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dimanche, 16 juin, 2019
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L’armée e(s)t le pouvoir

12 janvier 2019 à 9 h 18 min

«La victoire revient à celui qui tient le dernier quart d’heure.»
(Carl von Clausewitz)

Si le FLN, longtemps parti unique, est devenu depuis parti dominant dans le cadre d’un multipartisme octroyé, force est de s’interroger sur l’Armée devenue la matrice pourvoyeuse des chefs d’Etat algériens.

Dans la cadre de la configuration du système politique de l’Algérie, force est de rappeler, à l’approche de l’élection présidentielle de 2019, qu’elle demeure un élément clé pour tout candidat.

Ce, même, si de l’avis d’aucuns, la Présidence actuelle a pris un certain ascendant dans la vie politique algérienne pour tenter de s’émanciper du poids de cette tutelle. Ici, rappel du rapport de l’Armée avec le Pouvoir.

Si l’apolitisme semble l’une des principales caractéristiques des armées européennes occidentales, tel n’est pas le cas dans les pays dits du tiers-monde où l’institution militaire demeure une force politique souvent mêlée aux tâches de développement économique dans une triple perspective : fournir à l’Armée des occupations pour éviter d’avoir une armée désœuvrée qui se livrerait à des intrigues politiques, l’intégrer dans la nation en l’associant à l’effort de développement national et amortir son coût exorbitant (souvent, les armées du tiers-monde sont qualifiées de budgétivores).

En Algérie, la lutte de Libération nationale a suscité une organisation militaire en vue de l’Indépendance.

L’Armée, principale force politique

D’armée insurrectionnelle, l’Armée de libération nationale (ALN) est devenue conventionnelle : Armée nationale populaire (ANP). C’est ainsi qu’au lendemain de l’indépendance nationale, soudée autour du groupe d’Oujda, l’état-major général – en sa qualité de direction militaire – s’est affirmé comme force politique et s’est retrouvé au sein du Conseil de la Révolution dès le 19 juin 1965 (et plus tard au BP du FLN).

En effet, la lutte armée a exigé la mise en place d’une organisation hybride à vocation politico-militaire (le FLN-ALN) qui a perduré au lendemain de l’Indépendance ; ce qui a d’ailleurs fait dire à Ben Bella : «La reconversion de notre appareil politico-militaire est indispensable. Nous devrons faire la distinction entre le parti et l’Armée.» Les questions de la place de l’Armée dans la société et son rapport au pouvoir politique furent ainsi posées.

Ce qui n’était pas une mince affaire dans la mesure où pour Boumediène, alors principal responsable de l’Armée, celle-ci avait une double mission : défense de l’intégrité du territoire national et participation au développement du pays. Aussi, pour ce dernier : «Aucune révolution réelle n’est réalisable sans la présence d’une armée d’origine populaire, d’idéologie révolutionnaire, alliée des masses laborieuses.»

De même, dira-t-il, «comment entreprendre une révolution socialiste d’une manière radicale dans un pays en voie de développement en s’appuyant sur les lois de la bourgeoisie et sur une armée réactionnaire ?» L’Armée se veut donc d’essence populaire, thèse reprise par la Charte nationale et consacrée par la Constitution de 1976. Au plan politique, des officiers supérieurs ont occupé depuis des postes importants : ministres, walis, PDG de sociétés nationales. Pour mémoire, la même situation a été suscitée dans l’Egypte du temps de Nasser.

Il est vrai cependant que la conquête du Pouvoir par l’Armée des pays du tiers-monde (Amérique latine et Afrique notamment) s’est souvent effectuée sous le couvert de coups d’Etat ; l’avènement du pouvoir militaire (immixtion dans la vie politique) s’effectue d’évidence à l’encontre de l’ordre constitutionnel établi.

Ce faisant, l’institution de l’Armée monopolise le pouvoir qu’elle exerce soit directement en s’improvisant structure gouvernante, soit par l’entremise d’hommes-liges pressentis dans la société civile à seule fin de ne pas se mettre en avant. Le Pouvoir est en apparence exercé collégialement mais, en fait, un primus inter pares s’impose le plus souvent.

Historiquement, si la lutte armée algérienne pour l’indépendance nationale était l’objectif visé par les «hommes historiques» (Aït Ahmed, Ben Bella, Ben Boulaïd, Bitat, Boudiaf, Ben M’hidi, Didouche, Khider et Krim) par la mise sur pied du FLN, l’ALN en constituait la branche militaire ; celle-ci fut d’abord une organisation conduite par cinq colonels à raison d’un par wilaya, chacun étant assisté de trois commandants chargés respectivement des questions politiques, militaires, liaisons et renseignements.

