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«Le mal dont le pays est affecté est le manque de démocratie»

31 décembre 2018 à 11 h 17 min

L’Algérie est à la veille d’entrer dans la nouvelle année 2019, et ce qui retient l’attention des Algériens, c’est la sortie de la crise multidimensionnelle engendrée par l’exercice du pouvoir durant 20 ans par le président Bouteflika, qui a refusé l’alternance, base de la démocratie, érigée en règle de vie, pour se maintenir à vie au pouvoir.

Le peuple soumis au pouvoir, considéré comme mineur, qui ne décide de rien, est placé sous la haute surveillance des services de sécurité, alors que c’est du peuple que vient le pouvoir, que c’est dans le peuple que résident la légalité et la légitimité.

Le pouvoir césariste a imposé sa domination idéologique et politique, confisque la souveraineté populaire et la citoyenneté. Il faut regarder la réalité en face, parler pour un large public et écrire pour lui. Une nouvelle page de l’histoire du pays est en train de s’écrire.

Après l’imposture de Napoléon III, Victor Hugo professait, dans Les Châtiments, l’avènement de la liberté et de la démocratie en chantant : «Les temps futurs et la vision sublime» incarnés par la libre France enfin surgie.

L’Algérie, après s’être enfoncée dans le pouvoir personnel totalitaire et le culte de la personnalité, qui ont fait du Président l’homme providentiel, légendaire, idolâtré, est plongée dans un désarroi sans précédent parce que le pessimisme gagne du terrain, projette des couleurs sombres sur l’avenir du pays, entretient à travers le crépuscule, qui s’étend sur le pouvoir, l’aube de la démocratie juridique qui consacrerait le régime du droit et de l’Etat de droit qui apporterait la stabilité et la crédibilité dont l’Algérie a besoin. Le nationalisme est une grande force, il faut le laisser aux mains des politiciens.

Le président… et la présidence

La force du pouvoir réside dans la stabilité et la continuité de son action, mais sa politique est caractérisée par la régression politique, sociale et culturelle.

Comme les dictateurs et les despotes d’Afrique, du Moyen-Orient et de l’Asie mineure, pour qui la mégalomanie et la paranoïa sont des maladies associées, le président Bouteflika a régenté tout ce qui dans le pays délibère et légifère, détenu tous les leviers de commande du pays et appliqué la formule de Machiavel : «Divise et règne.»

Le Président, qui a gouverné, plutôt qui a régné de manière despotique, a mené le pays à l’échec par manque de stratégie et de vision politique et du mélange de la politique et de l’argent. «Le pouvoir absolu corrompt absolument», disait Lord Aston.

Les clans du pouvoir ont mis l’Etat en coupe réglée pour s’octroyer trafic d’influence, corruption à grande échelle, détournement de fonds publics et prébende. Le pouvoir qui a dominé le peuple a produit la paupérisation des pauvres de plus en plus nombreux, et des riches de plus en plus riches et de plus en plus nombreux.

Le culte du Président est orchestré par les partis du pouvoir, aveuglés par la politique à courte vue de la realpolitik, qui considère la politique menée par le Président comme une subversion. Le culte du Président, pensée manichéenne dominante, n’est pas un excès de langage mais relève du discours politique des partis de la coalition présidentielle qui œuvrent pour un 5e mandat.

Débattre, critiquer les positions exprimées de manière péremptoire par le pouvoir et les partis politiques qui le soutiennent, rectifier les contre-vérités à la base de leur propagande, voilà ce qu’exprime de manière pratique et qui explique les positions politiques de l’opposition, ce qui est normal dans le débat politique.

Les dirigeants des partis à la dévotion du pouvoir, dont la faiblesse politique s’explique par la faiblesse intellectuelle et culturelle, sont critiqués pour leur impermanence politique, faite de coups de posture en fonction de l’actualité. Le 5e mandat c’est pour que tout continue comme avant, le déséquilibre des régions, le statu quo et l’immobilisme mortifère.

La crise politique dont nous ne voyons pas la fin, qui s’aggrave et dont le sommet de l’Etat est l’épicentre, est dominée par l’absence du Président qui n’est que l’ombre de lui-même, chancèle, s’affaisse, s’efface, n’incarne au quotidien aucune de ses fonctions, ce qui marque sa politique du sceau de l’échec.

