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Le changement, c’est maintenant

14 mars 2019 à 8 h 18 min

Après plusieurs jours de manifestations pacifiques hostiles à un 5e mandat du président Bouteflika, conçu comme indice probant d’une présidence à vie, le pouvoir en place a décidé de reporter cette élection à une date non définie et la non-représentation de celui-ci à l’élection présidentielle.

Quelle va être la réaction de l’opposition et de la société civile ? Nous le saurons dans les prochains jours à travers de probables manifestations de rejet de ce projet visant à tout le moins le maintien du statu quo, qui est la marque de fabrique du régime en place.

UN NOUVEAU SYSTÈME POLITIQUE

Or, eu égard à la configuration actuelle du système politique devenu obsolète, seule une nouvelle conception du pouvoir est à même de sauver l’Algérie par sa refondation. Depuis Octobre 1988 aux manifestations actuelles, il y a un recul notable de la peur des Algériens. Ils refusent désormais le pouvoir de la gérontocratie qui cherche à s’y maintenir au prix de n’importe quelle compromission. En Algérie, la société civile a longtemps vécu sous le joug de la société légale au pouvoir, qui gouverne sous le sceau de l’illégitimité avec du personnel politique honni par la rue redevenue un vecteur d’influence.

Le changement pacifique pour une IIe République est possible. En effet, plus de 50 ans après l’indépendance, est-il, encore concevable de vivre sous la férule d’une oligarchie aux allures autocratiques ? Non. Outre que la réforme à envisager doit concerner la limitation des mandats à deux quinquennats, elle doit pouvoir mettre fin au pouvoir personnel par la concentration de pouvoirs exorbitants entre les mains d’une seule et même personne, afin d’instituer un contrôle de la politique de l’Exécutif, donc celle du chef de l’Etat. L’opposition, même insuffisamment structurée, ne sera plus aphasique ; davantage encore la société civile muselée depuis l’indépendance «confisquée».

Que faire alors pour instaurer une IIe République ?

Il s’agira de mettre fin au déséquilibre institutionnel établi au profit du seul président de la République, qui apparaît comme un véritable monarque présidentiel coopté par un cercle restreint de «décideurs» (les principaux chefs militaires). Il faut mettre un terme à l’autocratie présidentielle opérée par les bailleurs de pouvoir.

Dans cette perspective, il y a lieu d’opter, franchement, pour un régime politique où le chef de l’Etat est la seule tête de l’Exécutif. Dans ce contexte institutionnel et politique, le Parlement doit être un contrepoids à l’arbitraire de l’Exécutif ; ce faisant, remercier dans tous les sens de ce vocable, la gérontocratie au pouvoir qui fait de son passé un fonds de commerce laissé en héritage à sa progéniture avec l’appui d’une technocratie (en l’espèce, de hauts fonctionnaires délégués à des fonctions politiques) et en instrumentalisant l’armée pour renflouer sa légitimité et son maintien au pouvoir.

Tant d’affaires de corruption ont été révélées au public sans qu’il ait été possible à la justice d’agir de façon efficiente, afin de pouvoir condamner ceux qui mettent en danger et le pays et son économie. Avec une magistrature réellement indépendante de l’Exécutif, il est possible d’exercer la justice à l’égard des puissants par l’argent et/ou par l’influence politique. D’où l’urgence également d’avoir une presse libre pour permettre des investigations journalistiques et l’esprit critique avec des médias affranchis de toute tutelle. L’audiovisuel doit être structuré en authentique service public et non plus être une annexe de la présidence de la République. Ainsi, pourra avoir lieu un débat politique contradictoire du binôme pouvoir-opposition, passant outre les desiderata du chef du moment.

Dans ce contexte, l’armée doit pouvoir se réformer par sa professionnalisation et en se modernisant. Historiquement, elle a été instrumentalisée pour se constituer en structure gouvernante, en s’attribuant les principaux postes-clés, dans l’ensemble des rouages de l’Etat. Elle est devenue mutatis mutandis une caste à part, ayant acquis un statut social élevé et une part importante du revenu national. Principale pourvoyeuse de présidents de la République depuis l’indépendance, la direction de l’armée s’est révélée un acteur principal de la vie politique algérienne. Aujourd’hui comme demain, elle doit pouvoir refuser d’intervenir dans la sphère politique afin d’éviter de cautionner toute politique minée par la corruption.

UNE NOUVELLE POLITIQUE ÉCONOMIQUE

Les hydrocarbures constituent à ce jour la presque totalité des exportations de l’Algérie. Marqué dès l’origine par un économisme technocratique, le projet de développement perpétue le volontarisme politique des régimes successifs sans résultats probants. L’Algérie vit au rythme de la dilapidation de ses richesses aboutissant à la banqueroute de l’économie rentière, le régime actuel a dépensé près de 1000 milliards de dollars. Les «pétrodollars» algériens couvrent parfois juste la facture alimentaire, accentuant davantage la dépendance alimentaire.

Désormais, le bilan du pouvoir algérien fait ressortir les incohérences d’une stratégie et son coût social, la croissance des dépenses improductives, la non-maîtrise de l’appareil productif, la formation de féodalités économiques et politiques, les dangers de l’extraversion et la hogra des masses en prime.

Désormais, s’étalent au grand jour la corruption et l’affairisme d’Etat faisant le lit des scandales politico-financiers et les différenciations sociales, y compris chez les couches moyennes. L’Etat continue d’acheter la paix sociale par une distribution d’une partie des pétrodollars. En l’absence d’une politique économique crédible, des «professionnels de l’économie de l’ombre» prospèrent par la mise du pays en coupe réglée.

Avec les manifestations actuelles, la société civile, caractérisée par sa jeunesse, semble enfin avoir compris qu’elle doit devenir le principal pourvoyeur du personnel politique appelé à gouverner l’Algérie, comme unique moyen de supplanter toute velléité d’autoritarisme et de présidence à vie. Game over, democraty now.

 

Par Ammar Koroghli , Avocat algérien au barreau de Paris (docteur en droit, constitutionnaliste), auteur d’ Institutions politiques et développement en Algérie ”

Ancien rédacteur en chef de la revue
El Badil (L’Alternative).

 

 

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