire marcher un pays, une agriculture, des usines des nouveaux secteurs industriels : électronique, sidérurgie, mécanique, chimie, énergie et pétrochimie, pharmaceutique, nucléaire, ciment et matériaux de construction… par eux-mêmes, par leurs propres efforts honnêtes et dédiés à la patrie.

En effet, ce n’est que par les valeurs du travail que nous saurons dépasser la crise et relancer l’économie nationale pour faire face aux retombées sociales extrêmement difficiles du moment, à laquelle la classe moyenne est confrontée aux dures réalités de la vie, puisque depuis 2011, les salaires n’ont pratiquement pas évolué et que la précarité de l’emploi et l’érosion du pouvoir d’achat continuent. Qui plus est, les travailleurs sont les premiers contributeurs dans le budget de l’Etat.

De nos jours, il est bien admis que ce n’est plus l’exploitation de l’homme par l’homme qui est à craindre, mais l’exclusion, individuelle ou collective. Or, on constate que nos gouvernants oublient vite les sacrifices des générations qui marquent l’histoire, après s’être installés au pouvoir. En effet, le paysage syndical algérien est sous les signes de tensions sociales face à une conjoncture économique inquiétante marquée par la cherté de la vie, où le pouvoir d’achat a diminué de près de 60%, selon l’ONS. En effet, la majorité travailleuse des Algériens, dont près de 70% ont un revenu net inférieur à 30 000 DA par mois et consacrent 80% de leurs revenus à l’alimentation.

Dans les pays démocratiques, les citoyens et les organisations syndicales et professionnelles jouissent généralement du droit à plus de libertés syndicales et d’expression, notamment de discuter et de critiquer le système social et politique. Rien dans ces pays ne peut échapper au débat contradictoire. Cela n’empêche pas ces pays de demeurer stables et de vivre dans une harmonie économique et sociale.

En revanche, cela permet aux sociétés de s’observer mutuellement et de vérifier si elles ont des lacunes, des maladresses ou des défauts. L’une des règles d’or de ces pays aujourd’hui, symbole de richesse et l’évolution et le progrès des sociétés dans le monde où les enjeux économiques seront davantage construits autour des ressources humaines et des intelligences.

Aujourd’hui, les ressources humaines occupent une place de choix pour édifier un Etat fort, dont dépendra la transition démocratique et économique où doit se projeter à notre avis une charte des valeurs du travail et humaines d’excellence comme seuls facteurs de progrès d’une nation. Oui, faire des valeurs du travail une richesse en Algérie. Une vision fondée sur le recours privilégié à la concertation et au dialogue pour la résolution des problèmes du monde du travail et pour la promotion du bien-être social des travailleurs et leur épanouissement, notamment renforcer le dialogue économique avec les partenaires sociaux. Le dialogue est la seule voie pour trouver un véritable consensus, ce qui ne signifie nullement unanimisme, signe de décadence de toute société, mais d’anticiper tout conflit préjudiciable aux intérêts supérieurs du pays avec des coûts faramineux.

Nous rappelons brièvement pour la mémoire historique

Le 1er Mai est donc historiquement le jour symbolisant la lutte pour l’émancipation sociale. Notre pays n’a pas été le précurseur de cette tradition, le 1er Mai est un des événements les plus déterminants dans l’histoire du monde du travail qui fut une grande date dans le processus du mouvement ouvrier dans le monde. Cette fête du travail nous vient d’outre-mer, aux Etats-Unis, dans la ville de Chicago.

C’est là, en 1886, qu’une grève générale éclate. Suivie par 400 000 salariés, elle paralyse le pays pendant 4 jours et cause la mort de 10 manifestants. Cette grève laissera des traces douloureuses, mais les grévistes seront toutefois entendus dans leurs revendications. L’origine du 1er Mai re-monte à 1886, lorsque des ouvriers américains, tout particulièrement à Chicago, se sont mis en grève pour demander entre autres la réduction de leur temps de travail. L’initiative a dégénéré en affrontements et a coûté la vie à plusieurs ouvriers.