Le Congrès de la Soummam, qui s’est tenu le 20 août 1956, s’est doté de deux organes de direction nationale : le Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA) et le Comité de coordination et d’exécution (CCF) ainsi que d’une plate-forme politique. Au cours de ce congrès, trois principes directeurs ont été, en vain, affirmés : direction collégiale, primauté de l’intérieur sur l’extérieur et primauté du politique sur le militaire.

Toutefois, le triumvirat militaire (Krim, Ben Tobbal et Boussouf), membres du CCE, va graduellement s’imposer comme chef de la Révolution algérienne à partir du début de l’année 1957, notamment après la décision de transfert du CCE d’Alger à Tunis. En outre, la direction du FLN-ALN va être incarnée par ce triumvirat à la suite de l’arrestation des «hommes historiques».

Ces mêmes hommes vont décider, le 19 septembre 1958, de la création d’un Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) dans lequel ils détiennent des postes-clés(1). A cette période donc, le centre du pouvoir se trouvait déjà entre les mains d’une direction tripartite composée de militaires.

Toutefois, sous l’impulsion de deux facteurs, le paysage politique va se transformer davantage dès lors même qu’une véritable «armée des frontières» va se constituer après la création de deux états-majors, celui de l’Est à la frontière tunisienne et celui de l’Ouest à la frontière marocaine.

Face à cette «armée des frontières» (armée classique structurée, entraînée, équipée et disciplinée), «l’Armée de l’intérieur» composée de «paysans maquisards» se révéla de faible poids dans la lutte pour le pouvoir, d’autant plus que la lutte d’influence au sein de la direction militaire elle-même allait contribuer au déplacement du centre du pouvoir. Jusqu’ici, l’Armée algérienne des frontières était constituée de deux commandements des opérations militaires (COM). De leur unification résulte l’état-major général des armées, dont la direction a été confiée à Boumediène.

Désormais, même si l’Armée ne mena pas une politique autonome par rapport aux structures politiques existantes (GPRA, CCE, CNRA), aucune décision importante n’a pu être prise sans elle. Une armée en réserve stratégique était devenue instrument d’influence. Peu à peu, s’étant coupée des politiques, elle est devenue une force politique à part, capable d’agir d’une manière autonome ; ce qui se confirma au lendemain des Accords d’Evian conclus le 18 mars 1962, le CNRA et le GPRA n’ayant pas été à même de présenter une direction solide et homogène.

A cet égard, après la crise politique qui secoua l’Algérie au lendemain de l’Indépendance, on a pu observer que Ben Bella ne s’était pas véritablement rallié l’Armée car cette dernière a sans doute conçu une stratégie politique dont il se révéla être un élément.

S’affirmant progressivement, cette stratégie a permis à l’Armée des frontières de se renforcer par sa transformation en Armée nationale populaire (ANP).

L’Armée de l’intérieur fut absorbée par celle-ci. S’imposant au fur et à mesure, sous l’impulsion du «groupe d’Oujda», l’Armée fut amenée à jouer un rôle prépondérant dans les orientations nationales, notamment en détenant des postes-clés sous le gouvernement de Ben Bella(2).

En conséquence, le coup d’Etat du 19 juin 1965 semble s’inscrire dans la droite ligne de la volonté de l’Armée de prendre le pouvoir. Etant la seule force organisée dans une vie politique quasi anarchique, elle pouvait donc prétendre à l’exercice du pouvoir.

En effet, s’étant dotée de tous les éléments d’un pouvoir d’Etat autonome, l’Armée devint l’armature du régime. Il semblerait même qu’elle ait été hostile à toutes les initiatives de la base (notamment à l’autogestion), et s’affirma comme étant plutôt favorable à l’instauration d’un capitalisme d’Etat qui fut qualifié de «socialisme spécifique».

L’Armée, véritable structure gouvernante

Le pouvoir conquis, l’Armée – et plus précisément sa fraction dirigeante – entreprit l’édification d’un appareil d’Etat en vue d’asseoir son régime. Ainsi, d’instrument révolutionnaire transformé en soutien stratégique, l’Armée algérienne n’a cessé depuis 1954, à travers plusieurs mutations, d’assurer les assises du système politique(3).