Le président Bouteflika doit quitter le pouvoir qu’il ne peut plus exercer, et l’illusion qui est de laisser penser et croire qu’il se porte bien, assume toutes ses fonctions, contrôle et dirige tout, est un mensonge d’Etat. Son handicap rend indispensable son retrait de la vie politique du fait qu’il est dans l’incapacité d’assumer les hautes fonctions dont il a la charge, car il ne peut rien contre la loi biologique.

Réviser la Constitution pour désigner un vice-Président qui assumerait les fonctions du Président jusqu’à sa mort afin qu’il entre dans l’histoire comme immortel, car l’immortalité consiste à demeurer vivant, relève de l’imaginable. Le report de l’élection présidentielle serait injuste et anticonstitutionnel.

La présidence

La question posée est qui gouverne réellement le pays, qui est sans visibilité politique en l’absence du Président ? Qui détient le véritable pouvoir au sein du pouvoir ? Les décideurs, qui font fonctionner actuellement les institutions de l’Etat, se heurtent à une confrontation tantôt frontale, tantôt diffuse, avec une autre tendance qui tourne ou bloque leurs décisions.

Ce qui faisait la puissance du pouvoir, c’est que malgré des désaccords et des pratiques différentes, ses partisans avaient un langage commun.

Les acteurs du règne finissant, qui dirigent le pays, n’ont pas de stratégie politique, manquent de cohérence, ne se consacrent pas à l’orientation et à la rénovation des idées, et n’ont aucune relation forte avec les Algériens. L’unité des clans du pouvoir est disloquée, ils se divisent entre ceux qui veulent un peu de changement et ceux qui maintiennent le statu quo.

Ces clans ont des calculs et des ambitions personnelles, sont divisés, sont devenus rivaux, n’ont pas le même itinéraire, s’opposent même et la politique de certains d’entre eux donne une vision de l’avenir, thème central, omniprésent, obsessionnel, parce qu’il détermine le maintien ou la perte de leur pouvoir et de leurs richesses.

Il ne peut y avoir de synthèse entre leurs antagonismes. L’illusion de faire face aux défis auxquels le pays est confronté et qui passe par le renouveau politique, notamment la liberté et la justice, l’Etat de droit, par les tenants du pouvoir totalitaire actuel qui s’illusionnent eux-mêmes, n’est que désillusion, mensonge, incompétence et irresponsabilité.

Il fut s’occuper de l’Algérie qui va mal et a besoin des énergies populaires pour mettre fin aux dérives totalitaires du pouvoir qui dominent l’espace politique, et la redresser. Il existe dans l’opinion publique qui constitue la forme directe et moderne des citoyens, une forte volonté de changement de pouvoir pour établir la démocratie.

Pour cela, il faut une forte implication des jeunes dans la politique, car s’ils ne s’occupent pas de la politique, la politique s’occupera d’eux.

Ahmed Ouyahia candidat à la prochaine élection présidentielle ?

Du fait qu’il n’y a pas de consensus au sein du pouvoir pour le successeur du Président, a-t-il été choisi par le clan dominant ?

Il a de nombreux adversaires et en politique comme au football on ne fait pas de passe à l’adversaire. Ahmed Ouyahia, plusieurs fois Premier ministre, qui met en relief son expérience et ses talents d’administrateur, est brusque, tranchant, condescendant mais aussi timide et maladroit. Il a demandé aux walis après la lecture de la lettre du Président de mettre en place un système répressif pour neutraliser les manifestations, l’état d’urgence en premier qui a duré déjà 19 ans, 12 ans sous le règne du président Bouteflika, alors que le président français confronté à des manifestations populaires, en particulier celles des «gilets jaunes» a déclaré :

«J’ai décrété l’état d’urgence économique et social.» Pour régler le déficit budgétaire, le salaire des fonctionnaires, des retraités, il a fait appel à la planche à billets qui, comme un véhicule sans frein, mène le pays droit dans le mur, vers une solution à la vénézuelienne.

Les cris de colère des manifestants de Cevital à Béjaïa contre les investissements bloqués d’Issad Rebrab, industriel de renommée mondiale, qui veut investir dans son pays pour créer des richesses et de l’emploi.

Après la crise économique et sociale, car la fracture sociale ne cesse de se creuser, il y a crise humanitaire car les jeunes privés de travail, que Cevital et d’autres sociétés peuvent leur offrir, tentent de gagner l’étranger.

Les nombreux Algériens, hommes, femmes et enfants, prennent au risque de leur vie la voie de l’émigration et beaucoup se noient en mer. Les dirigeants du pays, qui ne sont pas représentatifs du peuple, n’agissent pas face aux tragédies qui se déroulent en Méditerranée, se rendent coupables de ne pas respecter les droits les plus basiques de la mer qui se transforme en véritable mer de la mort.