Le mouvement ouvrier international a alors décidé en 1889 de faire du 1er Mai une journée revendicative internationale, avec pour objets centraux la question du temps de travail et la journée de 8 heures. Le 1er Mai célébré en tant que tel date de 1890.

L’histoire du mouvement ouvrier en Algérie

Pour contrecarrer la CGT, une commission syndicale (ouvrière) avait été créée au sein du MTLD sous la présidence de l’ancien cégétiste et nationaliste Aïssat Idir, premier secrétaire de l’UGTA. Dans les années 1950, le Mouvement syndical algérien a atteint le terme de son évolution avec la création, en 1954, de l’Union générale des syndicats algériens, UGSA d’une part, et la création, en 1956, de l’Union générale des travailleurs algériens, UGTA d’autre part. Les militants de l’UGTA ou même ceux de l’UGSA, contraints eux aussi à l’activité clandestine, vont connaître plus de répression. Beaucoup ont connu l’emprisonnement, la torture et même la liquidation physique comme cela a été le cas pour Aïssat Idir.

Hommage aux combats passés

Au lendemain de l’indépendance, l’Algérie vivait une situation socioéconomique critique : la pauvreté et la misère, un taux de chômage de 70%, un taux d’analphabétisme de 90%, un déficit important en main-d’œuvre qualifiée et en encadrement, pour lesquelles hier les travailleurs se sont sacrifiés pour une force économique et productive où ils ont grandement milité dans la bataille du développement économique national pour mettre sur pied de grandes réalisations dans tous les domaines et dans tous les secteurs d’activités pour renforcer l’indépendance politique nouvellement acquise au prix d’un million et demi de martyrs. Cette génération a payé le prix fort de sa jeunesse en travaillant sans répit, sans confort, sans revendications salariales et dans une précarité sociale en général.

C’était un fait marquant et témoin de l’engagement d’une génération de cadres et de travailleurs de combat très attachée aux repères patriotiques, au service réellement de l’Algérie indépendante qui ont empêché notamment la paralysie de l’Algérie après le départ massif des cadres européens. Les premiers travailleurs et cadres algériens ont été d’un apport indéniable au développement national, ils ont notamment su changer la donne et s’imposer comme acteurs-clés dans le processus de nationalisations et de développement national après avoir préservé et valorisé le patrimoine public. Ils ont apporté la preuve de leur sacrifice dans la douleur de leur jeunesse, se passant d’une vie meilleure en travaillant sans répit et dans des conditions des plus pénibles, une charge de travail insupportable par manque d’effectif et de qualification sans pour autant demander davantage ou profiter de leurs postes.

L’Algérie est aujourd’hui au premier rang des mouvements sociaux dans le monde arabe et l’Afrique organisés à ce jour où on compte aujourd’hui 65 syndicats des travailleurs. Ce qui révèle bien la pensée profonde, notamment les cadres syndicaux des syndicats autonomes représentatifs étaient militants ou dirigeants dans le mouvement syndical étudiant des années 1970 et 1980 et venus dans leur majorité du secteur public grâce à la Constitution de 1989 qui a consacré l’ouverture démocratique et le pluralisme syndical.

Cette liberté requiert cependant de tous nos travailleurs de veiller à ce que la défense légitime et vigilante de leurs droits ne s’exerce point au détriment de l’observation effective et régulière de leurs devoirs et obligations. Il ne passe pas en effet un jour où la presse ne rapporte pas des mouvements de protestation qui occupent le terrain des revendications sociales face à la stagnation des salaires et l’inflation à travers des marches, grèves cycliques et illimitées qui durent depuis des mois tant du côté du secteur administratif, santé, enseignement que du secteur économique. Encore plus des manifestations qu’organisent les chômeurs, les demandeurs de logement, voire aujourd’hui des collégiens et des lycéens qui n’ont pas hésité à improviser des marches dans plusieurs villes du pays pour crier leur colère contre la radiation des enseignants en grève et le report des examens.