Pour ce faire, la direction de l’Armée va se révéler être une véritable structure gouvernante, les cadres de l’ANP se répartissant, semble-t-il, en trois groupes : les officiers formés par l’Armée française (250 officiers) et ayant rejoint la cause du FLN après le déclenchement de la Guerre de Libération nationale, les anciens chefs des maquis de l’intérieur, très actifs politiquement et contrôlant de nombreuses régions militaires et les jeunes officiers formés en Egypte et en URSS, qui constituent le gros des cadres et absents des postes politiques de l’Armée et de l’administration(4).

Ainsi, le système politique algérien a longtemps reposé en apparence sur l’unité du parti, qui est investi d’un rôle politique en sorte que l’ANP a vu ses fonctions de service public de la défense exaltées, mais s’est vu privée de tout rôle politique(5).

En réalité, même les textes officiels lui assignent une fonction qui dépasse celle de «la défense du pays», puisque, à titre illustratif, l’article 82 de la Constitution de 1976 dispose que «l’Armée nationale populaire, instrument de la Révolution, participe au développement du pays et à l’édification du socialisme».

En outre, conformément aux directives de la Charte nationale, l’Armée algérienne constitue un bras solide dans la bataille du développement économique et social du pays(6).

En effet, conçue en tant que structure gouvernante, l’Armée algérienne (voire sa direction incarnée alors par le Conseil de la Révolution jusqu’au 4e congrès du FLN tenu en 1979) a des intérêts spécifiques à défendre, comme chacune des institutions du pays.

De fait, une observation attentive montre que des officiers politiciens se sont partagé les postes-clés de la fonction gouvernementale et sont devenus les titulaires réels du pouvoir et de l’autorité(7).
Ainsi, composé dans sa quasi-totalité de militaires, le Conseil de la Révolution s’est attribué les postes importants au sein de l’Etat.

D’autres militaires influents se sont vus soit confier des postes de responsabilité à la tête d’entreprises publiques, soit accorder des prêts importants pour la création d’entreprises privées(8). C’est ainsi que, de la primauté du parti sur l’institution militaire, on est passé à la suprématie de celle-ci à celui-là.

De fait, une fois l’indépendance acquise, objet de la lutte de libération nationale, la direction de l’Armée s’est trouvée placée en position de prendre le pouvoir, de bâtir l’Etat et l’ensemble des institutions y afférentes et d’affirmer l’idéologie qui gouvernera la nation.

En accédant au pouvoir, suite aux griefs soulevés à l’encontre des gouvernements civils, la hiérarchie militaire a institué un système politique adapté, selon ses promoteurs, aux exigences du développement considéré comme la priorité des priorités.

En outre, les militaires au pouvoir procèdent à la constitutionnalisation de celui-ci selon un processus désormais classique : promulgation d’une Constitution suivie d’élections présidentielle et législatives.

Toutefois, la personnalisation du pouvoir par la concentration des fonctions gouvernementale, législative et partisane et la préférence pour le présidentialisme sont la tendance générale observée dans les Etats du tiers-monde, l’Algérie n’ayant pas échappé à ce schéma. Ainsi, de facteur de développement, la direction de l’Armée tend à devenir, mutalis mutandis, une caste à part en détenant le pouvoir à la fois politique et économique. Le cas de l’Egypte est probant à cet égard.

Anouar Abdel Malek a pu observer que dès 1955 (date à laquelle Nasser et ses compagnons s’engagèrent dans la vie politique), l’Egypte était devenue une «société militaire»(9). Aussi, loin de parvenir à l’efficacité en vue du développement, les directions militaires des Etats du tiers-monde étendent-elles leurs privilèges corporatifs (budget, traitements et équipement).

Ayant acquis un statut social élevé, eu égard notamment à la part importante du revenu national qu’elles s’octroient, elles révèlent en partie le pourquoi des coups d’Etat opérés.

Le processus historique ayant permis l’accession de l’Armée au pouvoir a fait de celle-ci une structure gouvernante. Aussi pendant longtemps, ne sera-t-il pas question d’une Armée apolitique contrôlée par les civils, même si, avec le recul, la trajectoire de l’Armée apparaît comme le fruit d’une volonté claire dès l’origine d’opérer cette reconversion (de l’appareil militaire) et de la faire servir au soutien du pouvoir(10).

Cette situation s’est davantage renforcée dès le 19 juin 1965. Depuis le Conseil de la Révolution et l’institutionnalisation du régime de Houari Boumediène (et plus tard de Chadli Bendjedid), le rôle de l’Armée devint prééminent et sa primauté sur le politique devint une réalité concrète.

