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L’anglais… pour reproduire les désastres de l’arabisation

19 août 2019 à 8 h 43 min

Il est vrai que la richesse de la situation linguistique algérienne avec toutes les ambiguïtés qu’elle ne cesse de provoquer font d’elle une véritable source inépuisable d’interrogations et de recherches.

En effet, le paysage linguistique algérien continue de subir des changements importants. En Algérie, comme dans l’ensemble du Maghreb, la question de la langue a toujours été plus aisément traitée en termes de décisions politico-historiques et nationalistes qu’en termes sociolinguistiques ou économiques.

Il ne faut pas perdre de vue que le résultat d’une telle politique n’a fait qu’aggraver les tensions où des remises en cause de chaque langue et de son statut ont engendré une instabilité linguistique lourde de conséquences culturelles.

En Algérie, la planification linguistique a été menée tambour battant et selon l’humeur de celui qui détient le portefeuille du ministère de l’Education nationale ou celui du ministère de l’Enseignement supérieur.

L’enseignement des langues étrangères est un enjeu de poids pour l’Algérie et pour le système éducatif en particulier ; la réussite d’une telle démarche repose en grande partie sur la reconnaissance de la réalité plurilingue et multiculturelle de la société. Il est effectivement indispensable de reconnaître et d’accepter sa propre identité plurielle pour être en mesure de découvrir «l’autre» et la culture exogène et ainsi de développer les valeurs de respect et de tolérance nécessaires à un développement serein de la société.

Ce n’est pas le cas après l’indépendance. L’Algérie a développé une idéologie arabo-islamique, laquelle considère que la diversité linguistique est un danger pour l’unité nationale et un germe de division, et que seul l’unilinguisme peut être garant de cette unité nationale.

La gestion de la question des langues et de cultures en Algérie met en cause l’identité culturelle arabo-musulmane et les effets de la colonisation française. La langue joue un rôle unificateur dans la mesure où c’est par appropriation à d’autres groupes que l’appartenance ou la non-appartenance à un groupe est associée à certains actes politiques ou idéologiques communautaires : «La langue n’est plus perçue comme moyen de communication remplissant, entre autres choses, une fonction sociale déterminée. Elle est devenue un critère d’appartenance idéologique».

On renforça un pseudo «feeling linguistique» d’arabité chez l’Algérien au détriment d’un feeling linguistique «d’algérianité» qui aurait dû être renforcé après l’indépendance. Ainsi, la situation linguistique en Algérie se présentait sous l’étendard d’une langue commune (sous-entendu l’arabe classique) qui serait propre aux Algériens, comme si ces derniers parlaient exactement de la même façon en utilisant une langue homogène. Cette conception idéaliste et utopique des centres décideurs ne pouvait résister à la réalité du terrain.

On assista au débarquement d’une armada d’enseignants et de pseudo-enseignants d’arabe dont certains n’avaient jamais enseigné, mais qui parlaient «l’arabe». Ces derniers furent affectés vers les quelques centres scolaires qui existaient alors dans le pays. Ces «maîtres d’arabe» venaient avec des visions et des convictions politiques différentes sinon contradictoires, des méthodes didactiques rudimentaires, et un manque flagrant de pédagogie dans certains cas. Le tout s’effectuait dans un cadre scolaire très limité en termes de structures pédagogiques et surtout en l’absence d’un programme national d’enseignement de l’arabe, du français comme langue seconde dans le pays, et des langues étrangères tels que l’anglais et l’espagnol.

Ceci représentait, pour ainsi dire, le premier faux pas dans la planification linguistique en Algérie. La période postindépendance et les années 1960-1970 ont servi à l’implantation de politiques dites d’arabisation et ont vu fleurir les discours autour de la place de l’Algérie dans le courant du panarabisme.

Ce système croit que le peuple est comme lui, expert en amnésie, il veut reproduire les erreurs du passé mais cette fois avec l’anglais, paradoxalement, il fait du n’importe quoi, ce qui révèle son incompétence dans ses plans qui visent à duper le peuple ; remplacer le français par l’anglais dans l’enseignement supérieur nécessite d’abord d’augmenter le volume de l’enseignement de l’anglais au niveau du primaire, collège et secondaire ainsi qu’à l’université. Mettre les moyens qu’il faut (laboratoires de langues, séjours linguistiques aux meilleurs étudiants, aux profs, etc.) ; cela permet de former des profs de qualité.

Introduire graduellement l’enseignement de certaines matières et parties de matières en anglais est indispensable et pas seulement l’anglais comme littérature (il faut enseigner l’informatique, les maths, la physique en anglais). Tout cela est un processus long et pour que ça réussisse, il faut du temps et de l’argent, (apparemment, Gaïd Salah côté argent, va s’en charger, car quand on demandait «yetna7aw ga3» il disait que la situation financière du pays défavorise ce choix radical, mais peut-être s’est-il trompé de calculs grâce à l’anglais).

Quant aux correspondances, bulletins de notes, etc. ce sont des documents traités par des administrateurs qui n’ont généralement pas une grande maîtrise de l’anglais, alors je vous laisse imaginer les conséquences !

Aujourd’hui, le gouvernement de Bedoui soutenu par Gaïd Salah, le chef d’état-major veut pousser les Algériens pour mettre la charrue avant les bœufs ; avec la question de l’anglais, les Algériens veulent se débarrasser de ce gouvernement, mais ce dernier ignore complètement la volonté du peuple, le succès d’un aménagement linguistique repose essentiellement sur un consensus entre le citoyen et l’Etat ou nation qui envisage une action sur la langue ; où est ce consensus entre le citoyen algérien et le gouvernement de Bedoui ?

Les Algériens accueillent sans aucun doute l’expansion de l’anglais perçu non seulement comme une langue plus simple avec une portée plus large mais également comme un véritable atout dans l’évolution professionnelle. La langue anglaise bénéficie d’une image moderne, le gouvernement fait semblant de «réformer» l’enseignement supérieur et faire illusion de liquider la francisation, avec un personnel qui a lui-même participé dans les plus grosses catastrophes populistes et oligarchiques de l’ex-système considéré fantoche de la France !

La préoccupation de ce système est de séduire des foules de personnes animées de bonnes intentions (liquider la francisation) et qui évaluent les choses selon les facilités du moment et non suivant les difficultés de l’avenir (un Etat de droit et une Algérie démocratique), ce système veut empêcher le contact entre la pensée et l’action politique afin de laisser la pensée stérile et rendre la politique aveugle, et faire oublier au peuple algérien que le vrai enjeu c’est de construire un Etat de droit qui va ensuite ouvrir des débats dans un climat libre dans toutes les questions qui préoccupent les Algériens qui vont s’exprimer sans crainte et puis prendre des décisions qui reflètent la volonté du peuple, le système ne veut pas de ça, il joue avec tous les moyens possibles pour garder ses intérêts, même en menant notre pays à la dérive et en divisant le peuple, alors évoquer le sujet de la place de l’anglais dans l’Algérie pendant que le peuple revendique le départ d’un gouvernement, c’est une blague de mauvais goût.

 

 

 

Par Mouloud Meddi , Etudiant et blogueur

Twitter: @MeddiMouloud


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