Face aux difficultés du dialogue social et des libertés syndicales, il y aura encore des grèves et encore du retard puisque ces grèves sont déclarées illégales et les grévistes encore et de plus en plus persuadés que leur grève est juste. Au-delà des revendications socioprofessionnelles légitimes qu’il pourrait y avoir d’apprécier sainement, la situation actuelle est de s’engager dans le travail de manière à faire en sorte que notre bien commun qui est l’Algérie renoue véritablement avec la croissance économique hors hydrocarbures.

C’est dans ce contexte qu’il faut replacer le mouvement social en Algérie, car toutes les questions et dossiers chauds de l’heure sont là, à la lumière du contexte socioéconomique actuel. En effet, selon les statistiques, le travail temporaire dans nos entreprises est de 40% dans le secteur public et 84% dans le secteur privé, alors que 96% des entreprises privées n’ont pas de partenaires sociaux et 75% des travailleurs du secteur privé ne sont pas déclarés à la sécurité sociale.

Et enfin, les travailleurs sont les premiers contributeurs dans le budget de l’Etat. Pour preuve, le rapport des salaires sur le Produit intérieur brut (PIB) est inférieur à 25% en moyenne contre une moyenne dépassant les 60% pour les pays développés et émergents.

Le 1er mai 2021, l’occasion pour soumettre à débat, «les questions sociales» en consacrant la place des syndicats comme partenaires sociaux comme souligné plus haut. C’est tout l’enjeu de l’avenir de notre développement socioéconomique harmonieux, à savoir

– Les salaires demeurent tirés vers le bas par l’érosion de la monnaie nationale et l’inflation ; la revalorisation des pensions de retraite jugées en inadéquation avec l’évolution du coût de la vie. En effet, la revalorisation annuelle des pensions de retraite, soit 5%, demeure insuffisante, d’où la nécessité de revoir les niveaux actuels.

– L’avant-projet de loi du code du travail qui considère les contrats de travail indéterminés comme exception ou encore facilitant les licenciements ; la revalorisation des pensions de retraite jugées en inadéquation avec l’évolution du coût de la vie et l’inflation réelle. En effet, la revalorisation annuelle des pensions de retraite, soit de -5%, demeure insuffisante

– Le retour à la retraite propositionnelle, supprimée en 2017
– Le taux de perception pour les salariés et d’exempter les retraités de cette imposition. Sinon jusqu’à quand cette solidarité peut-elle aller ?
– La réforme du système de sécurité sociale et retraite qui enregistre un énorme déficit structurel ;

– L’Algérie compte un peu plus de 3 millions de retraités, dont 2 millions environ vivent dans la précarité, notamment en-dessous de 30 000 DA
– Une personne ayant eu sa retraite en 1996 et une autre en 2011, ayant assumé la même fonction dans la même entreprise, n’ont pas la même pension, puisque cette dernière est calculée sur la base du salaire touché par chacun

– La révision du salaire national minimum garanti (SNMG), la baisse de l’impôt sur le revenu pour les salariés et d’exempter les retraités de l’IRG et à l’indexation des retraites sur l’inflation réelle. L’impôt sur le revenu global (IRG) pénalise lourdement les salariés au même titre que les retraités.

Sinon, il est nécessaire de relever le seuil de l’abattement de l’IRG sur les salaires et pensions de retraites se situant entre 30  000 DA et 80 000 DA.

Cela sera possible en présence d’une politique respectant le principe d’égalité des citoyens devant l’impôt

– Et enfin, rendre le travailleur actionnaire dans son entreprise, l’objectif étant l’intéressement et leur participation aux fruits du développement.

 

 

Par M’Hamed Abaci , 

Ancien cadre financier de Sonatrach et Auteur


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