Aussi, si pour le Pouvoir, les militaires de haut rang ne devraient pas apparaître comme un corps de privilégiés, il faut relever que «son état de puissance modernisante lui confère aussi une situation à part. A la longue, une caste inconnue jusqu’ici, parce que le mythe unificateur national reste fort, pourrait se constituer»(11). D’aucuns ont pu observer que ses coopératives constituent, dans leur ensemble, la première entreprise d’Algérie par le nombre d’employés et la seconde par le chiffre d’affaires, après Sonatrach(12).

Dans ces conditions, nonobstant l’apparition d’une myriade de partis politiques après Octobre 1988, dont beaucoup ont peu d’ancrage social, il peut paraître que l’Armée soit le groupe le mieux organisé ayant des intérêts spécifiques.

Ce, même si la classe politique algérienne fut également composée de moudjahidine ayant occupé des postes comme récompense pour leurs efforts au combat pour la libération nationale, d’une part, et la volonté des ministres de la Défense nationale a été de construire une armée moderne par l’encouragement des jeunes professionnels par des formations techniques, d’autre part.

Il est symptomatique que dès 1963, le régime de Ben Bella leur aménagea une place dans les nouvelles institutions de la jeune République ; ainsi «la liste des 196 candidats à l’Assemblée nationale comprenait 72 membres de l’ALN, choisis par l’état-major et les wilayas (7 colonels, 25 commandants, 25 capitaines, 12 lieutenants, 5 soldats)».

Et quoiqu’il semblerait que le Congrès de 1964 ait vu «une ANP assiégée et défensive qui s’organisait pour protéger ses intérêts… Plus de 200 des 1700 délégués étaient des officiers. Leur position avait été estimée négative car les ‘‘thèses’’ de la commission préparatoire comprenaient la subordination de l’Armée au parti, le développement du rôle social du militaire et la formation par l’ANP de la ‘‘contre-armée’’ du parti, la milice»(13).

Après «la professionnalisation» des officiers, l’Armée se serait déchirée en factions sociopolitiques de la même façon que celles qui existent déjà au sein de la société algérienne. Aussi, s’il n’y a pas à proprement parler de «bloc hégémonique au pouvoir», le coup de force opéré le 19 juin 1965 est interprété comme la domination de la haute hiérarchie militaire sur les appareils d’Etat ; ce qui lui confère une influence certaine à ce jour. Avec la mise en œuvre de la politique économique algérienne de 1966-67 à 1975-78, celle-ci a investi les appareils étatique, partisan et économique ; ce bloc au pouvoir a été sous direction militaire.

C’est ainsi que l’Armée a pu apparaître comme hétérogène dans sa position dans les rapports de production (d’où la nécessaire unification et conciliation d’intérêts entre le bourgeois privé, le bureaucrate du parti, l’officier de l’Armée et le technocrate des sociétés nationales), mais comme homogène dans la poursuite de ses intérêts lesquels se rapportent tous à la formation de la valeur qui se résume à ce jour à la répartition de la rente générée par la mono-exportation des hydrocarbures (une partie servant à «acheter» la paix sociale).

Cette valeur se constitue d’ailleurs au détriment des travailleurs dans le secteur privé et au détriment de la rente énergétique dans le secteur public(14). Dès lors (après notamment le décès du Président Boumediène et le choix opéré par la haute hiérarchie militaire sur l’un de ses hauts gradés), s’appuyer sur la «principale force organisée» du pays fut l’occasion pour Chadli de procéder à des nominations importantes de l’appareil de l’Etat.

Ainsi, en octobre 1984, la remise des grades à des officiers supérieurs promus du titre de colonel à celui de général, parmi lesquels deux hommes-liges du Président, tous deux alors membres du BP du FLN : Mostefa Benloucif au poste de secrétaire général du ministère de la Défense nationale avec le grade de général-major (sa chute se termina par un procès qui se voulut exemplaire) et Rachid Benyellès (ex-candidat à l’élection présidentielle d’avril 2004 ayant retiré sa candidature). Dans la foulée, l’état-major général fut remis sur pied après avoir été dissous par Boumediène suite à la tentative de renversement opérée par le colonel Tahar Zbiri en décembre 1967.

De la même manière, en vue de professionnaliser l’Armée, une instance centrale fut créée afin de réduire le pouvoir des commandants des Régions militaires. Dans le même temps, la coopération militaire avec l’Europe fut revue, l’Algérie dépendant alors beaucoup de l’ex-URSS.