Le but du pouvoir est de réduire toute contestation, toute manifestation qui peut entraîner des conflits sociaux par l’asphyxie politique et judiciaire. Les journalistes, qui défendent la liberté d’expression et de la presse, les militants des droits humains, les jeunes qui n’ont pas peur, parlent et dénoncent l’injustice, sont dans le collimateur du pouvoir, déférés en justice, condamnés ou libérés.

Défendre toutes les victimes de la répression sans distinction ni exclusion est une obligation. La soumission organique et fonctionnelle de la justice au pouvoir exécutif, qui porte atteinte à l’indépendance des juges, est à l’origine des violations de la loi par les juges qui sont chargés de l’appliquer, ce qui s’appelle forfaiture.

La justice mise sous tutelle du pouvoir exécutif est déconsidérée, marquée par le désaveu des Algériens. Tout ce qui cède au rapport de force, au fait accompli, marginalise et humilie l’Algérien, est à condamner.

La solution de la crise par l’armée qui appartient à la nation, seulement à la nation, est une hypothèse qui relève du possible, du probable, mais qui n’est pas souhaitable et est condamnable. La solution est politique.

Les élections

La fraude électorale, vieille tradition coloniale bien intégrée dans les mœurs du pays, est au rendez-vous de toutes les élections.

Pour assurer aux partis de la majorité présidentielle une prolongation sans fin à la tête des institutions politiques de l’Etat, une seule condition, perpétuer le trafic des urnes.

Les professionnels de la politique, et surtout les stratèges qui conseillent les clans du pouvoir, savent que l’objectif commun de ces derniers est de gagner l’élection présidentielle de 2019 qui est décisive pour leur avenir.

A quelques encablures du scrutin présidentiel d’avril 2019, les électeurs savent que les élections seront manipulées comme d’habitude, et qu’ils ont le droit de voter, surtout de bien voter, non pas pour la rupture mais pour la continuité.

La prochaine élection présidentielle nécessite d’abord de faire la démonstration des fautes du pouvoir dans la préparation et la gestion de cette élection, de mettre en relief le scandale révélateur de la fraude électorale. Un tsunami politique est-il possible, qui créera un bouleversement qui balayera les partis de la majorité présidentielle, rongés par la corruption, le clientélisme, le clanisme…

L’élection présidentielle d’avril 2019

Cette élection n’a pas pour objet d’élire par les électeurs au suffrage universel, qui conserve le monopole de l’expression du peuple par des élections propres et honnêtes, un Président de leur choix, car le choix est fait à l’avance par les décideurs, mais seulement de le légitimer par un fraude électorale massive.

Quel président pour l’Algérie ?

L’Algérie a besoin d’un Président qui se sacrifie pour elle, mais qui ne la sacrifie pas pour lui. Elle est en crise et veut un Président de sortie de crise, au service du peuple dans sa diversité, rempart de l’humanisme, respectueux des libertés, favorable au progrès scientifique et technologique pour moderniser le pays, en faire un pays émergent et même développé.

La volonté commune des Algériens, en ce moment-clé de la vie politique où se joue l’avenir du pays, est de se donner par des élections propres un Président jeune, compétent, cultivé, démocrate de formation et de conviction, qui favorise l’émancipation des femmes, renforce la cohésion nationale et sociale, et agit pour remplir pleinement ses fonctions nationales et internationales.

Le mal dont le pays est affecté est le manque de démocratie. Est venu le temps de la discographie fondée sur l’intervention permanente de l’opinion publique dans les affaires publiques. Il est temps que le débat s’ouvre sur la démocratie après 20 ans d’un pouvoir finissant.

La démocratie, qui se confond avec la souveraineté du peuple, offre une place de choix au débat politique, sauve les institutions des dérives qui la guettent, permet à la pensée de se déployer dans toutes ses richesses et ses nuances, rend possible l’ensemble des libertés, l’émancipation de la femme qui a les mêmes qualités que l’homme et doit bénéficier des mêmes droits, fera de l’Algérie un pays moderne, émergent et même développé.

Construire une République fondée sur la démocratie juridique, qui consacrerait le régime du droit et de l’Etat de droit, apporterait à l’Algérie la stabilité et la crédibilité dont elle a besoin pour résoudre les défis auxquels elle est confrontée.

 

Par Ali Yahia Abdennour

Militant des droits de l’homme

 

 


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