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La relance de l’industrialisation du pays par la création de pôles de compétitivité

01 février 2020 à 9 h 01 min

L’économie algérienne connaît depuis 1990 une désindustrialisation continue. La part du secteur manufacturier dans le PIB est passée de 15% dans les années 80’ à 5% en 2005. La perte des postes de travail était considérable. A titre d’exemple, l’activité industrielle représente au Maroc 31,5% du PIB. Ce taux est de 30% en Allemagne et de 23% en Malaisie.

La croissance de l’économie algérienne provenait du secteur des hydrocarbures et dans un degré moindre de l’agriculture, des BTP et des services. Il n’y avait pas de modèle économique de développement ni de stratégie industrielle. La discontinuité dans les choix économiques ne pouvait en aucun cas attirer des investissements lourds qui pouvaient conduire à une industrialisation.

L’Algérie a importé pour plus de 46 milliards de dollars dont 18,56% en biens alimentaires, 21,12% en biens de consommation non alimentaires, 30% en biens destinés à l’outil de production. Les exportations hors hydrocarbures ne représentent que 6% du total des exportations d’un montant de 41 milliards de dollars. Ces données montrent aisément ce que perd l’économie algérienne comme moyens financiers par rapport à un pays doté d’une industrie qui lui permet de réduire ses importations et améliorer ses exportations.

Le secteur industriel d’un pays permet de réduire la dépendance de son économie par rapport à l’extérieur et devient source d’entrée de devises. Il participe fortement aux équilibres macro-économiques. Ce secteur est également un gros créateur d’emplois, contribuant ainsi à l’amélioration du niveau de vie de la population.

Les pays qui ont connu des périodes de désindustrialisation ont réagi rapidement pour freiner cette décadence et redynamiser ce secteur en optant pour une stratégie industrielle soutenue par la création de pôles de compétitivité (autres appellations : cluster ou grappe industrielle). Voyons ce qu’on entend par «pôle de compétitivité», pour quelles raisons cette option a été choisie par plusieurs pays et quelles sont les conditions de sa réussite ?

Nous reprenons, ici, une définition du pôle de compétitivité retenue par le Comité interministériel d’aménagement et de développement du territoire (CIADT) qui nous semble assez complète et précise : «Un pôle de compétitivité est une combinaison, sur un espace géographique donné, d’entreprises, de centres de formation et d’unités de recherche publiques ou privées engagés dans une synergie autour de projets communs au caractère innovant».

Le partenariat entre ces différents acteurs s’organise autour d’un marché et un domaine technologique et scientifique. Le but recherché est de réunir les conditions pour rendre un territoire attractif, de créer une activité compétitive et innovante, de pouvoir ainsi pénétrer des marchés. Les clusters ou pôles de compétitivité comme la Silicon Valley ou ceux implantés en France, en Suède ou en Espagne confirment le rôle déterminant de cette approche dans l’attractivité d’un territoire et dans le développement d’une région ou d’un pays. L’impact de l’attractivité d’une région sur l’économie d’un pays est considérable. C’est pour cette raison que «rendre une économie attractive» est devenu une préoccupation primordiale et permanente de beaucoup de gouvernements.

Cette préoccupation majeure, qui se donne comme objectif de rendre un pays attractif, a conduit beaucoup de pays à créer des pôles de compétitivité qui regroupent des entreprises, des institutions administratives et financières, des centres de recherche, des instituts de formation, dans le but de créer une synergie entre toutes les compétences qui favoriseront la compétitivité et l’innovation.

Le but recherché est de rendre une région attractive grâce à la compétitivité de ses entreprises, par l’innovation dans ses produits. Ces objectifs sont possibles grâce à une combinaison de trois facteurs : l’entreprise, en général des PME, les centres de recherche et de formation et les facilités de l’Etat.

Ce type de territoire possède la capacité d’attirer des activités, des capitaux, des entreprises, des compétences et de la main-d’œuvre qualifiée aussi bien sur le plan national (comparaison entre les régions d’un même pays) ou sur le plan international (comparaison entre pays).

Le volume des flux des IDE confirme l’attractivité d’un territoire ou d’un pays. Pour investir, les détenteurs de fonds cherchent les pays ou régions qui offrent les meilleures conditions qui garantissent une activité compétitive et prospère.

Le caractère déterminant de la compétitivité dans l’appréciation de l’évolution d’une économie et de ses résultats a conduit les institutions internationales (Banque mondiale, FMI, OCDE, Union européenne, forum économique mondial de Davos) à définir des batteries d’indicateurs pour apprécier annuellement la compétitivité des nations.

La compétitivité d’une économie et son caractère innovant reposent sur des conditions et des facteurs à réunir.