C’est ainsi que des commandes d’armement furent passées à des industriels américains dès 1984 et évaluées alors à 50 millions de dollars, à des Italiens pour l’achat de petits bâtiments navals et véhicules pour la gendarmerie, aux Allemands de l’Ouest pour des équipements destinés à l’Armée de terre et à la marine, aux Canadiens pour des systèmes électroniques aéronautiques.

Quant à la France, elle a bénéficié du maintien d’une mission d’assistance technique permanente (en 1970, il y avait encore, semble-t-il, 300 à 400 conseillers militaires français en Algérie), ainsi que d’un projet de système de contrôle radar pour la surveillance aérienne des principales zones stratégiques du territoire algérien pour un montant à hauteur de 5 à 10 milliards de francs(15).

Suite aux graves incidents qui eurent lieu à Sétif et à Constantine en novembre 1986, le chef d’état-major, le général Mostefa Benloucif, démissionna officiellement pour des raisons de santé après avoir été, dit-on, en conflit avec Rachid Benyellès, alors secrétaire général du ministère de la Défense nationale. Ce fut Abdallah Belhouchet, général-major, membre du BP du FLN et vice-ministre de la Défense, qui lui succéda.

Ces incidents inaugurèrent, en quelque sorte, ceux d’Octobre 1988. Aussi, après la promulgation de la Constitution de 1989 introduisant le pluralisme, le colonel Rahal, alors directeur du commissariat politique de l’ANP, déclara que l’Armée ne saurait «s’impliquer dans le jeu complexe des tendances», indiquant qu’elle est une «force au service du seul pouvoir légal»(16) (légal donc mais pas forcément légitime), on pouvait donc en conclure qu’elle cessait d’être, comme le notait le texte fondamental algérien, «le bouclier de la Révolution» et participant, à ce titre, «au développement du pays». Désormais, sa seule mission était donc la défense nationale.

Elle ne manqua pas, toutefois, d’assurer à plusieurs reprises une mission de sauvegarde de l’ordre public, tâche classique dévolue aux services de police. Suite aux «événements» d’Octobre 1988, Chadli Bendjedid se sépara des officiers qu’il jugeait sans doute gênants, en nommant certains d’entre eux ambassadeurs, dont Liamine Zeroual appelé à être plus tard président de la République. La haute hiérarchie militaire a continué d’influer dans le choix des hommes appelés à être chefs d’Etat, y compris en 1999 et après cette date.

Les «sorties» des uns et les interventions/contributions d’autres, responsables politiques et anciens gradés de l’Armée algérienne, a permis d’ouvrir le débat sur la dépolitisation de celle-ci. D’où la question : a-t-elle encore la volonté d’arbitrer les conflits d’ordre politique entre leaders ? Le fera-t-elle pour la présidentielle de 2019 ?

En tout état de cause, il semble qu’elle demeure encore le passage obligé et incontournable en vue du règlement des situations difficiles. Aujourd’hui, aucun indice sérieux ne prédispose à un changement pacifique vers un système politique expurgé de ses scories, dont la plus visible et la plus constante : la violation de la Constitution comme mode opératoire de succession.

 

Par Ammar Koroghli ,

Avocat, auteur algérien.

 

 

Notes :

1- Krim Belkacem était vice-président du Conseil, ministre des Forces armées ; Ben Tobal Lakhdar, ministre de l’Intérieur et Boussouf Abelhafid, ministre des Liaisons générales et des Communications
2- Boumediène était vice-président du Conseil, ministre de la Défense ; Bouteflika, ministre des Affaires étrangères et Medeghri, ministre de l’Intérieur
3- Leca et Vatin : L’Algérie politique institutions et régime
4- Raffinot et Jacquemot : Le capitalisme d’Etat algérien
5- Grimaud : La Charte nationale algérienne
6- Sahnoun : L’Armée algérienne : de l’ALN à l’ANP (mémoire)
7- Martin : Les régimes politiques africains
8- Bensalah : La République algérienne
9- Les officiers supérieurs de l’Armée égyptienne ont occupé la très grande majorité du personnel supérieur (diplomatie, conseils d’administration des organismes publics, ministres, sous-secrétaires d’Etat, directeurs généraux et directeurs des différents ministères…)
10- Leca et Vatin, idem
11- Leca et Vatin, idem
12- Cubertafond, idem
13- Zartman : L’Armée dans la politique algérienne (in AAN)
14- Naïr : Algérie 1954-1982 : Forces sociales et blocs au pouvoir (in Les Temps modernes)
15- Jeune Afrique du 19 décembre 1984
16- Le Monde du 7 mars 1989.

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