Le Forum économique mondial établit son rapport sur la compétitivité de 139 nations en retenant douze «piliers de la compétitivité» classés en trois groupes.

Les «piliers» de base économique composés de quatre domaines stratégiques et déterminants dans le processus de croissance : les institutions, les infrastructures, la stabilité économique, la santé et éducation primaire.

Les piliers accélérateurs de croissance qui regroupent des indications sur les domaines suivants : l’éducation supérieure, l’efficience du marché des biens, l’efficience du marché du travail, le développement des marchés financiers.

Les «piliers» de l’économie de la connaissance qui regroupent des informations et indicateurs sur l’agilité technologique, la taille du marché, la sophistication des entreprises, l’innovation.

Il convient de signaler qu’on ne peut pas être compétitif dans l’absolu, on est toujours compétitif ou non compétitif par rapport à d’autres. Une entreprise ou une nation est compétitive par rapport à d’autres entreprises ou nations. Pour cette raison, la comparabilité constitue l’une des caractéristiques de la compétitivité. En outre, une entreprise ou une nation ne peut être indéfiniment compétitive. Il y a une évaluation permanente, les concurrents veulent, eux aussi, être les plus compétitifs.

La compétitivité n’est donc jamais un acquis définitif et permanent. Une nation compétitive, cette année, n’est pas certaine de conserver cette place l’année prochaine, ce qui donne à la compétitivité un caractère dynamique. Elle est étroitement liée à l’innovation, les innovations de produit, procédé, innovations de commercialisation, les innovations d’organisation.

L’impact de l’innovation sur la croissance d’un pays, l’évolution de la rentabilité, de la compétitivité et des résultats d’une entreprise fait que cette notion prend une place prépondérante dans les choix de modèles économiques.

Le rapport du Forum économique mondial classe l’Algérie à la 86e place avec une note globale de 3,96 sur 7. (Malaisie 23e, Arabie Saoudite 30e, Maroc 71e). C’est un résultat inquiétant. La comparaison de la position de l’Algérie avec celles des pays de la même zone géographique ou celles des pays qui ont connu un développement récent confirme l’inefficacité des politiques économiques suivies jusqu’à présent et qui ont absorbé des sommes colossales pour des résultats médiocres. Le mauvais classement de l’Algérie implique fortement la gouvernance du pays.

Dans le but de bien cerner les faiblesses d’une économie, il est utile d’analyser les résultats par «pilier».

L’adoption des technologies est appréciée par : la disponibilité des technologies les plus récentes, l’absorption des technologies par les entreprises, les IDE et le transfert de technologie.

L’utilisation des TIC est évaluée sur la base des indicateurs liés au nombre d’utilisateurs d’internet, au nombre d’abonnements dans le haut débit, aux bandes de passation d’internet, au nombre d’abonnés dans le téléphone fixe, au nombre d’abonnés dans le téléphone mobile. L’innovation et la sophistication des facteurs sont évaluées par neuf indicateurs, notamment le nombre et la qualité des fournisseurs locaux en matière d’innovation, l’existence ou non de pôles de compétitivité et le niveau de leur développement, l’ampleur de la chaîne de valeurs, la protection des brevets, le recours ou non à un management performent…

L’efficacité, les performances ou les handicaps des secteurs de l’éducation, de la santé, de l’enseignement supérieur, du marché du travail sont également mesurés et notés.

Les conditions d’amélioration de la compétitivité passent par le renforcement des institutions. Il est prouvé que la qualité des institutions influe grandement sur l’attractivité d’un territoire et le niveau de croissance.

L’amélioration des institutions passe par deux types de mesures : des mesures qui sont universellement connues et dont leur impact positif sur la qualité des institutions est démontré et vérifié par le taux de croissance et le développement des pays institutionnellement bien structurés (pays développés), des mesures qui tiennent compte du degré de développement du pays, de la gouvernance et des institutions en place. Ce type de données contribuera à définir la nature et le rythme de la progression des réformes.

Notre expérience de développement nous enseigne qu’il ne suffit pas d’avoir beaucoup de ressources pour se développer, le savoir, la qualité de la formation et du management sont des conditions déterminantes dans le succès de toute option stratégique de développement.

Les réformes indispensables sont de différentes natures : politiques, économiques, sociales, réglementaires et managériales.

Les réformes structurelles des pays ayant des institutions insuffisantes et inefficaces ont besoin d’un appui et de l’engagement inconditionnel des pouvoirs politiques. La bonne gouvernance, la qualité des institutions, la modernisation du secteur public sont des conditions qui déterminent la réussite de tout modèle économique de développement.



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